Base technologique et industrielle de la défense européenne
Le présent rapport sur une nouvelle donne pour la défense européenne établit une feuille de route pour les activités définies dans la communication de la Commission intitulée «Vers un secteur de la défense et de la sécurité plus compétitif et plus efficace» et contribue à la mise en uvre des conclusions du Conseil européen de décembre 2013. Il assure également la continuité des activités de la Commission dans le domaine de la défense et de la sécurité et prépare la contribution de la Commission au Conseil européen de juin 2015.
Se fondant sur les conclusions du Conseil européen, la Commission poursuit les objectifs suivants:
- un marché intérieur de la défense dans lequel les entreprises européennes peuvent opérer librement et sans discrimination dans tous les États membres;
- un régime européen de sécurité de lapprovisionnement offrant aux forces armées la garantie dun approvisionnement suffisant en toutes circonstances, quel que soit lÉtat membre dans lequel leurs fournisseurs sont établis;
- une action préparatoire (AP) concernant la recherche liée à la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) pour analyser le potentiel dun programme de recherche européen qui, à lavenir, pourrait couvrir à la fois la sécurité et la défense ;
- une politique industrielle qui favorise la compétitivité des industries européennes de la défense et qui contribue à fournir, à un prix abordable, toutes les capacités dont lEurope a besoin pour garantir sa sécurité.
La Commission note que les liens entre le monde civil et le monde de la défense se resserrent et que les frontières qui les séparent se dissipent peu à peu. Cette évolution est particulièrement visible dans les missions de la PSDC, qui sont principalement civiles. Il en résulte un besoin accru de synergies entre les mondes civil et militaire dans des domaines tels que, notamment, les communications, le transport stratégique et la surveillance.
Parallèlement, les investissements en R&D dans le domaine de la défense continuent de baisser rapidement. En 2012, les dépenses en R&D dans le domaine de la défense dans lensemble de lUnion ont baissé de 38% par rapport à 2011. En partie du fait de cette diminution, lécart entre la R&D liée à la défense et la R&D civile se creuse davantage. Lindustrie de la défense est donc de plus en plus tributaire de technologies dorigine civile, et elle a de plus en plus tendance à se diversifier dans des activités civiles.
Dans un paysage industriel en pleine mutation, la Commission est davis que bon nombre de ses politiques - marché intérieur, industrie, recherche et innovation - sont pertinentes pour la défense et offrent des possibilités de création de nouvelles synergies et de gains en efficacité pour lEurope.
La présente feuille de route inclut une grande variété dactions relevant de politiques différentes mais souvent liées entre elles :
Consolider le marché intérieur : laction de la Commission portera sur les domaines suivants:
- la surveillance du marché pour garantir lapplication correcte de la directive 2009/81/CE sur les marchés publics dans le domaine de la défense;
- la clarification de certaines exclusions du champ dapplication de la directive 2009/81/CE - ventes entre gouvernements, achats dans le cadre daccords internationaux et via des organisations internationales - pour assurer son application efficace;
- la cessation de la pratique des compensations économiques et lencouragement de solutions de remplacement aux compensations afin de faciliter laccès des PME aux marchés transfrontaliers;
- la finalisation, dici juin 2015, dune feuille de route en vue dun régime de sécurité de lapprovisionnement global à léchelle de lUE qui définira de possibles actions dans les domaines 1) de lapprovisionnement entre États membres, 2) de lapprovisionnement dÉtats membres depuis des pays tiers et 3) du contrôle des ressources industrielles et technologiques dans lUnion;
- le renforcement de la mise en uvre de la directive 2009/43/CE sur les transferts de produits de défense, sur la base des résultats dune étude attendus pour juillet 2014;
- la publication dun livre vert qui examinera les lacunes éventuelles du système actuel de contrôle des ressources et les possibilités daction au niveau de lUE.
