Défi microbien - menace croissante de la résistance aux antimicrobiens
La commission de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire a adopté à lunanimité le rapport dinitiative dAnna ROSBACH (ECR, DK) sur "Le défi microbien - menaces croissantes de la résistance aux antimicrobiens"
Les députés rappellent quaujourdhui, la résistance aux antibiotiques pour certaines bactéries peut atteindre 25%, voire plus, dans plusieurs États membres et que cette résistance est en grande partie due à la mauvaise utilisation des antibiotiques, notamment à une utilisation excessive de ce type de médicaments. Ils mettent également en évidence le fait que de nombreux États membres ne disposent pas d'un cadre réglementaire et juridique solide pour rendre obligatoire et soutenir l'utilisation rationnelle des médicaments. En conséquence, les députés appellent à la mise en uvre complète et rapide de mesures dans ce domaine.
Saluant le plan d'action stratégique de cinq ans de la Commission contre la résistance aux antimicrobiens, les députés notent toutefois que de nombreux points d'actions semblent obsolètes et que, même si ce plan va globalement dans la bonne direction, il n'est pas suffisant pour endiguer la menace grandissante que constitue la résistance aux antimicrobiens à l'échelle internationale.
Dans ce contexte, les députés demandent la mise en place dune feuille de route intégrée qui décrive les réactions stratégiques adéquates et envisage éventuellement des mesures législatives.
Les députés demandent en particulier que le plan d'action :
- inclue tous les animaux relevant de la stratégie de l'Union sur le bien-être animal, y compris, par exemple, les animaux de compagnie et les animaux utilisés dans le sport,
- mette l'accent sur le lien entre la santé animale et l'utilisation d'antimicrobiens, ainsi que sur le lien entre la santé animale et la santé humaine.
Utilisation prudente des antimicrobiens en médecine humaine et vétérinaire : les députés appellent à une utilisation prudente des antimicrobiens. L'objectif premier des stratégies contre la résistance aux antimicrobiens est donc de maintenir le niveau d'efficacité des antimicrobiens existants en les utilisant de façon responsable, au niveau thérapeutique correct, toujours lorsqu'ils sont absolument nécessaires et sous ordonnance (et donc pas pour traiter des infections virales courantes chez l'homme). Des mesures de prudence similaires doivent être appliquées en médecine vétérinaire. Les députés demandent notamment aux États membres d'utiliser des systèmes d'enregistrement électronique pour garantir un usage approprié, responsable et minimal, des antimicrobiens dans les exploitations agricoles. Ils suggèrent également à la Commission de réévaluer les dispositions actuelles relatives à la densité maximale des animaux d'élevage, car la taille des troupeaux constitue un obstacle au traitement d'individus ou de petits groupes d'animaux, et incite à l'utilisation d'antimicrobiens à des fins prophylactiques. Ils plaident également pour la présentation dune proposition législative afin que le secteur vétérinaire limite son utilisation d'AIC (antimicrobiens dimportance critique) de troisième et quatrième générations destinés aux humains.
Des mesures sont également réclamées en matière de coopération auprès des États membres pour encourager et étudier les épidémies dans les hôpitaux, renforcer les diagnostics mais aussi contrôler la mise en uvre par les États membres de la législation européenne pertinente sur les antimicrobiens, notamment en ce qui concerne l'obligation d'ordonnance pour les antibiotiques dans les secteurs de la santé humaine et vétérinaire.
Prévention : les députés réclament des mesures plus efficaces pour prévenir à la fois l'apparition et la propagation de la résistance aux antimicrobiens. Ces mesures incluent un meilleur suivi et une meilleure notification des micro-organismes résistants aux antimicrobiens ainsi qu'une lutte plus efficace contre les infections, notamment grâce aux vaccinations. Entre autres mesures, ils demandent la limitation de l'accès incontrôlé aux agents antimicrobiens, notamment via les ventes illégales en augmentation sur l'internet, et leur utilisation inappropriée. Ils demandent en outre aux États membres d'améliorer le contrôle des infections, et de promouvoir les normes en matière d'hygiène notamment l'hygiène des mains afin de lutter contre la propagation des infections et de réduire le besoin d'antibiotiques.
