Promotion du développement par le commerce
OBJECTIF : établir un nouveau cadre complet destiné à ajuster la politique de développement par le commerce aux pays qui ont le plus besoins daide dans les pays en développement.
CONTEXTE : le paysage économique mondial a profondément évolué au cours des 10 dernières années, avec des répercussions considérables sur les politiques commerciales, dinvestissement et de développement. Le niveau historiquement bas des droits de douane et la réorganisation du commerce international ont eu pour effet de réorienter les politiques commerciales vers des aspects réglementaires et dautres questions dordre intérieur.
Des pays en développement, comme la Chine, lInde ou le Brésil ont connu des changements radicaux et ont réussi à tirer parti de louverture et de lintégration croissante des marchés mondiaux. Á côté de cela, les pays les moins avancés (PMA), principalement en Afrique, accusent un retard important notamment dans la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).
Face à ce constat, la notion de «pays en développement» en tant que groupe est devenue de moins en moins pertinente et il convient à présent dadapter les politiques commerciales, dinvestissement et de développement pour tenir compte de cette évolution.
LUE a une responsabilité particulière à cet effet en tant que première puissance commerciale du monde et plus gros partenaire commercial des PMA.
Dans la lignée de la communication de 2010 sur le commerce, la croissance et les affaires mondiales, la présente communication met à jour la communication de 2002 sur le commerce et le développement pour répondre à lévolution des réalités économiques, faire le point sur la manière dont lUnion européenne a tenu ses engagements et exposer la direction que les politiques commerciales de lUE devraient prendre au cours de la prochaine décennie quand elles sont menées à des fins de développement.
CONTENU : bien quelle confirme les grands principes de la communication de 2002 (voir à cet effet, la résolution du Parlement européen sur la communication de 2002, INI/2002/2282), la présente communication souligne la nécessité dopérer de plus en plus une distinction entre les pays en développement pour se concentrer sur ceux qui en ont le plus besoin. Elle insiste notamment sur la nécessité, pour les partenaires en développement, dentreprendre des réformes internes et, pour les économies émergentes, d'ouvrir leur propre marché aux pays qui ont le plus besoin daide.
La présente communication propose à cet effet des moyens concrets destinés à améliorer les synergies entre politiques commerciales et politiques de développement.
Tâches pour lavenir en vue de renforcer commerce et développement : sappuyant sur des réalisations et les efforts récents, lUnion européenne devrait accentuer ses efforts pour aider les pays les plus vulnérables dans des marchés mondiaux de plus en plus intégrés. La communication envisage à cet effet de très nombreuses mesures dont certaines ont déjà largement été engagées. On citera parmi celles-ci, les mesures suivantes :
1) des préférences plus ciblées : la Commission a proposé une réforme du SPG afin de sassurer que les préférences correspondantes profitent aux pays qui en ont le plus besoin. Outre cette révision jugée indispensable pour mieux cibler les préférences, la communication envisage un autre ensemble de mesures destinées à promouvoir les échanges commerciaux des petits opérateurs des pays en développement:
- une plus grande publicité offerte aux informations pratiques sur les politiques commerciales et sur le marché notamment pour favoriser le commerce Sud-Sud;
- lutilisation doutils de protection de la propriété intellectuelle par les petits producteurs/agriculteurs pour les aider à maximiser la valeur économique de leurs produits ;
- encourager les réseaux de petits commerçants issus des diasporas exerçant leurs activités dans lUE (en les formant aux procédures commerciales, aux normes et à laccès au financement) ;
- faciliter laccès au financement pour les petits exportateurs/commerçants des pays en développement ;
- étendre la procédure simplifiée dobtention de la preuve de lorigine (les préférences commerciales sont relativement moins utilisées pour les petites transactions. Avec la réforme 2011 des règles dorigine dans le cadre du SPG, il sera possible dappliquer une procédure simplifiée fondée sur lautocertification de tous les lots, sur la base de lenregistrement préalable par lexportateur. Si ce système fonctionne bien, il serait possible de létendre à dautres régimes préférentiels) ;
- soutenir la participation des petites entreprises à des régimes commerciaux qui garantissent une valeur ajoutée aux producteurs, y compris ceux qui répondent aux critères de durabilité.
2) des aides au commerce mieux ciblées : lobjectif est celui dencourager les pays en développement à intégrer la dimension commerce dans leurs stratégies de développement en :
- améliorant la complémentarité entre politiques commerciales et de développement : lorsque des mesures de politique commerciale créent de nouvelles possibilités pour les partenaires (APE, le nouveau SPG, etc.), des instruments tels que des programmes sectoriels ou une aide budgétaire pourraient les aider à adopter les réformes économiques nécessaires pour être en mesure de tirer parti des possibilités en matière déchanges commerciaux et dinvestissement ;
- offrant la priorité aux PMA en termes daide au commerce ;
- offrant la priorité aux petits opérateurs (petits agriculteurs, petits exploitants ruraux) ;
- renforçant les partenariats économiques, les dialogues réglementaires et la coopération commerciale afin de contribuer à promouvoir de nouvelles formes de coopération dans les pays qui ont amélioré leur situation grâce à laide bilatérale au développement ;
- en revoyant lapproche du soutien à lintégration régionale en ciblant mieux les échanges possibles ;
- en préparant les populations au changement en amorçant une meilleure connaissance des politiques en matière déducation, de droits du travail et de protection sociale ;
- en renforçant lefficacité de laide et en améliorant la coordination des donateurs.
