Programme pour le changement: l'avenir de la politique de développement de l'UE
Lappui budgétaire constitue un instrument majeur de la politique globale de développement de lUE à légard des pays partenaires. Il implique un dialogue avec les pays partenaires, des transferts financiers vers le compte du trésor public du pays partenaire, lévaluation des performances et le renforcement des capacités, sur la base du partenariat et de la responsabilité mutuelle. Il vise avant tout à renforcer lefficacité de laide et à réaliser les objectifs fixés en matière de développement durable.
Avec la présente communication, la Commission établit une nouvelle politique en matière dappui budgétaire et présente des propositions daction pour une approche coordonnée de lUE. Elle vise à adapter la politique dappui budgétaire au nouvel environnement politique et stratégique, notamment au traité de Lisbonne, et à faire de lappui budgétaire de lUE un instrument plus efficace. Les États membres peuvent également considérer ces propositions daction comme des recommandations pour leur appui budgétaire bilatéral, afin de parvenir à une approche coordonnée au niveau de lensemble de lUE.
Á la suite dune communication sur lappui budgétaire en 2000, la Commission sest lancée dans une approche axée sur les résultats fondée sur des indicateurs. Elle maintient aujourdhui son engagement en faveur dopérations dappui budgétaire axées sur les résultats et entend renforcer davantage lévaluation des progrès accomplis et le suivi des résultats, notamment en utilisant des indicateurs de processus.
Défis et objectifs à atteindre : lappui budgétaire de lUE doit être fourni pour servir de vecteur de changement en vue de répondre aux 5 principaux défis et objectifs suivants en matière de développement.
- Promotion des droits de lhomme et des valeurs démocratiques : dans le cadre de lappui budgétaire général de lUE, la Commission vise à favoriser la responsabilité nationale et à renforcer les mécanismes de contrôle nationaux, première étape pour améliorer la gouvernance et le respect des valeurs fondamentales. Lorsque lengagement du pays partenaire vis-à-vis des valeurs fondamentales se détériore de manière significative, une stratégie de réponse adéquate et coordonnée au niveau de lUE et des États membres doit être définie et mise en uvre. Sauf sil apparaît de manière patente que les intérêts financiers et la réputation de lUE doivent être protégés, auquel cas lappui budgétaire général peut être immédiatement suspendu, la réponse de lUE à cette détérioration devrait être progressive et proportionnée. Sil y a lieu, des mesures visant à limiter lincidence de la stratégie de réponse sur les populations pauvres devraient être élaborées conjointement par lUE et ses États membres, en coopération avec d'autres donateurs de pays tiers. Il devrait être possible, dans ce cas, dajuster le volume dune tranche fixe et/ou réaffecter les fonds à des programmes sectoriels, acheminer les fonds aux groupes cibles par lintermédiaire dorganisations non gouvernementales ou renforcer dautres modalités doctroi de laide telles que les projets. Afin de mieux refléter ces changements fondamentaux, lappui budgétaire général de lUE devrait à lavenir porter lappellation de «contrats de bonne gouvernance et de développement».
- Amélioration de la gestion financière, de la stabilité macroéconomique, de la croissance inclusive et de la lutte contre la corruption et la fraude : lappui budgétaire, et notamment les «contrats de bonne gouvernance et de développement», devraient être utilisés pour renforcer les systèmes publics de base, tels que la gestion des finances publiques et ladministration publique. Dans le cadre de son objectif visant à améliorer les systèmes publics de base, notamment la passation des marchés publics, lappui budgétaire contribuera à lutter contre la corruption et les délits liés à la fraude. Les pays partenaires devraient sengager à informer la Commission, ainsi que lensemble des partenaires de manière générale, lorsque des allégations relatives à déventuels cas de fraude ou de corruption sont portées à la connaissance des autorités nationales.
- Promotion des réformes sectorielles et amélioration de la prestation des services au niveau sectoriel : dès lors quil sagit de promouvoir la prestation des services ou les réformes dans un secteur spécifique (ou un ensemble de secteurs associés) sur la base de la stratégie sectorielle dun gouvernement partenaire, la fourniture dun appui budgétaire sectoriel peut être décisif pour renforcer les capacités du gouvernement local. Dans ce contexte, la Commission entend recourir davantage à lappui budgétaire sectoriel pour faire face aux contraintes sectorielles, promouvoir les réformes et améliorer la prestation des services en faveur des populations. Afin de mieux illustrer ces changements fondamentaux, lappui budgétaire sectoriel de lUE devrait à lavenir porter lappellation de «contrats de réforme sectorielle».
- Construction de lappareil de lÉtat dans les États fragiles et recherche de solutions aux défis du développement dans les petits États insulaires en développement (PEID) et les pays et territoires doutre-mer (PTOM) : les situations de fragilité exigent que des actions soient menées pour aider les pays partenaires à assurer les fonctions essentielles de lÉtat. La décision de fournir un appui budgétaire de lUE devrait être prise au cas par cas, sur la base d'une évaluation des bénéfices escomptés et des risques éventuels. La Commission veillera à ce que ces décisions prennent en compte la situation globale sur le plan politique et de la sécurité, les risques financiers et le coût potentiel de la non-intervention. La dynamique du changement devrait être évaluée, dans la mesure du possible, sur la base dune analyse conjointe de lUE et des États membres. Cette dernière devrait servir de base à la coordination avec les principaux partenaires au développement. Une approche progressive et fragmentée de lappui budgétaire de lUE devrait être privilégiée afin de sadapter au mieux aux circonstances spécifiques et de gérer les risques. Cet appui budgétaire devrait à lavenir porter lappellation de «contrats relatifs à la construction de l'appareil de l'État» afin de mieux refléter ces éléments.
