Lutte contre la fraude, l’évasion fiscales et les paradis fiscaux
OBJECTIF : proposer un plan daction pour une lutte plus efficace de l'Union contre la fraude et l'évasion fiscales.
CONTEXTE : la fraude et lévasion fiscales constituent un problème complexe qui exige une réponse coordonnée et pluridimensionnelle. La planification fiscale agressive est un autre problème qui requiert une attention urgente. Ce sont là des défis mondiaux auxquels aucun État membre ne peut faire face à lui seul.
Le 2 mars 2012, le Conseil européen a invité le Conseil et la Commission à concevoir sans tarder des moyens concrets de lutte contre la fraude et lévasion fiscales, y compris en rapport avec les pays tiers, et à en rendre compte dici juin 2012. En avril 2012, le Parlement européen a adopté une résolution réitérant la nécessité urgente dagir dans ce domaine.
En réponse à ces demandes la Commission a adopté une communication le 27 juin 2012 exposant les moyens daméliorer le respect des obligations fiscales et de réduire la fraude et lévasion fiscales. Elle a également recensé les domaines dans lesquels de nouvelles mesures législatives ou de coordination seraient bénéfiques pour lUnion et les États membres.
Dans sa communication, la Commission a également annoncé quelle proposerait un plan daction avant la fin de 2012, ainsi que des idées concrètes sur la manière de mieux lutter contre les paradis fiscaux et la planification fiscale agressive.
CONTENU : le présent plan daction recense une série de mesures spécifiques qui peuvent être mises en place dès à présent et dans les années à venir. Il constitue également une contribution générale au débat international plus large sur la fiscalité et vise à aider le G20 et le G8 dans leurs travaux en cours dans ce domaine.
En substance, le plan daction contient des mesures concrètes qui peuvent donner des résultats tangibles pour tous les États membres et soutenir plus particulièrement les dix États membres - Bulgarie, Chypre, République tchèque, Estonie, Hongrie, Italie, Lituanie, Malte, Pologne et Slovaquie - auxquels des recommandations spécifiques sur la nécessité daméliorer la perception de limpôt ont été adressées dans le cadre du semestre européen 2012.
1) Initiatives de la Commission à faire progresser : la Commission rappelle quun certain nombre de mesures importantes ont déjà été prises et suggère une meilleure utilisation des instruments existants. Cela concerne notamment :
- la mise en uvre du nouveau cadre pour la coopération administrative adopté par le Conseil;
- la correction des lacunes en matière de fiscalité de lépargne ;
- la signature daccords de lutte contre la fraude et de coopération fiscale entre lUE et le Liechtenstein ainsi que louverture de négociations similaires avec quatre autres pays tiers voisins ;
- ladoption des propositions de la Commission concernant le mécanisme de réaction rapide contre la fraude à la TVA et lapplication facultative du mécanisme dautoliquidation en matière de TVA ;
- la participation la plus large possible des États membres au forum de lUE sur la TVA.
2) Nouvelles initiatives : comme première mesure immédiate, la Commission formule deux recommandations pour encourager les États membres à prendre des mesures rapides et coordonnées concernant des problèmes urgents.
- Recommandation n° 1 : encourager les pays tiers à appliquer des normes minimales de bonne gouvernance dans le domaine fiscal.
La Commission recommande que les États membres adoptent un ensemble de critères permettant didentifier les pays tiers qui ne respectent pas les normes minimales de la bonne gouvernance dans le domaine fiscal et quils appliquent une palette de mesures aux pays tiers selon quils respectent ou non ces normes, ou quils sengagent à le faire. Parmi ces mesures figurent léventuelle inscription sur une liste noire des juridictions non conformes, la conclusion de conventions relatives à la double imposition et la renégociation ou la suspension de ces conventions.
Les États membres pourraient également envisager des détachements ponctuels dexperts pour aider les administrations fiscales des pays tiers qui sengagent à se conformer aux normes minimales mais ont besoin dune assistance technique.
- Recommandation n° 2 relative à la planification fiscale agressive : à lheure actuelle, certains contribuables recourent à des structures complexes, parfois artificielles, qui ont pour effet de transférer leurs avoirs imposables dans dautres juridictions, au sein de lUnion ou hors de celle-ci. En agissant de la sorte, ces contribuables tirent profit des incohérences des législations nationales pour sassurer que certains revenus échappent entièrement à limpôt ou exploitent les différences de taux dimposition.
En vue de remédier à ces problèmes, la Commission recommande aux États membres dinsérer, dans les conventions relatives à la double imposition conclues avec dautres États membres de lUnion et avec les pays tiers, une clause permettant de remédier à un type donné de double non-imposition. La Commission recommande également lutilisation dune règle générale anti-abus commune.
La Commission a lintention de créer une plate-forme pour la bonne gouvernance fiscale rassemblant des experts des États membres et des représentants des parties prenantes, chargée de lui fournir une assistance pour lélaboration de son rapport sur lapplication des deux recommandations.
3) Initiatives futures : parmi les autres initiatives prévues dans le plan d'action figurent, entre autres :
- la révision de la directive «mères-filiales» (2011/96/UE) de sorte que lapplication de la directive nentrave pas lefficacité des mesures de lutte contre la double non-imposition dans le domaine des structures de prêts hybrides ;
- le réexamen des dispositions anti-abus dans la législation de lUnion ;
- la promotion de léchange automatique dinformations en tant future norme européenne et internationale en matière de transparence et déchange dinformations dans le domaine fiscal;
- létablissement dun code du contribuable exposant les meilleures pratiques susceptibles de renforcer la coopération et la confiance entre les administrations fiscales et les contribuables;
- le renforcement de la coopération avec dautres organes chargés de faire respecter la loi ;
- la promotion du recours aux contrôles simultanés et de la présence de fonctionnaires étrangers lors des contrôles ;
- la création dun numéro didentification fiscale (TIN) européen ;
- la définition de lignes directrices en matière de traçabilité des flux financiers ;
- le développement dun portail web sur la fiscalité pour faciliter laccès à des informations fiscales fiables dans les situations transfrontières;
- lélaboration dun fichier de contrôle type européen pour la fiscalité (Standard Audit File for Tax).
Au-delà de 2014, la Commission examinera la possibilité : i) délaborer une méthode pour la réalisation de contrôles conjoints par des équipes spécialisées de contrôleurs qualifiés ; ii) de développer laccès mutuel direct aux bases de données nationales ; iii) délaborer un instrument juridique unique pour la coopération administrative relative à lensemble des impôts et taxes.
Suivi : afin de veiller à ce que les mesures décrites dans le plan daction soient mises en uvre, la Commission mettra en place un mécanisme de suivi et des tableaux de bord appropriés, incluant en particulier des échanges de vues réguliers au sein des comités et groupes de travail concernés, sur la base de questionnaires détaillés.