Enquête sur la mesure des émissions dans le secteur de l'automobile
La commission denquête sur la mesure des émissions dans le secteur de lautomobile a adopté le rapport préparé par GIESEKE (EPP, DE) et Gerben-Jan GERBRANDY (ALDE, NL) sur lenquête sur la mesure des émissions dans le secteur de lautomobile.
Pour rappel, le 17 décembre 2015, le Parlement européen a décidé de constituer une commission denquête chargée dexaminer les allégations dinfraction au droit de lUnion ou de mauvaise administration dans lapplication de celui-ci en ce qui concerne la mesure des émissions dans le secteur de lautomobile.
La commission denquête a adopté les conclusions suivantes :
Essais en laboratoire et émissions en conditions de conduite réelles: le rapport se penche sur les écarts observés entre les émissions doxyde dazote provenant de véhicules diesels mesurées en laboratoire et celles mesurées dans des conditions réelles dutilisation.
Les députés estiment que les technologies de contrôle des émissions (ECT) existantes lors de ladoption des valeurs limites démissions de NOx Euro 5 et Euro 6 permettaient dores et déjà aux véhicules diesel de se conformer aux valeurs limites démissions de NOx Euro 5 et Euro 6 (fixées respectivement à 180 mg/km et 80 mg/km), au moment de lentrée en vigueur de chaque norme, et ce dans des conditions de conduite réelles et non uniquement en laboratoire.
Si certains constructeurs automobiles ont opté pour lutilisation dune technologie qui ne respecte les valeurs limites démissions que lors des essais en laboratoire, les raisons nen sont pas techniques, mais bien économiques.
En janvier 2011, la Commission a lancé le groupe de travail «Émissions en conditions de conduite réelles - Véhicules utilitaires léger» (RDE-LDV). Lessai RDE a été approuvé par le Comité technique pour les véhicules à moteur (CTVM) le 28 octobre 2015.
Les députés estiment que la Commission na pas utilisé tous les moyens à sa disposition pour faire avancer le processus décisionnel et assurer une adaptation rapide des essais de réception par type afin de refléter la réalité des émissions au niveau mondial. Elle aurait dû orienter le groupe de travail de sorte quil choisisse plus rapidement loption des essais PEMS (système portable de mesure des émissions). De plus, labsence de participation active des États membres dans le groupe de travail RDE-LDV relève de la mauvaise administration.
Les députés estiment que la proposition dune valeur limite démissions de NOx inférieure pour les voitures diesel est soutenable étant donné quil existe des normes à linternational nettement plus strictes que les normes actuellement en vigueur dans lUnion européenne et que la technologie visant à réduire les émissions de NOx existe déjà.
En conclusion, la Commission aurait manqué de volonté politique et desprit dinitiative afin dagir face à la gravité des fortes émissions de NOx et de donner la priorité à la protection de la santé des citoyens qui était en jeu.
Dispositifs dinvalidation: le rapport décrit les différentes stratégies utilisées en ce qui concerne les véhicules, qui pourraient suggérer lutilisation de dispositifs dinvalidation interdits. Il aborde les problèmes répertoriés par lenquête en ce qui concerne lapplication effective de linterdiction dutiliser des dispositifs dinvalidation prévue dans le droit de lUnion.
Les dispositifs dinvalidation, en principe interdits par le règlement (CE) n° 715/2007, ne figuraient généralement pas parmi les origines envisagées des disparités entre les émissions de NOx mesurées en laboratoire et celles mesurées sur la route. Rien ne laissait soupçonner que ces dispositifs étaient réellement utilisés dans les véhicules de tourisme produits dans lUnion.
Contrairement à la pratique en vigueur pour les véhicules utilitaires lourds, les constructeurs automobiles nétaient pas tenus de rendre publiques ou de justifier leurs stratégies de contrôle des émissions. Or, une telle obligation faciliterait le contrôle des dispositifs dinvalidation.
Le rapport constate que les États membres ont manqué à leur obligation légale de contrôler et de faire appliquer linterdiction des dispositifs dinvalidation conformément au règlement (CE) nº 715/2007. Bon nombre dentre eux nont pas cherché à mieux comprendre les importantes disparités entre les niveaux démissions mesurés en laboratoire et sur la route, en effectuant des essais supplémentaires.
De son côté, la Commission na pas rempli son obligation légale de surveiller lapplication de linterdiction des dispositifs dinvalidation alors quelle avait connaissance déventuelles pratiques illégales des constructeurs contrevenant au règlement (CE) nº 715/2007.
Réception par type et conformité en service: le rapport analyse le fonctionnement et les lacunes du système de réception par type des véhicules légers en ce qui concerne les émissions polluantes, tel quactuellement prévu dans le droit de lUnion, y compris les dispositions relatives à la conformité en service et à la surveillance du marché.
Aucun contrôle spécifique de lUnion pour la réception par type des véhicules nest prévu dans le cadre actuel et les règles sont soumises à des interprétations diverses dans les différents États membres. Le niveau de compétence technique et les ressources humaines et financières varie également entre les autorités compétentes en matière de réception par type et les services.
Les députés estiment que les États membres auraient dû sassurer que leurs autorités compétentes en matière de réception par type disposaient des ressources humaines et financières suffisantes pour effectuer des essais en interne. Ils auraient dû se pencher sur les conflits dintérêts potentiels lorsque les services techniques proposent également des services de conseil aux constructeurs automobiles sur lobtention de la réception par type.
De plus, ils nauraient pas dû se baser sur des essais réalisés dans les laboratoires agréés des constructeurs automobiles sous la surveillance de services techniques.
De son côté, la Commission aurait dû assumer un plus grand rôle de coordination afin de garantir lapplication uniforme de la législation de lUnion en matière de réception par type.
Application et sanctions: le rapport souligne les problèmes dans la mise en uvre du cadre législatif de lUnion relatif aux émissions des véhicules utilitaires légers, y compris en ce qui concerne les sanctions définies par les États membres.
Les députés relèvent que les États membres nont appliqué ni sanctions financières ni sanctions juridiques à lencontre des constructeurs automobiles à la suite de laffaire des émissions.
Aucune initiative contraignante visant à rappeler ou à mettre en conformité les véhicules non conformes na été prise, et aucune réception par type na été retirée. Lorsque des rappels ou des mises en conformité ont été effectuées, il sagissait dune initiative volontaire des constructeurs automobiles, prise à la suite de pressions publiques et politiques.
Les enquêtes nationales ont montré que la plupart des véhicules diesel semblaient utiliser des stratégies dinvalidation. Linaction des autorités des États membres à cet égard constitue une infraction au droit de lUnion.
Dune manière générale, les députés estiment que les États membres ont manqué aux obligations qui leur incombent en ce qui concerne la mise en uvre de la législation de lUnion sur les émissions des véhicules dans le cadre du système actuel.