Aspects réglementaires des nanomatériaux
La communication de la Commission sur le deuxième examen réglementaire relatif aux nanomatériaux constitue le suivi de la communication de la Commission de 2008 sur le même sujet. Elle évalue ladéquation et la mise en uvre de la législation de lUE sur les nanomatériaux, indique les actions de suivi et répond aux questions soulevées par le Parlement européen, le Conseil et le Comité économique et social européen.
La communication est accompagnée dun document de travail des services de la Commission sur les différents types de nanomatériaux et leurs usages, y compris les aspects liés à la sécurité. Ce document apporte une réponse aux préoccupations exprimées par le Parlement européen qui craint que lapproche prônée par la Commission en matière de nanomatériaux ne soit compromise par labsence dinformations sur lutilisation et la sécurité des nanomatériaux qui sont déjà sur le marché.
1) Avantages des nanomamétiaux : la quantité annuelle totale des nanomatériaux sur le marché à léchelle mondiale est estimée à environ 11 millions de tonnes, soit une valeur de marché de près de 20 milliards EUR. Le noir de carbone et la silice amorphe représentent de loin le plus gros volume de nanomatériaux actuellement sur le marché. On assiste au développement rapide dautres nanomatériaux, aux usages novateurs. Les nanomatériaux offrent de multiples avantages : ils contribuent à sauver des vies, à réaliser des avancées permettant la mise au point de nouvelles applications, à réduire lincidence environnementale ou encore à améliorer la fonction des produits de base utilisés quotidiennement.
La valeur des produits basés sur les nanotechnologies devrait croître et passer dun volume de 200 milliards deuros en 2009 à deux billions EUR dici à 2015. Il existe également un grand nombre de jeunes PME et dentreprises créées par essaimage dans ce domaine de haute technologie. Daprès les estimations, le secteur des nanotechnologies emploie aujourdhui directement entre 300.000 et 400.000 personnes dans lUE, et ce chiffre va croissant.
Les nanotechnologies ont été identifiées comme des technologies clés génériques (TCG) qui servent de base à linnovation et à la création de nouveaux produits. Dans sa communication intitulée «Une stratégie européenne pour les technologies clés génériques - Une passerelle pour la croissance et lemploi», la Commission a esquissé une stratégie unique pour les TCG, y compris les nanotechnologies, qui repose sur trois piliers: i) la recherche technologique, ii) la démonstration des produits et iii) les activités manufacturières compétitives.
Outre les activités de coopération, notamment au sein de lOCDE ou au niveau de lONU, la Commission a entamé un dialogue régulier avec les États-Unis dans le cadre du Conseil économique transatlantique (TEC), en vue déviter des divergences inutiles.
2) Définition : la définition des nanomatériaux contenue dans la recommandation 2011/696/CE de la Commission est destinée à être utilisée par les États membres, les agences de lUnion européenne et les entreprises. La Commission lintégrera dans la législation de lUE et les instruments de mise en uvre, le cas échéant. Lorsque dautres définitions sont utilisées dans la législation de lUE, les dispositions seront adaptées afin dassurer une approche cohérente, bien que des solutions spécifiques aux différents secteurs puissent demeurer nécessaires. La Commission procédera à un réexamen de la définition en 2014.
3) Aspects lies à la sécurité : les nanoparticules naturelles ou formées accidentellement par lhomme sont omniprésentes dans lenvironnement humain et leur existence ainsi que leur comportement sont généralement connus et compris. La Commission note toutefois quil existe peu de données sur les nanoparticules manufacturées sur le lieu de travail et dans lenvironnement. La détection des nanomatériaux dans les matrices complexes, telles que les produits cosmétiques, les denrées alimentaires, les déchets, le sol, leau ou les boues, est encore plus malaisée. Certaines méthodes de surveillance existent, mais elles nont pas encore été validées la plupart du temps, ce qui restreint la comparabilité des données.
