Programme pour le changement: l'avenir de la politique de développement de l'UE
Le Parlement européen a adopté par 540 voix pour, 36 voix contre et 65 abstentions, une résolution sur le programme pour le changement ou l'avenir de la politique de développement de l'UE, en réponse à une communication de la Commission sur le même thème.
Tout en reconnaissant les aspects innovants du «programme pour le changement» proposé par la Commission qui privilégie, entre autres, le recours à lappui budgétaire, à la combinaison de subventions et de prêts, ainsi quà la promotion du secteur privé, le Parlement déplore le manque de dialogue politique entre acteurs institutionnels du programme, ce qui est particulièrement dommageable à la cohérence des politiques pour le développement (CPD). La communication ne contient ainsi aucune proposition visant à mettre en uvre la cohérence des politiques pour le développement dans la pratique et ne prévoit pas de liens entre l'aide au développement et les autres politiques de l'UE, notamment la politique commerciale, la politique agricole et la politique de la pêche de l'Union. Il rappelle la mise en place dun mécanisme dhomogénéisation combinant les subventions publiques et les emprunts aux institutions financières ainsi que dautres mécanismes de partage des risques. Il demande cependant à la Commission de fournir des informations claires sur la manière dont ce mécanisme poursuit lobjectif dune politique de développement fondée sur les critères de lAPD (aide publique au développement) et sur celle dont le pouvoir de contrôle revient au Parlement européen. Il rejette au passage toute tentative détendre la définition de lAPD afin dinclure les approches «de toute lUnion» et «APD+» récemment proposées par la Commission, ainsi que les aspects non relatifs à laide, tels que les flux financiers, les dépenses militaires, lannulation de la dette, en particulier lannulation des dettes de crédit à lexportation, ainsi que les fonds dépensés en Europe pour les étudiants et les réfugiés.
Redistribution de laide : rappelant lengagement de lUE à se conformer à son objectif de consacrer 0,7% de son PIB au développement dici 2015 et le caractère indispensable de la lutte contre la pauvreté dans les pays émergents, le Parlement constate l'intention de la Commission de promouvoir une croissance inclusive et durable au service du développement humain. Il regrette toutefois que le document ne fasse pas mention de la nécessité de promouvoir une meilleure redistribution de laide. Il souligne notamment que, dans une perspective de développement, ce nouvel instrument ne devrait avoir d'autres objectifs que la réduction de la pauvreté et la lutte contre les inégalités. Il met en évidence le fait quune attention exclusive pour la croissance économique et un excès de confiance dans les effets de redistribution automatique du développement du secteur privé risquent de mener à une croissance déséquilibrée et non inclusive. Le Parlement demande au contraire à lUnion de réexaminer sa stratégie en faveur des politiques de développement durable, notamment le commerce équitable, la redistribution des richesses et la justice sociale, afin daméliorer les conditions de vie et de travail de lensemble de la population, tant dans les zones urbaines que dans les zones rurales.
Pays à revenu intermédiaires : le Parlement constate que la Commission a placé la pauvreté au cur de sa nouvelle politique de «différenciation» mais que 70% des personnes dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté vivent dans des pays à revenu intermédiaire, dont bon nombre restent fragiles et vulnérables, notamment les petits États insulaires en développement. Il regrette, par conséquent, que les pauvres, dans ces pays, restent privés daccès à léducation, à la santé et à d'autres fruits de la croissance économique interne et invite la Commission à fixer des critères de vulnérabilité dans les orientations de programmation communes du nouvel instrument de financement de la coopération au développement et du 11ème Fonds européen de développement (FED) actuellement examiné.
Le Parlement juge également indispensable de voir les pays à revenu intermédiaire consacrer une partie de plus en plus importante de leur revenu à des fins sociales, permettant, de ce fait, à lUnion européenne de réduire graduellement ses programmes de développement encore en cours, au bénéfice des pays les plus pauvres, tout en maintenant un partenariat étroit avec les pays à revenu intermédiaire, en particulier dans les domaines sociaux. Dans ce contexte, il réaffirme son engagement en faveur de linclusion sociale et appuie lobjectif dallouer au moins 20% de laide de lUnion dans son ensemble aux services sociaux de base, tels que définis par les Nations unies dans les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).
Programme pour le changement : dune manière générale, le Parlement estime que le programme pour le changement doit mener à un véritable changement politique, en se concentrant sur le respect des droits individuels et collectifs de la population dans les pays en développement. Il soutient la vision de la Commission dans son intention de concentrer les activités menées par lUE dans chaque pays partenaire sur un nombre restreint de secteurs prioritaires, mais rappelle que ces priorités devraient respecter le principe d«ownership» et les priorités du partenaire.
