Stratégie de l'Union européenne à l'égard de l'Iran après l'accord sur le nucléaire
Le Parlement européen a adopté par 456 voix pour, 174 contre et 67 abstentions, une résolution sur la stratégie de l'Union à l'égard de l'Iran après l'accord sur le nucléaire.
La résolution a souligné quà la suite de laccord sur le nucléaire iranien et des évolutions politiques internes en Iran, des possibilités de réformes et damélioration des relations avec lUnion européenne soffrent désormais à lIran. Les députés ont estimé que toutes les parties étaient désormais responsables de sa mise en uvre stricte et complète.
Dialogue politique : le Parlement a rappelé que la décision du Conseil de lever toutes les sanctions liées au nucléaire à lencontre de lIran à la suite de la mise en uvre de ses engagements au titre du plan daction global commun permettait la reprise des contacts avec lIran. Cela devrait créer des possibilités et entraîner des avantages pour les deux parties, en offrant aux entreprises européennes la perspective daccéder à nouveau au marché iranien.
Il a été souligné que la progression des relations entre lUnion et lIran devrait aller de pair avec lapplication de laccord sur le nucléaire/plan daction global commun et que selon les termes de laccord, sa non-application par lIran pourrait conduire à de nouvelles sanctions.
Le Parlement a :
- plaidé pour le renforcement des relations UE-Iran par un dialogue à plusieurs niveaux comprenant des échanges politiques, diplomatiques, économiques, académiques et techniques ainsi que des contacts faisant intervenir des acteurs de la société civile, des ONG et des défenseurs des droits de lhomme ;
- salué les changements institutionnels réalisés au sein du Service européen pour laction extérieure (SEAE) et notamment la création dune force spéciale iranienne, ainsi que les mesures prises par le SEAE en vue de la création dune délégation de lUnion à Téhéran ;
- plaidé en faveur dune stratégie de lUnion européenne pour la remobilisation de lIran qui soit fondée, au départ, sur des mesures de renforcement de la confiance dans des domaines techniques susceptibles de créer des précédents positifs de collaboration entre lUnion et lIran ;
- insisté sur limportance de développer la dimension parlementaire des relations UE-Iran dans le cadre de la stratégie de rétablissement de la confiance mutuelle.
Rappelant que labolition de la peine de mort était un objectif majeur de la politique de lUnion européenne en matière de droits de lhomme et de sa politique étrangère, les députés ont appelé à un moratoire immédiat sur lexécution de la peine de mort en Iran. Ils ont également plaidé en faveur dune coopération entre lUnion européenne et lIran dans la lutte contre le trafic de drogues, comme moyen de traiter la question des exécutions dans le pays.
Questions commerciales et économiques : le Parlement sest félicité que le plan daction global commun ait déjà produit des résultats positifs, tels que la hausse de 43% des échanges commerciaux entre lIran et lUE au cours du premier semestre de 2016, par rapport à la même période en 2015.
Les députés ont pris acte de lobjectif annoncé par lIran dobtenir un taux de croissance annuel de 8%, soulignant que les investissements européens étaient les éléments clés pour quil puisse y parvenir. Plus de 1000 milliards de dollars dinvestissement dans les infrastructures seront probablement nécessaires au cours des dix prochaines années, ce qui offre des perspectives pour les entreprises européennes.
Afin de réaliser tout son potentiel économique, lIran devrait prendre des mesures visant à créer un environnement économique transparent propice aux investissements étrangers et des mesures de lutte contre la corruption, notamment en ce qui concerne le respect des recommandations du groupe daction financière (GAFI) concernant des questions comme linterruption des flux financiers aux organisations terroristes. L'UE devrait soutenir pleinement les efforts de l'Iran dans ce processus.
Le Parlement a soutenu la demande de lIran dadhérer à lOrganisation mondiale du commerce (OMC). Il a invité la Commission à examiner des possibilités de renforcement des liens commerciaux et dinvestissement dans le but daccroître le respect par lIran des règles de lOMC et de protéger les investissements européens.
Les députés ont par ailleurs souligné que la levée des sanctions économiques et financières liées au nucléaire par lUE et la communauté internationale était un élément majeur pour démontrer que lUnion européenne respecte ses engagements envers lIran, mais aussi donner la preuve de sa volonté de renforcer la coopération économique.
La résolution a toutefois insisté sur la nécessité de trouver une solution au problème de lincertitude juridique que créent les sanctions américaines initiales et au fait que les transactions soient libellées en dollars pour les entreprises européennes disposées à investir en Iran, ce qui empêche que les bénéfices économiques escomptés du plan daction global commun puissent profiter au peuple iranien.
Coopération sectorielle : étant donné que les réserves iraniennes de gaz et de pétrole brut sont respectivement les deuxième et quatrième plus importantes au monde, le Parlement a estimé que la coopération dans le domaine de lénergie pouvait jouer un rôle important dans la diversification des sources dénergie de lUnion et la réduction de la dépendance énergétique des États membres envers un seul fournisseur, contribuant ainsi à la sécurité de lapprovisionnement en Europe.
Les députés sont convaincus que la levée des sanctions économiques pourrait débloquer des dépenses importantes en faveur de lindustrie gazière et pétrolière ainsi que dautres secteurs de léconomie, qui pourraient tirer parti des investissements et de laccès à de nouvelles technologies. Ils ont dès lors invité les entreprises européennes à investir dans le secteur de lénergie en Iran.
Le Parlement a pris acte des études indiquant que lénergie nucléaire pourrait ne pas être compétitive en Iran en raison des faibles réserves duranium et du coût de son extraction. La Commission est néanmoins invitée à étudier la possibilité dune coopération sur le nucléaire civil avec lIran et à encourager lIran à signer la convention sur la sûreté nucléaire.
Sécurité régionale : le Parlement est convaincu que laccord sur le nucléaire ouvre la voie dune coopération pour résoudre la crise sécuritaire de la région et que lIran peut et doit jouer un rôle de stabilisateur dans la région. La coopération entre lUE et lIran dans la lutte contre le terrorisme et lextrémisme violent est considérée comme un élément important du dialogue politique.
En ce qui concerne les conflits au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et dans la région du Golfe, les députés se sont félicités de lengagement de lIran dans les pourparlers de paix en Syrie via sa participation au groupe international dappui pour la Syrie.
La résolution a salué la contribution de lIran à la lutte contre lEIIL/Daech, y compris son soutien dès le début au gouvernement régional kurde basé à Erbil, et a reconnu sa contribution décisive en Iraq, qui a permis denrayer lavancée de Daech et de récupérer les territoires soumis au terrorisme djihadiste.
Problèmes socioéconomiques, état de droit, démocratie et droits de lhomme : l'Iran est appelé à laisser plus de place au pluralisme politique et à coopérer pleinement avec lensemble des mécanismes des Nations unies dans le domaine des droits de lhomme. Il est également invité à libérer tous les prisonniers politiques ainsi que les ressortissants de lUE détenus ou condamnés au terme dune procédure judiciaire non conforme aux normes internationales.
LIran devrait veiller à ce que les droits des minorités religieuses et ethniques soient pleinement respectés et protégés par la loi et à ce que la liberté de religion soit élargie.
Enfin, le SEAE et la Commission devraient collaborer avec les autorités iraniennes dans les domaines tels que la réforme judiciaire, la réforme du système carcéral, y compris des conditions de détention, la responsabilité du gouvernement, le respect de létat de droit, la liberté dexpression, les libertés fondamentales et les droits de lhomme universels des citoyens, et la lutte contre la corruption.