3) les outils : la communication propose une série doutils à lappui de cette politique :
- meilleur recours aux accords bilatéraux/régionaux complets et modulés : les APE comprendront des engagements en matière de services et dinvestissement, ainsi que dans les domaines liés au commerce. Si des accords complets et régionaux savèrent hors de portée, des accords à géométrie ou vitesse variables pourraient être introduits ;
- un partenariat ciblé pour la démocratie et la prospérité partagée en réponse au Printemps arabe et allant bien au-delà de laccès au marché, prônant une intégration approfondie avec les pays du sud de la Méditerranée et la promotion des droits de lhomme et la bonne gouvernance ;
- un programme commercial fondé sur des valeurs de développement durable : outre le régime SPG+ (instrument phare de la politique commerciale de lUE en matière de soutien au développement durable et à la bonne gouvernance), la Commission envisage dengager les pays partenaires dans un processus de coopération impliquant la société civile et renforçant le respect des normes nationales et internationales en matière denvironnement et de travail : des systèmes privés liés au développement durable (par exemple, le commerce équitable, éthique ou biologique), pourraient constituer un moyen efficace de promouvoir une croissance durable et inclusive ;
- des mesures de renforcement de la responsabilité sociale des entreprises ;
- des mesures de lutte contre les chocs au niveau des prix mondiaux des matières premières ;
- des mesures de préparation aux catastrophes naturelles dans des pays particulièrement vulnérables.
4) les principes : pour pleinement mettre en uvre lensemble de ces propositions, la communication préconise : i) le renforcement de la bonne gouvernance, qui commence par des institutions et des pratiques politiques stables, lindépendance du système judiciaire, la protection des droits de lhomme, la transparence des finances publiques, des règles et des institutions et une position ferme contre la fraude et la corruption ; ii) le renforcement de la transparence et lobligation de rendre des comptes dans le cadre des accords commerciaux en phase de négociation ; iii) le renforcement de lappropriation.
Le programme multilatéral jusquen 2020 : la communication insiste enfin sur la nécessité absolue de préserver et de renforcer le régime multilatéral des échanges. Dans ce contexte, la communication regrette limpasse dans laquelle se trouve actuellement le programme de Doha pour le développement (PDD) pourtant porteur de beaucoup de potentialités pour les pays en développement. Cette impasse fait apparaître une faiblesse fondamentale dans la structure de lOMC qui na pas évolué aussi rapidement que les réalités économiques. Elle fait en particulier apparaître le déséquilibre croissant existant entre la contribution que les grands pays émergents apportent au système commercial multilatéral et les avantages quils en retirent. Cette évolution se fait de plus en plus sentir dans les pays les plus pauvres, qui voient se creuser lécart entre eux et les pays émergents.
La priorité pour lUE reste donc de poursuivre les négociations sur le PDD afin dy inclure par exemple des thèmes tels que la facilitation des échanges, les barrières non tarifaires et le règlement des différends. Un accord sur la facilitation des échanges offrirait en effet des avantages substantiels en matière de développement, en garantissant des réformes cohérentes chez tous les membres de lOMC.
Il faudra toutefois accorder une attention particulière aux PMA et envisager la question de la différenciation. Les économies émergentes devraient assumer plus de responsabilité dans louverture de leurs marchés aux PMA au moyen de régimes préférentiels, mais également sur une base non discriminatoire à légard du reste des membres de lOMC. Cela nimplique pas forcément la pleine réciprocité des engagements avec les pays développés mais une contribution plus proportionnelle aux avantages retirés du système.
En ce qui concerne les PMA, lobjectif sera duvrer en vue dune plus grande cohérence dans les règles dorigine préférentielles, notamment en vue de leur offrir davantage de transparence et de simplicité et un meilleur accès aux marchés. En plus des négociations du PDD et afin de permettre au plus grand nombre possible de pays de bénéficier du système, il conviendra également de soutenir et de faciliter laccession des PMA à lOMC.
En guise de conclusion, la communication appelle les pays concernés à faire des choix et à prendre des responsabilités, dans le souci de consolider les avantages à long terme des échanges commerciaux et des investissements.
Sachant que, pour la première fois, le commerce Sud-Sud lemporte sur les échanges Nord-Sud, la communication appelle les grands pays émergents à prendre davantage dinitiative et assumer davantage de responsabilité dans le système commercial multilatéral, dans lintérêt du système tout entier et au bénéfice du développement mondial.