Reconnaissance des qualifications professionnelles: carte professionnelle européenne appuyée sur le système d'information du marché intérieur (IMI)
OBJECTIF : modifier la directive 2005/36/CE relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles en vue notamment de créer une carte professionnelle européenne et modifier le règlement concernant la coopération administrative par lintermédiaire du système dinformation du marché intérieur.
ACTE PROPOSÉ : Directive du Parlement européen et du Conseil.
CONTEXTE : même si la mobilité des professionnels qualifiés reste faible dans lUnion européenne, une enquête Eurobaromètre de 2010 montre que 28% des citoyens de lUE envisagent de travailler à létranger. Dans ce contexte, la reconnaissance des qualifications professionnelles est essentielle pour que les citoyens de lUE puissent véritablement jouir des libertés fondamentales du marché intérieur et pour répondre à des pénuries croissantes de main-duvre qualifiée notamment, dans des secteurs tels que la santé, léducation, la construction ou les services aux entreprises.
LActe pour le marché unique a identifié la reconnaissance des qualifications professionnelles comme une question prioritaire. Ce dernier a notamment souligné la nécessité dune modernisation du cadre existant. Le 23 octobre 2011, le Conseil européen a invité les institutions à tout mettre en uvre pour parvenir à un accord, dici la fin de 2012, sur les douze initiatives énoncées dans lActe pour le marché unique, y compris sur une proposition de la Commission visant à moderniser la directive 2005/36/CE. Par ailleurs, le Parlement européen a appelé à une action urgente dans son rapport du 15 novembre 2011 dans cette matière.
ANALYSE DIMPACT : la Commission a procédé à une analyse dimpact des diverses options stratégiques. Cette analyse a permis didentifier 8 groupes de problèmes : laccès à linformation sur les procédures de reconnaissance, lefficacité des procédures de reconnaissance, le fonctionnement du système de reconnaissance automatique, les conditions applicables à létablissement et celles applicables à la mobilité temporaire, le champ dapplication de la directive ainsi que labsence de transparence et de motivation des exigences en matière de qualifications dans les professions réglementées. La santé publique étant apparue comme un problème particulier au cours de lévaluation, la protection des patients a fait lobjet dune attention particulière.
Lanalyse a mis en évidence la nécessité de :
- faciliter la mobilité des professionnels et le commerce des services au sein de lUE,
- relever le défi consistant à pourvoir les postes de travail hautement qualifiés,
- offrir plus de possibilités aux demandeurs demploi.
Un large éventail doptions a été examiné pour chaque groupe de problèmes. Les principales conclusions de lanalyse dimpact sont publiées parallèlement à la présente proposition, répondant à chacun des groupes de problèmes soulevés.
BASE JURIDIQUE : article 46, article 53, par. 1, article 62 et article 114 du traité sur le fonctionnement de lUnion européenne (TFUE).
CONTENU : la Commission ne propose pas de nouvelle directive, mais une modernisation bien ciblée des dispositions existantes. Les principales modifications visent à :
- créer une carte professionnelle européenne : afin de réduire la complexité des procédures, il est proposé de créer une carte professionnelle européenne (CPE). Celle-ci constituera un outil alternatif qui pourra être mis en uvre pour les professions satisfaisant à plusieurs critères:
- une demande émanant des membres de la profession,
- une mobilité importante,
- une meilleure coopération entre les autorités compétentes par lintermédiaire de lIMI.
La CPE offrira des possibilités aux professions surtout intéressées par la mobilité temporaire. Elle ne sera introduite que sil existe une demande de la part de certaines professions. Elle aura pour objectif de faciliter et daccélérer la procédure de reconnaissance, tout en la rendant plus transparente. Par conséquent, lintroduction de la carte exigera un engagement accru de lÉtat membre dorigine, puisquil requerra un transfert de certains coûts et de certaines charges administratives de lÉtat membre daccueil à lÉtat membre dorigine.
