Demande de la Croatie de devenir membre de l'Union européenne
2011/2191(INI)
La commission des
affaires étrangères a adopté le rapport
dinitiative de Hannes SWOBODA (S&D, AT) sur la demande
d'adhésion de la Croatie à l'Union européenne.
Les
députés estiment que l'adhésion de la Croatie rendra
l'Union plus forte, enrichira la culture et le patrimoine
européens et contribuera de façon décisive à
maintenir la crédibilité du processus
d'élargissement. Ils considèrent également qu'une
adhésion réussie de la Croatie aura des implications plus
vastes sur le plan européen et régional et conférera
un élan positif au processus d'intégration
européenne à la fois dans l'Union et dans la région
des Balkans occidentaux. Cette adhésion constituera par
ailleurs, un puissant encouragement, pour les autres pays de la
région des Balkans occidentaux, sur la voie de
l'intégration européenne.
Cest
pourquoi, les députés se félicitent de la
conclusion des négociations d'adhésion avec la
Croatie, après 6 années de pourparlers et plusieurs
années de préparatifs. Tout en soulignant la
nécessité de maintenir le mouvement de réforme, les
députés estiment que la réussite de ce processus ne
pourra passer que par le soutien et la confiance des citoyens
croates. Ils encouragent dès lors la population à
participer au référendum concernant l'Union et à
soutenir le traité d'adhésion. Ils appellent dans la
foulée, à la signature du traité
d'adhésion.
Députés croates : le rapport souligne que les
dispositions transitoires du traité d'adhésion comportent
une dérogation au nombre maximal de sièges au Parlement
européen, dérogation qui prendra fin au terme de la
législature 2009-2014. Pour leur part, les députés
indiquent quils sont déterminés à
présenter leur propre proposition arrêtant la nouvelle
composition de l'assemblée en temps utile avant
l'élection de 2014, en vertu de l'article 14, paragraphe 2, du
traité sur l'Union européenne et que tous les aspects
institutionnels pertinents de l'adhésion devront être
pris en compte.
Contrôle du
processus de réforme : les députés
appellent la Commission à contrôler, avec
objectivité, la poursuite des préliminaires à
l'adhésion. La Commission devrait notamment aider les
autorités croates à s'acquitter de leurs engagements et
obligations contractés dans le cadre des négociations.
Parmi les domaines qui devraient faire lobjet dun
contrôle étroit figurent les engagements pris dans les
domaines de la justice, des affaires intérieures et des
droits fondamentaux (liberté de la presse, réformes
judiciaires, traitement impartial des affaires de crimes de guerre,
lutte contre la corruption, protection des minorités, gestion
des frontières, coopération policière, lutte contre
la criminalité organisée et coopération judiciaire
en matière civile et pénale) mais aussi dans le domaine
de la politique de concurrence, notamment dans le secteur
des industries navales et sidérurgiques. Les députés
soulignent également quils continueront de suivre de
près le processus de contrôle et appellent la Commission
à tenir le Parlement informé des réformes mises en
uvre et des engagements pris par les autorités croates
pour répondre aux engagements prévus pour le moment de
l'adhésion, le 1er juillet 2013. Ils se
réservent ainsi le droit de formuler des recommandations
à la Commission et aux autorités croates tout au long du
processus de contrôle.
Réformes : tout en reconnaissant les progrès
accomplis en matière de réforme du système
judiciaire, les députés encouragent la Croatie à
poursuivre dans cette voie en vue de mettre en place un
système judiciaire efficace, indépendant et impartial.
Ils appellent en particulier à l'impartialité et à
la responsabilité de la justice.
Parmi les
principales priorités de réformes, les députés
pointent :
la lutte contre
la corruption à haut niveau au sein du système
judiciaire, des services de répression, de l'administration
publique et des entreprises publiques ;
la réforme
des marchés publics ;
laccroissement de la transparence du financement des partis
;
le renforcement de
l'état de droit en passant par le renforcement des
administrations publiques ;
la réforme
des organes répressifs afin de les rendre plus efficaces,
efficients, dépolitisés et respectueux des droits civils
et des libertés.
Lutter contre
limpunité : les députés appellent la
Croatie à redoubler d'efforts pour poursuivre les crimes de
guerre et à mettre en uvre la nouvelle stratégie
relative à l'impunité, en vue darriver à une
réconciliation durable dans la région. Ils
invitent en particulier le gouvernement croate à allouer des
ressources financières suffisantes dans cet objectif et à
fournir un soutien total à la justice croate afin
d'accélérer les enquêtes sur les crimes de guerre.