Développement de nouveaux antimicrobiens ou de traitements alternatifs : les députés estiment quil est indispensable de limiter l'émergence de bactéries résistantes aux antimicrobiens. Dans ce contexte, il est nécessaire de développer de nouveaux agents antimicrobiens. Parallèlement, les députés soulignent les avantages des partenariats public-privé car ils peuvent contribuer à atteindre cet objectif en dissociant les ventes et les investissements dans la recherche et le développement. Dans ce domaine, les députés demandent à la Commission et aux États membres d'accélérer les activités de recherche et de développement afin de proposer de nouveaux outils pour lutter contre la tuberculose et la tuberculose pharmacorésistante.
Les députés soulignent également la nécessité d'examiner de nouvelles approches réglementaires permettant de stimuler la recherche industrielle et le développement de nouveaux antimicrobiens, tout en garantissant la sécurité des patients. Ils appellent également la Commission à garantir le développement et la disponibilité d'un plus grand nombre d'outils pour le diagnostic et le contrôle précoces et rapides des maladies ainsi qu'un vaste système de diagnostic efficace au niveau des États membres.
Suivi et rapports : dans ce domaine, les députés demandent à la Commission et aux États membres de rechercher une meilleure coopération et coordination dans le domaine de la détection précoce et de la prévention des bactéries pathogènes résistantes aux antimicrobiens chez l'homme, chez les animaux, dont les poissons, et dans les aliments. Ils appellent les États membres à fournir en temps voulu des données précises pour aboutir à des actions efficaces. Ils demandent toutefois que l'accès aux données sur l'utilisation des antimicrobiens soit limité aux experts, aux autorités et aux décideurs concernés. Tous les États membres doivent veiller en particulier à recueillir des données de référence claires, comparables, transparentes et régulières sur l'utilisation d'antimicrobiens. Ils suggèrent par exemple de mettre en place un suivi et un contrôle de la résistance aux antimicrobiens ventilés selon qu'il s'agit du bétail, des animaux domestiques ou des animaux de course.
Communication, éducation et formation : les députés font observer que l'un des motifs les plus communs de l'utilisation d'antibiotiques est le traitement d'un simple rhume et qu'il y aurait beaucoup à gagner si le public était sensibilisé au fait qu'un simple rhume est une infection virale, alors que les antibiotiques sont utilisés pour lutter contre les infections bactériennes. Ils invitent la Commission à dresser une liste des meilleures pratiques en termes de campagnes de communication et de cours de formation professionnelle efficaces pour la sensibilisation à la résistance aux antimicrobiens. Ils souhaitent en outre que des campagnes d'information et de sensibilisation efficaces soient mises en place afin de sensibiliser aux dangers de la diffusion involontaire des agents pathogènes résistants aux antimicrobiens dans les hôpitaux et dans les ménages. Des campagnes du type : «Ne prenez cet antibiotique que s'il vous a été prescrit par votre médecin» devraient être promues notamment par une inscription de ce type dans les notices pharmacologiques.
Coopération internationale : enfin, les députés estiment qu'une intervention internationale rapide et concertée éviterait les chevauchements et constituerait une masse critique pour limiter la menace envers la santé publique que représentent les bactéries résistantes aux antimicrobiens au niveau mondial. Ils suggèrent dès que lon sinspire des travaux entrepris par le groupe de travail transatlantique sur la résistance aux antimicrobiens (TATFAR) comme modèle de coopération internationale sur la résistance aux antimicrobiens. D'autres engagements bilatéraux ou multilatéraux de cette nature devraient également être encouragés, conformément aux lignes directrices édictées par l'OMS (en particulier, en matière de lutte contre les contrefaçons dantimicrobiens).