Lutilisation de lIMI sera rendu obligatoire dans le cadre de la directive. En effet ce dernier ayant fait lobjet dextensions successives pour couvrir lensemble des mécanismes de reconnaissance prévus par la directive, un nombre significatif dautorités compétentes lutilise régulièrement, avec des résultats satisfaisants. Par conséquent, la proposition oblige les États membres à utiliser lIMI pour léchange dinformations relatives à la reconnaissance des qualifications professionnelles. Lutilisation de lIMI devrait permettre notamment de réduire les coûts.
La proposition décrit en détail le cadre et les modalités applicables à lobtention de la CPE. Entre autres avantages, les délais de traitement dune demande présentée sur la base de la carte professionnelle européenne devraient être réduits par rapport à la procédure actuelle qui continuera de sappliquer pour les professionnels qui préfèrent ne pas recourir à la CPE.
- réformer les règles relatives à létablissement dans un autre État membre ou au déplacement sur une base temporaire : un régime spécial pour la libre prestation de services sur une base temporaire a été introduit par la directive 2005/36/CE. Il prévoit des règles moins contraignantes pour les prestataires de services temporaires: ils peuvent fournir des services sans vérification préalable de leurs qualifications professionnelles (à lexception des professions ayant des implications en matière de santé et de sécurité).
Plusieurs modifications sont proposées dans ce contexte. En nimposant plus de condition relative à lexpérience professionnelle aux prestataires de services des États membres qui ne réglementent pas leur activité lorsque le prestataire de services accompagne le destinataire du service, la proposition vise à mieux répondre aux besoins des consommateurs qui se rendent à létranger. Dans les cas où la condition relative à lexpérience professionnelle demeure applicable, la proposition prévoit quelle peut être acquise dans un ou plusieurs États membres, ce qui crée plus de possibilités pour les prestataires de services par comparaison avec la situation actuelle.
Pour les professions ayant des implications en matière de santé et de sécurité, les États membres ont mis en uvre la vérification préalable des qualifications de diverses manières, ce qui a conduit à une incertitude juridique pour les prestataires de services. La proposition résout ce problème en obligeant les États membres non seulement à fournir une liste de toutes les professions quils considèrent comme relevant de cette catégorie, mais également à motiver les raisons de linclusion de chacune de ces professions. La proposition clarifie également la liste des documents quun État membre peut exiger avant la première prestation de services.
Deux autres réformes sont envisagées :
- en ce qui concerne le système général : la révision porte sur la possibilité existante dexclure, sur la base de larticle 11 de la directive actuelle, un certain nombre de qualifications du champ dapplication, lorsquil y a deux niveaux ou plus de différences entre la formation du professionnel et les exigences dans lÉtat membre daccueil. Les niveaux de qualification devraient, en principe, être utilisés uniquement comme un outil dévaluation comparative des performances et non pas comme motif pour exclure des professionnels du champ dapplication de la directive. La seule exception concerne les personnes dont les qualifications sont fondées sur lexpérience professionnelle et qui demandent laccès à une profession nécessitant un diplôme universitaire ;
- accès partiel : il est également proposé dintroduire la notion daccès partiel dans la directive. Cela apportera une plus grande sécurité juridique aux professionnels et permettra à ceux qui remplissent les conditions daccès partiel de sétablir ou de fournir des services dans des cas où ils étaient précédemment exclus des bénéfices de la directive. Toutefois, les États membres peuvent ne pas appliquer ce principe lorsquil existe des raisons impérieuses, comme dans le cas des professions de santé.
- moderniser le système de reconnaissance automatique : la modification proposée dans ce domaine vise à introduire plus de flexibilité pour permettre à la Commission dadapter la liste des activités figurant à lannexe IV de la directive. Cette liste nest en effet plus adaptée à la structure actuelle des activités économiques.
En ce qui concerne la reconnaissance automatique, celle-ci devrait se faire sur base dexigences de formation minimale : afin de renforcer la transparence au niveau de lUE, la proposition prévoit que chaque État membre notifie les dispositions législatives, réglementaires et administratives liées à la délivrance de titres de formation nouveaux ou ayant fait lobjet de modifications. Les États membres seront également tenus de faire appel à une autorité ou à une instance existante appropriée, comme par exemple une commission dhomologation ou un ministère, afin de rendre compte de la conformité dun titre avec les exigences de formation minimale de la directive.
