Rapport spécial n°15/2012 (décharge 2011): Gestion des conflits d'intérêts dans des agences de l'Union européenne sélectionnées
OBJECTIF : établissement dun rapport spécial (n° 15/2012) de la Cour des comptes sur la gestion des conflits dintérêts dans une sélection dagences de lUE.
CONTENU : ces dernières années, la presse sest fait lécho dun certain nombre de cas supposés relever de conflits dintérêts qui impliquaient des agences de lUE. Cela a suscité des inquiétudes au sein du Parlement européen. En 2011, ce dernier a invité la Cour des comptes européenne à «entreprendre une analyse globale des approches adoptées par les agences pour gérer les situations de conflits dintérêts potentiels».
Par «conflit dintérêts», il faut entendre un conflit entre la mission publique et les intérêts privés dun agent public, dans lequel ce dernier possède à titre privé des intérêts qui pourraient influencer indûment la façon dont il sacquitte de ses obligations et de ses responsabilités. Certains risques de conflit dintérêts tiennent à la structure même des agences sélectionnées (par exemple, lorsque la même organisation intervient à la fois en tant que représentant de la direction et en tant que prestataire de services) ainsi quà leur dépendance à légard des recherches menées par lindustrie.
Laudit a consisté en une évaluation des politiques et des procédures de gestion des situations de conflit dintérêts dans 4 agences sélectionnées qui prennent des décisions cruciales pour la sécurité et la santé des consommateurs:
- lAgence européenne de la sécurité aérienne (AESA),
- lAgence européenne des produits chimiques (ECHA),
- lAutorité européenne de sécurité des aliments (EFSA),
- lAgence européenne des médicaments (EMA).
Dans ce contexte, ces agences doivent impérativement disposer de mécanismes robustes pour gérer un niveau élevé de risque inhérent de conflit dintérêts.
Cadre légal : lUE ne dispose daucun cadre réglementaire exhaustif consacré aux conflits dintérêts qui permettrait dimposer des exigences minimales comparables en matière dindépendance et de transparence, applicables à lensemble des agences de lUnion et des principaux acteurs qui exercent une influence sur la stratégie, sur les opérations et sur la prise de décision. Compte tenu de labsence dun tel cadre réglementaire au niveau de lUE, la Cour a considéré que le cadre de référence pour cet audit était, en partie, constitué par les lignes directrices consacrées par lOCDE à ce sujet. Celles-ci définissent une référence internationale pour la conception dune politique générale visant les conflits dintérêts.
Conclusions de laudit de la Cour des comptes : la Cour des comptes a estimé, dune manière générale, quaucune des agences auditées ne gérait les situations de conflit dintérêts de manière appropriée. Un certain nombre de lacunes, de gravité variable, ont été relevées dans les politiques et les procédures spécifiques des agences, ainsi que dans leur mise en uvre.
Parmi les agences sélectionnées, lEMA et lEFSA sont celles qui ont mis au point les politiques et les procédures de déclaration, dévaluation et de gestion des conflits dintérêts les plus élaborées.
Bien que lECHA se soit dotée dune politique et de procédures spécifiques en matière de gestion des conflits dintérêts, la politique et les procédures applicables à ses agents ainsi quà sa chambre de recours présentent des insuffisances significatives.
La Cour a constaté que lAESA ne disposait pas dune politique ni de procédures spécifiques relatives aux conflits dintérêts. LAESA ne cherche pas à obtenir des déclarations dintérêts de ses agents, des membres de son conseil dadministration et de sa chambre de recours ou des experts et ne procède donc pas à lévaluation de celles-ci.
Recommandations de la Cour : en conclusion, la Cour recommande aux agences sélectionnées daméliorer leurs politiques et procédures en matière de conflit dintérêts moyennant:
- le filtrage des candidats en fonction des conflits dintérêts, avant leur nomination;
- létablissement de politiques et de procédures en matière de conflit dintérêts qui permettent de garantir que les autorités nationales chargées de réaliser les tâches externalisées gèrent les situations de conflit dintérêts en fonction de normes comparables (à lAESA et à lEMA);
- la définition et lapplication cohérente de critères clairs et objectifs pour lévaluation des déclarations dintérêts;
- la mise en place de politiques et de procédures relatives aux cadeaux et aux invitations, applicables à lensemble de lagence (à lAESA, à lECHA et à lEFSA);
- la définition de politiques et de procédures claires, transparentes et cohérentes applicables à lensemble de lagence, en matière dabus de confiance;
- lamélioration de la transparence des intérêts déclarés pendant les réunions et dans le contexte des processus de prise de décision scientifique;
- lorganisation de formations complètes et obligatoires en matière de conflit dintérêts;
- la résolution des problèmes qui se posent après la cessation des fonctions, en coordination avec toutes les autorités de nomination concernées.
La Cour recommande également au législateur de lUnion, éventuellement en concertation avec dautres institutions de lUE, denvisager de poursuivre lélaboration du cadre réglementaire de celle-ci consacré à la gestion des situations de conflit dintérêts, et de prendre pour référence les lignes directrices de lOCDE et les meilleures pratiques existantes.