- Meilleure mobilisation des ressources financières nationales et moindre dépendance vis-à-vis de laide : en programmant lappui budgétaire de lUE, et particulièrement les contrats de bonne gouvernance et de développement, la Commission entend mettre davantage laccent sur la mobilisation des ressources financières nationales, y compris celles provenant des ressources naturelles. Dans les pays riches en ressources, lUE devrait renforcer le soutien en faveur de programmes de réforme globaux, en favorisant l'amélioration de la gouvernance, de la transparence et de la responsabilité en matière de ressources naturelles. En effet, léquité et la transparence des systèmes fiscaux sont essentielles pour favoriser la citoyenneté et la construction de lappareil de lÉtat.
Approche coordonnée de l'appui budgétaire de lUE : lUE devrait uvrer de concert avec les États membres en vue notamment d'établir un «contrat de bonne gouvernance et de développement unique de lUE». Une action commune permettrait daccroître leffet de levier du dialogue politique et du dialogue sur les actions à mener, ainsi que limpact de lappui budgétaire bilatéral de lUE et des États membres sur le développement des pays partenaires. La communication fixe à cet effet une série de principes fondamentaux sur lesquels devrait se fonder la coordination, incluant notamment un échange systématique dinformations au minimum et la mise en place dapproches communes des mécanismes dappui budgétaire comme but ultime.
Critères dadmissibilité à lappui budgétaire : la Commission continuera d'appliquer les 3 critères d'admissibilité en vigueur, tout en renforçant les aspects suivants de chacun de ces critères:
- Cadre macroéconomique stable: la Commission veillera tout particulièrement à ce que la politique et les objectifs budgétaires soient cohérents avec la stabilité macroéconomique et à ce que leur gestion soit effectuée conformément à des règles saines en matière de transparence budgétaire et de niveau dendettement soutenable. Lévaluation sera réalisée conformément à la politique de lUE sur la fiscalité et le développement.
- Politiques et réformes au niveau national/sectoriel: ces dernières devraient être axées sur la croissance durable et la réduction de la pauvreté conformément à la politique proposée dans la communication intitulée «La politique de développement de lUE Un programme pour le changement: accroître limpact de la politique de développement de lUnion européenne».
- Gestion des finances publiques: avant de lancer un programme dappui budgétaire, la Commission évaluera le cadre institutionnel, législatif et réglementaire ainsi que les performances du système de gestion des finances publiques (GFP) dans le pays partenaire, afin détablir un point de référence sur lequel se fondera lapproche dynamique et les conditions de décaissement. Dans ce contexte, la lutte contre la corruption et la fraude constituera une dimension essentielle.
La Commission introduira également un nouveau critère dadmissibilité :
- Transparence et contrôle du budget: la mise à disposition des informations budgétaires est essentielle pour favoriser un contrôle renforcé du budget. Sur la base des informations budgétaires les plus pertinentes, la Commission définira un «point dentrée» pour évaluer ce critère dadmissibilité. Les pays devront démontrer quils fournissent les informations utiles au public ou quils sefforcent de rendre cela possible dans un bref délai. Il pourrait également savérer nécessaire deffectuer une évaluation du système statistique et, notamment, de la qualité des données budgétaires. Par ailleurs, la Commission adoptera une approche dynamique en se concentrant sur la mise en uvre dune réforme crédible visant à parvenir progressivement à la divulgation complète des informations budgétaires. Elle prendra aussi en compte les particularités des États fragiles et des PEID/PTOM lors de lapplication de ce critère.
Gestion des risques : la Commission renforcera son cadre de gestion des risques pour lappui budgétaire de lUE conformément aux recommandations de la Cour des comptes. Il sagira notamment de suivre de près les progrès réalisés en matière de lutte contre la corruption et la fraude afin de garantir des effets positifs sur le plan du développement durable. La Commission et le SEAE élaboreront un cadre amélioré de gestion des risques, adapté au profil de risque spécifique de lappui budgétaire, portant sur la gouvernance politique, la stabilité macroéconomique, le risque du développement, la gestion des finances publiques, la corruption et la fraude. Ce cadre constituera un instrument complémentaire majeur pour la programmation, la conception et la mise en uvre des programmes ainsi quen tant que base du dialogue sur les politiques à suivre.
Dune manière générale enfin, la Commission sabstiendra de fixer des objectifs globaux pour lappui budgétaire de lUE aux pays tiers. Elle considère en effet que le dosage approprié entre les différentes modalités doctroi de laide doit être décidé dans le cadre dune approche par portefeuille comprenant diverses modalités doctroi de laide en fonction des particularités du pays partenaire et des objectifs de développement convenus.