Cinéma européen à l'ère numérique
OBJECTIF : présentation dune communication intitulée «Le cinéma européen à lère numérique : Associer la diversité culturelle et la compétitivité».
CONTEXTE : le monde entier rend hommage au patrimoine cinématographique européen. Toutefois, la plupart des films européens natteignent pas la totalité de leur public potentiel en Europe, et moins encore sur le marché mondial. Pour la plupart, les films restent sur les marchés nationaux ou ne parviennent même pas à trouver de canaux de distribution au plan local.
Dans ce contexte, la révolution numérique offre plus de possibilités et de souplesse pour la distribution et a une incidence fondamentale sur les habitudes des spectateurs. Il est donc primordial de sadapter à lère numérique et dutiliser son potentiel pour conserver les publics existants et en atteindre de nouveaux, ainsi que pour créer des passerelles entre la diversité culturelle et la compétitivité.
La présente communication présente à cet effet un état des lieux de lévolution récente du secteur cinématographique et recense les défis actuels à relever dans le cadre des politiques publiques ayant une incidence sur ce secteur.
Elle met également en évidence les instruments existants de lUE pouvant contribuer au processus dadaptation à ces problématiques.
OBJECTIF : la communication a pour objectif global daméliorer la complémentarité entre les politiques des États membres et de lUnion dans le domaine du patrimoine cinématographique et de sa promotion. Elle promeut en particulier des orientations communes destinées à mieux saisir les opportunités et à relever les défis liés au passage au numérique, tout en tenant compte de la diversité culturelle et linguistique et de la variété des paysages audiovisuels nationaux.
Elle souligne notamment la nécessité dun effort conjoint pour renforcer lefficience globale des outils de financement existants, en vue dassurer la compétitivité et la diversité du secteur cinématographique européen.
Les grandes tendances : au sein de lUE, les films européens représentent en moyenne 62,52% des sorties en salle et 32,9% des entrées. Les recettes aux guichets et les entrées des films européens sont nettement inférieures à celles des productions américaines. La communication souligne en outre que seule, une petite minorité de films européens sortent en salle en dehors de lEurope (8% en 2010).
Parallèlement, la télévision demeure la plateforme la plus répandue pour regarder des films. En 2011, 41% des 122.000 longs métrages diffusés à la télévision en Europe étaient des films européens. Alors que les DVD sont en baisse, la vidéo à la demande devrait se développer considérablement au cours des prochaines années. En 2012, le marché de la vidéo à la demande avait ainsi enregistré un taux de croissance de 59% en Allemagne et de 14,7% en France.
La communication indique par ailleurs que la fréquentation des salles de cinéma est restée stable ces dernières années, mais que les Européens se rendent au cinéma moins dune fois par mois (39% dentre eux nallant jamais au cinéma). Outre le cinéma, les Européens regardent également des films sur les chaînes non cryptées (79% de la population) et sur des DVD (67%).
En ce qui concerne le visionnage mobile, ce secteur est appelée à devenir un marché important, en particulier parce que les spectateurs sattendent de plus en plus à pouvoir visionner des contenus à tout moment, partout et sur tout support. Le visionnage moyen de vidéos en ligne par spectateur, bien quencore relativement peu élevé, sest accru de 155% à 200% sur la période 2008-2011.
Difficultés du secteur cinématographique : la communication pointe les faiblesses structurelles du secteur qui lempêchent datteindre le public le plus large:
- une fragmentation de la production et du financement : le secteur cinématographique européen est composé principalement de petites et microentreprises sappuyant sur des actifs immatériels limités. La grande majorité des films européens ne sont pas rentables et ne permettent pas damortir les investissements réalisés. Il est donc difficile pour les entreprises européennes de devenir stables. En outre, le système complexe de financement de la production cinématographique est remis en cause par les changements survenus avec larrivée des technologies numériques;
- incitations limitées pour internationaliser les projets : de manière générale, le secteur cinématographique ne mobilise pas des financements appropriés pour les projets dans une optique internationale. Par conséquent, les projets ont tendance à cibler un public local. Le potentiel que représentent les coproductions pour accroître le rayonnement dun film pourrait être mieux exploité; trop de coproductions manquent encore dune stratégie claire de distribution dans les pays concernés et au-delà;
- plus de fonds pour la distribution et la promotion : laccent mis sur la sortie en salle et la diffusion fait passer au second plan le potentiel de distribution sur toutes les plateformes possibles. La rigidité du système actuel de fenêtres de mises à disposition (passage des films du cinéma vers dautres supports de visionnage) empêche le développement et lutilisation de nouveaux modèles commerciaux et de stratégies de mise à disposition innovants;
- un passage trop lent au numérique : lEurope accuse un certain retard sur le plan de la numérisation : seul 1,5% du patrimoine cinématographique a été numérisé. Cette situation est due à labsence de financement et à des coûts élevés (tant sur le plan financier quen termes de temps) pour laffranchissement des droits;
- des lacunes entrepreneuriales : la formation initiale des professionnels du cinéma ne fournit généralement pas les compétences commerciales et entrepreneuriales nécessaires. Les liens entre les écoles de cinéma et le monde professionnel sont ténus et la formation noffre toujours pas suffisamment de possibilités dacquérir des contacts internationaux.