De même, ils encouragent les autorités croates à
continuer de coopérer activement avec le tribunal pénal
international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). Les autorités
croates et serbes sont également appelées à
coopérer dans ce domaine.
Dautres
mesures sont préconisées telles que :
laide au
retour des réfugiés et des personnes
déplacées ;
la relance sociale
et économique en faveur des groupes vulnérables
(notamment, les réfugiés) ;
le renforcement
des droits de la femme et de l'égalité des genres ;
la lutte contre la
discrimination vis-à-vis des minorités ethniques, des
personnes LGBT et la lutte contre lhomophobie ;
la lutte contre la
traite des êtres humains.
Renforcer les
réformes économiques et favoriser
lemploi : les députés encouragent la
Croatie à renforcer les droits du travail et des syndicats,
à renforcer le dialogue social et à promouvoir le
développement des capacités des partenaires sociaux.
Dune manière générale, les députés
invitent la Croatie, au vu des problèmes économiques
existants, à poursuivre ses réformes structurelles de
l'économie, à encourager l'emploi en relançant
le marché du travail et à poursuivre l'assainissement
fiscal afin d'améliorer la compétitivité,
lobjectif étant de permettre à la Croatie de
rattraper les autres États membres de l'UE. Les
députés demandent également que la relance
économique s'accompagne d'une modernisation écologique, y
compris par une amélioration de l'efficacité
énergétique, d'un renforcement de la politique sur les
sources d'énergie renouvelables, et d'une harmonisation des
politiques de développement spatial et des politiques
énergétiques. Une attention particulière devrait
également être accordée aux PME, à la
réforme du système social croate et au respect des normes
environnementales. Les États membres sont par ailleurs
appelés à appliquer les décisions sur les
dispositions transitoires concernant l'accès des
travailleurs croates à leurs marchés du travail et
à tenir la Commission informée des mesures prises.
Impact
financier : les députés constatent que les
conséquences financières de l'élargissement devront
pleinement être prises en compte dans les négociations
à venir sur le cadre financier pluriannuel (CFP) 2014-2020 et
lors de la prise de décisions sur le système des
ressources propres de l'Union. Ils invitent toutes les parties
concernées à associer aussi largement que possible la
Croatie, en tant que pays adhérent, à tous les
échanges de vues et à toutes les négociations sur le
CFP 2014-2020. Prenant acte de la position de l'Union
européenne sur les dispositions financières et
budgétaires (définie sur la base d'une date
d'adhésion fixée au 1er juillet 2013), les
députés relèvent que les enveloppes financières
requises pour l'adhésion de la Croatie, par rubrique et
sous-rubrique du budget, pour le dernier semestre du dernier
exercice couvert par l'actuel CFP alourdiraient sensiblement les
dépenses financées sur le budget de l'Union. Le
niveau global des dépenses ne devrait toutefois pas être
modifié pour l'exercice 2013. Rappelant que, lors de
l'adoption en 2006 de l'actuel CFP, il n'avait pas été
tenu compte de l'adhésion possible de la Croatie, les
députés invitent la Commission à proposer une
révision du CFP pour l'exercice 2013 afin d'éviter
de financer l'adhésion de la Croatie par voie de
redéploiements de crédits.
Questions de
voisinage : saluant l'adoption, par le gouvernement
croate, de la déclaration sur la promotion des valeurs
européennes en Europe du Sud-Est, les députés
encouragent la Croatie à maintenir des relations de bon
voisinage, à continuer à jouer un rôle moteur dans
la coopération régionale à tous les niveaux et
à se conformer à son engagement de traduire les
initiatives de réconciliation en mesures concrètes. Ils
réclament à cet effet un recours accru aux instruments
financiers d'aide aux PME, au développement des
infrastructures et à l'environnement des entreprises dans le
cadre des programmes multibénéficiaires pour l'ensemble
des Balkans occidentaux. Des progrès sont également
demandés dans la résolution des questions
bilatérales avec la Serbie (délimitation des
frontières, personnes disparues, restitution des biens et
réfugiés). Ils insistent surtout pour que toutes les
questions bilatérales soient réglées avant
l'adhésion.
Soutien de la
population : rappelant enfin son point de vue selon lequel
le succès de l'adhésion dépendra, dans une large
mesure, du soutien et de l'engagement des citoyens, les
députés invitent les autorités croates et la
société civile à lancer, avec l'aide de la
Commission, une campagne d'information sur l'adhésion à
l'Union, afin que le peuple croate puisse participer au
référendum en toute connaissance de cause et fasse du
projet européen, le sien propre.