Dans ce contexte, il appelle la Commission à envisager les points suivants dans le cadre de la mise en uvre de son programme :
- adopter lintégration de la dimension de la famille en tant que principe directeur universel pour la réalisation des objectifs de lUnion en matière de développement;
- favoriser une approche stratégique fondée sur les droits, qui respecte les droits individuels et collectifs de la population dans les pays en développement ;
- assurer que les régimes de droit foncier soient efficacement mis en uvre dans les pays en développement et soient dûment contrôlés ;
- mettre en uvre larticle 32 de la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées (UNCRPD), sachant que 82% des personnes handicapées dans les pays en développement vivent sous le seuil de pauvreté ;
- garantir une stratégie plus claire et plus ciblée en matière de nutrition, qui aborde la gouvernance de la sécurité alimentaire et qui réduise la volatilité des prix alimentaires dici fin 2012 ;
- modifier la structure de laide pour le commerce et les instruments de facilitation des échanges de lUnion, qui ne ciblent actuellement que les secteurs dexportation, afin de faciliter les échanges pour les marchés locaux et régionaux ;
- préciser le rôle de la société civile et des autorités régionales et locales comme acteurs importants et indépendants, non seulement au service de lexécution de programmes ou projets de développement, mais aussi en tant quacteurs de base dans le processus délaboration de politiques de développement ;
- inclure les obligations et devoirs des investisseurs étrangers qui opèrent dans les pays en développement en faveur du respect des droits de lhomme, des normes environnementales et des principales normes de travail de lOIT et faire en sorte que les sociétés européennes soient juridiquement responsables dans leur pays dorigine du manquement à ces obligations et devoirs de la part de leurs filiales à létranger et des entités quelles contrôlent.
Le Parlement appelle en outre tant la Commission, que le SEAE ou lUnion européenne, chacun à son niveau à :
- négocier une feuille de route pour la réduction progressive de l'aide publique au développement dans le cas des pays à revenu intermédiaire en les associant progressivement aux accords de coopération triangulaires nord-sud-sud;
- faire en sorte que cette réduction progressive soit effectuée en ayant toujours à lesprit le principe de prévisibilité de laide;
- tenir lengagement dadopter une «approche fondée sur les droits de lhomme» dans lensemble du processus de coopération au développement et consentir des efforts supplémentaires afin dintégrer plus efficacement les droits de lhomme et la démocratie dans lensemble de la coopération au développement ;
- faire en sorte que le soutien budgétaire soit davantage lié à la situation des droits de lhomme et de la gouvernance des pays bénéficiaires;
- clarifier le lien de causalité entre développement et migration ;
- accorder une attention particulière aux droits des minorités et inclure des clauses non négociables relatives aux droits de lhomme et à la non-discrimination dans les programmes de développement ;
- faire en sorte que si des sources innovantes de financement du développement sont initiées, elles viennent compléter les sources existantes, selon une approche en faveur des pauvres ;
- reconnaître le droit des pays en développement de réglementer les investissements, favoriser les investisseurs qui soutiennent la stratégie de développement du pays partenaire et accorder un traitement préférentiel aux investisseurs nationaux et régionaux, afin dencourager lintégration régionale.
Sur la question des droits de lhomme, le Parlement estime que dans les communications de la Commission, la question des droits de lhomme apparaît essentiellement en tant quélément faisant partie dune conditionnalité de bonne gouvernance plus large, alors quil doit plutôt sagir dune compréhension intégrée des droits de lhomme au travers de laquelle les droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux reçoivent une attention tout aussi importante. En ce sens, le développement est compris en premier lieu dans le sens du développement humain.
Le Parlement encourage par ailleurs le Conseil à donner suite à la proposition de la Commission visant à instaurer une taxe sur les transactions financières efficace et conçue pour générer des revenus afin de respecter les priorités du développement inclusif et global.
Rappelant les objectifs du Consensus européen pour le développement, le Parlement rappelle limpératif dune démarche cohérente des 28 acteurs dores et déjà réunis par le Consensus et insiste sur une lecture commune de la situation et une perception commune des enjeux stratégiques. Il appelle à la création dune cellule de réflexion indépendante, rattachée administrativement à la Commission, dont lobjectif consisterait à développer la capacité danalyse et de conseil pour tous les acteurs européens de la coopération, afin dassurer la valeur ajoutée dune politique bien coordonnée et cohérente.
Le Parlement met également en évidence la nécessité : i) de tenir mieux compte de la dimension de genres dans les questions de développement ; ii) de renforcer la durabilité et la soutenabilité des investissements dans le développement ; iii) de prendre en considération des thématiques telles que celles du changement climatique et de laccès universel à lénergie ; iv) dévoquer la question de lacquisition ou de la location de terres agricoles par des investisseurs étrangers alors que cette stratégie met en danger lautosuffisance alimentaire et engendre un réel danger de malnutrition pour les populations locales.