Les propositions de la Commission : un effort concerté à tous les niveaux serait nécessaire pour surmonter ces faiblesses structurelles. Une série de mesures sont ainsi proposées qui peuvent se résumer comme suit:
1) Revoir le cadre de financement : une industrie cinématographique européenne prospère a besoin dun rééquilibrage des dépenses entre la production, la distribution et la promotion de films, et des progrès doivent être accomplis pour : i) renforcer les régimes de financement public en optimisant la valeur ajoutée globale des fonds octroyés par exemple en veillant à ce que le projet soit développé de manière à toucher son public cible ou en faisant en sorte que les projets financés par des fonds publics soient accompagnés dune stratégie de distribution et de commercialisation élargie. Á cet égard le nouveau programme MEDIA pourrait utilement contribuer à cet objectif ; ii) mieux faire participer de nouveaux acteurs dans la chaîne de valeur comme par exemple Netflix qui pourrait investir dans le contenu original, principalement dans les séries, mais également dans dautres genres comme les documentaires et les monologues comiques (stand-up comedies) ; iii) permettre laccès aux financements privés au moyen dinstruments financiers de lUE comme par exemple les fonds de garantie permettant douvrir laccès aux financements privés, comme prévu par le programme COSME;
2) Mettre en place un environnement innovant : lévolution rapide du secteur requiert une souplesse suffisante pour permettre aux opérateurs dexpérimenter de nouveaux modèles commerciaux et approches. La souplesse est tout particulièrement requise concernant les fenêtres de mise à disposition (ex. après la diffusion en salles, pour les vidéos à la demande et les diffusion en ligne) pour mettre à lépreuve, élaborer et utiliser dautres stratégies de mise à disposition adaptées aux différents types de films, et maximiser les complémentarités des différentes plateformes afin datteindre les publics. Cela pourrait permettre dobtenir une part daudience supplémentaire pour les films européens et maximiser leffet des efforts de commercialisation. La sortie en salle simultanée ou plus coordonnée dans les différents pays ou un accès plus rapide aux services en ligne pourraient également être envisagés.
3) Renforcer lenvironnement créatif : la coopération entre les écoles de cinéma européennes (sur les programmes détudes ou la mobilité) et les partenariats créatifs entre les écoles et le monde professionnel doivent être encouragés. Lobjectif devrait être de promouvoir une meilleure adéquation de la formation et des compétences par rapport aux besoins de lindustrie (y compris lesprit dentreprise, les TIC, la publicité et les compétences commerciales). Il sagirait également de doter la partie créative de lindustrie dune perspective plus internationale en termes daudience. Il conviendrait également dencourager la coopération créative avec des secteurs connexes (fiction télévisée, jeux vidéo, cross-média, etc.).
Enfin des mesures sont prévues pour élargir le public cible. Des informations sur les préférences du public et le comportement des consommateurs permettraient de mieux cibler les facteurs pouvant contribuer au succès dun film.
Il est également nécessaire de promouvoir la visibilité des films européens et la possibilité de les découvrir, et dy faire participer le public. Léducation cinématographique constitue également un investissement majeur pour les publics de demain. Á cet égard, le programme «Europe créative» peut utilement contribuer à améliorer les approches dans ce domaine.
Prochaines étapes : face à lévolution rapide du secteur, il est nécessaire de promouvoir un débat européen et dengager un dialogue avec lensemble des parties prenantes pouvoirs publics et secteur privé sur la politique cinématographique en Europe. Ce débat devrait être axé sur les objectifs communs visant à rendre la riche diversité des films européens plus accessible.
À cet effet, la Commission entend lancer un forum du film européen sur la base des instruments existants, afin de promouvoir léchange dexpériences et de bonnes pratiques, ainsi que létude et le partage des connaissances sur des questions dintérêt commun. Lobjectif est de débattre des politiques publiques dans le secteur cinématographique et de permettre aux parties intéressées de participer sur une base volontaire à ce processus.