La proposition prévoit en outre :
- de nouvelles dispositions pour faciliter la mobilité des médecins (notamment les spécialistes), des infirmiers, des architectes et des pharmaciens ;
- une série de principes communs de formation : un cadre commun de formation ou des épreuves communes de formation sont envisagés. Cette disposition vise à introduire une plus grande automaticité dans la reconnaissance des qualifications actuellement couvertes par le système général et devrait mieux répondre aux besoins des professions. Les qualifications obtenues en vertu de ce régime seront automatiquement reconnues dans les États membres qui pourraient toutefois bénéficier de dérogations dans leur application. En outre, les conditions pour la mise en place de principes communs de formation sont moins difficiles à satisfaire que les critères de création de plates-formes communes actuellement applicables.
- offrir un cadre juridique pour les professionnels partiellement qualifiés et les notaires : la proposition élargit le champ dapplication de la directive aux professionnels qui sont titulaires dun diplôme, mais nont pas encore effectué le stage rémunéré qui pourrait être exigé en vertu de la législation de lÉtat membre où ils ont obtenu leur diplôme (exemple : avocats, architectes, enseignants). Par ailleurs, pour répondre à un arrêt de la Cour de justice qui a décidé quune condition de nationalité ne pouvait être imposée aux notaires, il est prévu de clarifier le champ dapplication de la directive pour cette profession. Compte tenu des spécificités de la profession de notaire, les règles relatives à létablissement et à la libre prestation de services sont adaptées.
- préciser les garanties pour les patients : pour ce domaine, la proposition précise que :
- la vérification des connaissances linguistiques doit uniquement se faire après que lÉtat membre daccueil a reconnu la qualification. En ce qui concerne les professionnels de la santé, elle précise aussi quil appartient aux systèmes nationaux de soins de santé et aux organisations de patients de vérifier si les autorités compétentes devraient procéder à des contrôles linguistiques en cas de stricte nécessité ;
- les autorités nationales compétentes devront obligatoirement salerter mutuellement lorsquun professionnel de la santé bénéficiant de la reconnaissance automatique au titre de la directive tombe sous le coup dune interdiction, même temporaire, dexercice.
- fournir des informations sur les règles applicables à la reconnaissance des qualifications : afin de permettre une identification aisée de lautorité compétente et des documents requis pour une demande de reconnaissance, la proposition prévoit que les guichets uniques, créés dans le cadre de la directive sur les services, deviennent les points à utiliser pour laccès central en ligne en ce qui concerne les professions couvertes par la directive sur les qualifications professionnelles. Par conséquent, le champ dapplication des guichets uniques est étendu aux catégories de professionnels qui ne sont pas couverts par la directive sur les services (professionnels de santé et demandeurs demploi).
- lancer un exercice dexamen systématique et dévaluation mutuelle pour toutes les professions réglementées dans les États membres : la proposition prévoit enfin dintroduire une disposition obligeant les États membres à notifier une liste des professions quils réglementent et à évaluer leur législation relative à laccès aux professions réglementées au regard des principes de nécessité (intérêt public), de proportionnalité et de non-discrimination.
INCIDENCE BUDGÉTAIRE : la proposition devrait avoir des conséquences sur le budget de lUE, dans la mesure où la future CPE utilisera le système IMI comme pivot opérationnel. Il conviendra dadapter lIMI aux processus et aux exigences de stockage de la CPE et de le compléter par des fonctions additionnelles, à savoir une interface spécifique, un mécanisme dalerte et un mécanisme de déclaration. Les répercussions sur le budget de lUE sont déjà couvertes par les dotations prévues et seront toutefois limitées, car lutilisation de lIMI en tant quossature de soutien à lCPE permettra de réaliser dimportantes économies déchelle et denvergure. Les coûts dadaptation et de développement devraient être réduits de manière substantielle.