Les principaux défis portent sur létablissement de méthodes et dinstruments validés à des fins de détection, de caractérisation et danalyse, sur la collecte dinformations complémentaires concernant les dangers des nanomatériaux et sur la mise au point de méthodes permettant dévaluer lexposition aux nanomatériaux.
En dépit de certaines limites, telles que mentionnées par les comités scientifiques et les agences, en particulier la nécessité dune approche scientifique au cas par cas lors de lappréciation des différences entre la substance chimique en vrac et ses diverses nanoformes, il est possible aujourdhui deffectuer des évaluations des risques des nanomatériaux. Plusieurs évaluations des risques/avantages ont été menées à bien et divers produits dans les différents secteurs ont été autorisés (par exemple, vingt médicaments et trois matériaux en contact avec des denrées alimentaires). En 2011, la Commission a lancé une étude sur les risques professionnels liés aux nanomatériaux portant notamment sur le devenir des nanomatériaux dans lenvironnement et dans les déchets.
4) Enregistrements REACH et notifications CLP : conformément à REACH, les substances chimiques importées ou fabriquées dans lUE doivent, dans la plupart des cas, être enregistrées auprès de lAgence européenne des produits chimiques (ECHA), comme preuve de leur sécurité dutilisation. En fonction de ses caractéristiques, toute substance peut être soumise à une autorisation ou à des restrictions. REACH sapplique de la même manière aux substances dont toutes les formes, ou certaines dentre elles, sont des nanomatériaux.
Le règlement (CE) n° 1272/2008 relatif à la classification, à létiquetage et à lemballage des substances et des mélanges (CLP) prévoit lobligation de notifier à lECHA les substances, sous les formes dans lesquelles elles sont mises sur le marché, y compris les nanomatériaux, qui répondent aux critères de classification comme substances dangereuses, indépendamment de leur tonnage.
Le Parlement européen a demandé à la Commission détudier la nécessité de réviser le règlement REACH en ce qui concerne lenregistrement simplifié des nanomatériaux manufacturés ou importés pour une quantité inférieure à une tonne, lexamen de tous les nanomatériaux, considérés comme étant de nouvelles substances, et un rapport sur la sécurité chimique comportant une évaluation de lexposition pour tous les nanomatériaux enregistrés.
Conformément aux conclusions du comité scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux (CSRSEN) selon lesquelles les nanomatériaux sont semblables aux substances normales en ceci que certains peuvent être toxiques et dautres non, la Commission ne juge pas opportun, à lheure actuelle, de modifier les règles qui sappliquent lorsquune évaluation de la sécurité chimique est nécessaire. En ce qui concerne les seuils et les délais denregistrement sur la base des quantités, la Commission estime que les dispositions du règlement REACH sont appropriées.
Dune façon générale, la Commission reste convaincue que le règlement REACH offre le meilleur cadre possible pour la gestion des risques liés aux nanomatériaux, que ces derniers soient présents dans des substances ou des mélanges, mais il sest avéré que des exigences plus spécifiques devaient être fixées pour les nanomatériaux dans ce cadre. La Commission envisage de modifier certaines des annexes du règlement REACH et encourage lECHA à élaborer de nouvelles orientations pour les enregistrements après 2013.
5) Accès à linformation : en vue daméliorer la transparence de linformation sur les nanomatériaux, la Commission créera une plate-forme web, renvoyant vers toutes les sources dinformation pertinentes, notamment les registres au niveau national ou sectoriel, lorsquils existent. Elle contribuera au développement de formats de données harmonisés pour améliorer léchange dinformations. En parallèle, la Commission va lancer une analyse dimpact visant à identifier et à mettre au point les moyens les plus adéquats pour renforcer la transparence et assurer un contrôle réglementaire, y compris une analyse approfondie des besoins en matière de collecte de données aux fins de la réalisation de ces objectifs.
La Commission suivra de près lévolution du dossier et présentera un rapport au Parlement européen, au Conseil et au Comité économique et social européen dans un délai de trois ans.