Rapport annuel 2015 sur la protection des intérêts financiers de l'UE - Lutte contre la fraude
La commission du contrôle budgétaire a adopté un rapport dinitiative de Julia PITERA (PPE, PL) sur le rapport annuel 2015 sur la protection des intérêts financiers de lUnion européenne - Lutte contre la fraude.
Les députés se sont dits préoccupés par le fait que le nombre de toutes les irrégularités frauduleuses et non frauduleuses signalées en 2015 ait augmenté de 36% par rapport à 2014. De plus, malgré la baisse de 11% du nombre dirrégularités signalées comme étant frauduleuses, les montants concernés ont augmenté de 18%, passant de 538 millions EUR en 2014 à 637,6 millions EUR en 2015.
Recettes: les députés ont fait part de leur inquiétude du fait des pertes dues à lécart de TVA et à la fraude à la TVA intracommunautaire, qui étaient responsables, respectivement, de pertes de recettes de 159,5 milliards EUR et de 50 milliards EUR en 2014.
La Commission devrait avoir accès aux informations échangées entre les États membres en vue de prévenir et de lutter contre la fraude intracommunautaire à lopérateur défaillant ou fraude «carrousel». Les États membres devraient pour leur part recouvrer les montants dus des ressources propres traditionnelles plus rapidement.
Dépenses: si le nombre dirrégularités frauduleuses signalées en 2015 pour les ressources nationales concernant le volet «dépenses» du budget avait diminué de 14% par rapport à 2014, les députés se sont inquiétés du fait que le nombre dirrégularités frauduleuses et non frauduleuses signalées en ce qui concerne le Fonds européen agricole de garantie (Feaga) et le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) ait augmenté chaque année pendant au moins cinq années consécutives.
Les députés ont déploré que les irrégularités liées à la politique commune de la pêche en 2015 aient doublé par rapport à 2014 et soient plus élevées que jamais. La politique de cohésion a également enregistré une forte hausse du nombre dirrégularités non frauduleuses.
Face aux problèmes mis en évidence, le rapport a suggéré de prendre les mesures suivantes:
Améliorer les déclarations: malgré les appels lancés par le Parlement en faveur de létablissement de principes uniformes de déclaration dans tous les États membres, il existe toujours des différences importantes au niveau du nombre dirrégularités frauduleuses et non frauduleuses signalées par chaque États membre.
La Commission est invitée à:
- harmoniser les approches différentes adoptées par les États membres pour prévenir, détecter et signaler les irrégularités et des interprétations différentes liées à lapplication du cadre juridique de lUnion; un système unique de fourniture de données devrait être créé;
- élaborer un système déchange dinformations entre les autorités compétentes afin de permettre un contrôle croisé des enregistrements comptables concernant les transactions entre deux ou plusieurs États membres;
- surveiller de plus près le recours aux dérogations qui permettent de contourner les procédures classiques de passation de marchés, par exemple lorsque les fonds sont utilisés en cas durgence en faveur des réfugiés.
La prévention devrait inclure un volet de formation du personnel des administrations compétentes responsables de la gestion et du contrôle des fonds, ainsi que des échanges dinformations et de bonnes pratiques entre États membres. Par ailleurs, les États membres devraient augmenter leurs efforts en particulier en ce qui concerne les marchés publics, la criminalité financière, les conflits dintérêts, la corruption, les lanceurs dalertes et la définition de la fraude.
Améliorer les contrôles: les États membres sont appelés à mieux réaliser les contrôles ex ante avec laide de la Commission et à utiliser toutes les informations disponibles afin déviter les erreurs et les paiements irréguliers liés aux fonds de lUnion.
La Commission est invitée i) renforcer son rôle de surveillance par des activités daudit, de contrôle et dinspection, par des plans daction correctifs et par lenvoi rapide de lettres davertissement visant à réduire les cas dirrégularités; ii) maintenir sa politique dinterruptions et de suspensions de paiements à titre de mesure préventive contre les irrégularités touchant le budget de lUnion.
Les députés ont suggéré dinscrire clairement le rôle des lanceurs dalerte dans les cadres législatifs de lUnion et des États membres et de garantir un niveau minimal de protection aux lanceurs dalerte au sein de lUnion. Ils ont invité la Commission à publier le deuxième rapport anticorruption et à élaborer un indice de la corruption pour classer les États membres à cet égard. Ils ont appelé à soutenir le journalisme dinvestigation par des moyens juridiques à la fois dans les États membres et au sein de lUnion.
En ce qui concerne le tabac, les députés ont rappelé que le Parlement a demandé à la Commission, le 9 mars 2016, de ne pas renouveler ou renégocier laccord Philip Morris (PMI) au-delà de sa date dexpiration. Ils ont demandé à la Commission de mettre en place, au niveau de lUnion, toutes les mesures nécessaires afin dassurer le suivi et le traçage des produits du tabac de PMI et dintenter des actions en justice en cas de saisie illégale des produits de ce fabricant jusquà ce que toutes les dispositions de la directive sur les produits du tabac soient pleinement applicables.
Les députés ont également rappelé le soutien apporté par le Parlement à la création dun Parquet européen efficace et indépendant de sorte à réduire lactuel morcellement des efforts nationaux en matière de protection du budget de lUnion européenne.
Enquêtes et rôle de lOLAF: les députés ont déploré que la durée de la phase denquête de lOLAF nait cessé daugmenter depuis 2012, passant de 22,5 à 25,1 mois pour les affaires clôturées et de 17,3 à 18,3 mois pour lensemble des affaires. Ils ont toutefois reconnu le rôle joué par lOLAF dans le cadre de différentes opérations douanières conjointes en évitant des pertes pour le budget de lUnion.
Préoccupés par la multiplication des cas de fraude transnationale signalée dans le dernier rapport annuel de lOLAF, les députés ont demandé à la Commission denvisager lutilisation dopérations conjointes selon des modalités et des procédures qui ont déjà été utilisées avec succès dans le secteur douanier.