Rapport spécial n° 18/2012 (Décharge 2011): aide de l'Union européenne au Kosovo dans le domaine de l'état de droit
OBJECTIF : établissement dun rapport spécial (n° 18/2012) de la Cour des comptes sur laide apportée au Kosovo dans le domaine de létat de droit.
CONTENU : le Kosovo est le principal bénéficiaire au monde de laide financière de lUE par habitant et accueille la plus importante mission de gestion civile des crises jamais lancée par lUnion européenne (EULEX).
Audit : la Cour des comptes européenne a procédé à un audit de laide de lUE au Kosovo en cherchant à examiner notamment si laide apportée donnait les résultats escomptés et en tentant dévaluer lincidence de celle-ci sur les progrès globaux enregistrés dans différents secteurs de létat de droit. La Cour a également analysé la gestion de laide, notamment sur le plan de la coordination et de la gestion dEULEX. Léchantillon daudit se composait de 17 interventions de lUE au Kosovo.
Elle a ainsi a constaté que laide en question na pas été suffisamment efficace. Bien que lUE ait contribué au renforcement des capacités, notamment dans le secteur de la douane, laide apportée dans les domaines de la police et de la justice na donné lieu quà des succès modestes :
- le niveau de la criminalité organisée et de la corruption reste élevé au Kosovo,
- le système judiciaire continue à pâtir de lingérence politique, dun manque defficacité et de transparence, ainsi que de la non-application de la législation,
- la capacité limitée des autorités kosovares à protéger les principaux témoins et les difficultés à réinstaller ces derniers à létranger constituent dimportantes lacunes,
- les progrès enregistrés dans linstauration de létat de droit dans le Nord du Kosovo sont quasiment nuls.
Au cours de la période 1999-2007, le Kosovo a reçu 3,5 milliards EUR des donateurs, la Commission européenne et les États membres de lUE versant deux tiers de ce montant. Entre 2007 et 2011, laide de lUnion à létat de droit via linstrument daide de préadhésion et la mission EULEX a atteint près de 700 millions EUR en tout.
Conclusions de le Cour : lefficacité limitée de laide de lUE peut sexpliquer par la situation particulière du Kosovo, notamment les piètres conditions au moment de la déclaration dindépendance pour établir létat de droit. Cela étant, nonobstant les améliorations apportées au cours de la période examinée, laudit a permis de constater quil existait dimportants domaines où une meilleure gestion par le SEAE et la Commission aurait permis de rendre cette aide plus efficace.
Ainsi, les États membres ont détaché auprès dEULEX des agents trop peu nombreux et trop peu qualifiés et pour des périodes trop courtes. En outre, la coopération entre Europol et EULEX est soumise à des restrictions juridiques.
Les institutions de lUnion ont consenti des efforts considérables pour assurer une coordination avec les États-Unis, principal donateur bilatéral du Kosovo, mais il reste difficile darriver à une coordination totale avec eux.
Les interventions de lUE ont donné des résultats limités dans la lutte contre la corruption, qui reste un problème majeur. Les pouvoirs des trois organismes kosovars compétents en la matière sont restreints et leurs responsabilités respectives se chevauchent. La supervision des marchés publics présente en outre un degré de complexité similaire. Par ailleurs, on dénombre plus de 150 pouvoirs adjudicateurs au Kosovo.
Bien que cette complexité et cette fragmentation accroissent le risque de corruption, lUE na pas abordé le problème au niveau politique.
Un manque dunanimité sur la question kosovare: la Cour souligne par ailleurs quau Kosovo et contrairement au reste des Balkans occidentaux, lincitant que constitue une éventuelle adhésion à lUE est compromis par labsence de position commune entre les États membres à propos de son indépendance.
Recommandations de la Cour : en conclusion, la Cour estime quil faut améliorer encore les mécanismes de coordination de lUE, y compris avec la communauté internationale. Elle recommande entre autres que :
- le SEAE et la Commission exploitent mieux le dialogue politique et la conditionnalité,
- une amélioration de la politique des visas : la possibilité de libéraliser le régime des visas pourrait agir comme un incitant en faveur de létat de droit au Kosovo. Toutefois, 95 critères fixés par l'UE doivent être satisfaits pour permettre une telle libéralisation, ce qui risque de miner leffet incitatif,
- le dialogue politique devrait être centré sur les conditions prioritaires,
- laide accordée par lUE au Kosovo devrait être liée à des éléments de référence concrets et tenir compte des objectifs de lUE en matière de sécurité intérieure.