Favoriser la compétitivité de lindustrie de la défense : la Commission soutiendra lAgence européenne de défense (AED) pour le développement dune approche commune de la normalisation et de la certification, notamment en ce qui concerne lharmonisation des exigences de navigabilité aérienne militaire. La Commission entend également :
- finaliser, dici à mi-2015, une analyse recensant les matières premières essentielles pour le secteur de la défense, en étroite coopération avec lAED et avec lindustrie;
- soutenir les réseaux régionaux de PME et les clusters stratégiques afin daugmenter le pourcentage de demandes de financement européen retenues pour des projets à double usage par des PME et des clusters liés à la défense, en particulier au titre des fonds structurels et du programme COSME;
- lancer une campagne de communication relative aux initiatives liées aux compétences, ainsi quune étude sur loffre et la demande actuelles et futures de compétences et daptitudes dans le secteur de la défense.
Exploiter le double usage potentiel des travaux de recherche et promouvoir linnovation: la Commission développera au maximum les synergies entre la recherche civile dans le cadre de la stratégie «Horizon 2020» et la recherche en matière de défense coordonnée par lAED.
Une action préparatoire (AP) aura pour objectif dillustrer la valeur ajoutée dune contribution de lUnion dans de nouveaux domaines de recherche, en complément des recherches civiles liés à la PSDC. LAP durera au maximum trois ans. Le montant total du financement dépendra des moyens budgétaires disponibles au moment de son adoption. Si elle est couronnée de succès, cette AP pourrait ouvrir la voie au financement possible dun thème de recherche lié à la PSDC dans le prochain cadre financier pluriannuel.
La portée de lAP sera définie en consultation avec les États membres, le Parlement européen, lAED, le SEAE et lindustrie.
Développement des capacités : la Commission :
- entreprendra en collaboration avec le haut représentant et lAED, une évaluation conjointe des capacités nécessaires en matière de biens à double usage pour les politiques de sécurité et de défense de lUE;
- adoptera en juillet 2014 une communication sur une feuille de route pour la mise en uvre de lenvironnement commun de partage de linformation (CISE) pour la surveillance du domaine maritime de lUE.
Espace et défense : bien que certaines capacités spatiales doivent rester sous contrôle national et/ou militaire exclusif, la Commission estime que le renforcement des synergies entre les capacités spatiales nationales et européennes pourrait offrir des avantages importants en termes de réduction des coûts et damélioration de lefficacité. La Commission poursuivra ses travaux visant à protéger linfrastructure spatiale et à soutenir le développement de la prochaine génération de communications par satellite (SATCOM).
Politiques énergétiques et instruments de soutien de lUE : les forces armées ont beaucoup à gagner en réduisant leur empreinte énergétique; elles pourraient donc apporter une contribution importante aux objectifs énergétiques de lUnion. En 2013, la Commission a lancé des discussions avec les États membres et lAED concernant la mise en place dun forum de consultation sur lénergie dans le secteur de la défense et de la sécurité.
Le forum élaborera, dici fin 2015, un certain nombre de produits, dont: i) des documents dorientation portant a) sur la mise en uvre de la législation européenne concernée en matière dénergie et b) sur le financement des investissements dans lefficacité énergétique et dans les énergies renouvelables dans le secteur de la défense; ii) des concepts et des recommandations dactions conjointes entre les États membres afin daméliorer la protection des infrastructures énergétiques critiques.
Renforcer la dimension internationale : la Commission mènera des discussions avec les parties prenantes sur les moyens de soutenir lindustrie européenne de la défense sur les marchés de pays tiers. Ces discussions devraient notamment porter sur : i) lincidence des exigences de compensation des pays tiers sur le secteur européen de la défense, ii) les obstacles auxquels lindustrie européenne se trouve confrontée dans sa lutte pour des marchés dans les pays tiers et la contribution des accords commerciaux et dinvestissement européens, iii) laide reçue par les concurrents de pays tiers et la mesure dans laquelle il serait possible de fournir une aide similaire aux entreprises européennes.