Apatridie en Asie du Sud et en Asie du Sud-Est
La commission des affaires étrangères a adopté le rapport dinitiative dAmjad BASHIR (ECR, UK) sur lapatridie en Asie du Sud et en Asie du Sud-Est.
Le rapport rappelle que le droit à la nationalité est inscrit à la Déclaration universelle des droits de lHomme depuis près de septante ans, mais quil est toujours inaccessible à des millions de personnes aujourdhui encore. La définition internationale dun apatride est «une personne quaucun État ne considère comme son ressortissant par application de sa législation». Le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) estime que près de 135 millions denfants de moins de cinq ans nont pas été enregistrés à la naissance dans cette région, et risquent de devenir apatrides.
Ils indiquent que lapatridie peut être due à lexpiration de la nationalité du fait davoir vécu en dehors de son pays pendant une période prolongée. Néanmoins, dautres causes sont sources dinquiétudes. Ainsi, lapatridie ne reçoit toujours pas lattention internationale quelle mérite, malgré ses inquiétantes répercussions quant aux droits de lhomme aux niveaux régional et mondial. Elle continue dêtre vue comme une affaire interne aux États. Les députés saccordent dès lors pour dire que réduire puis abolir lapatridie devrait devenir une priorité pour les droits de lhomme au niveau international.
De manière générale, les députés sinquiètent des millions de cas dapatridie répertoriés à travers le monde, particulièrement en Asie du Sud et du Sud-Est, et expriment leur solidarité avec ces personnes.
Minorité Rohingya : les députés sinquiètent plus particulièrement de la situation de la minorité Rohingya au Myanmar. Ils constituent la plus grande population mondiale dapatrides, représentant presque 20% de nombre dapatrides total. Les députés sont inquiets des indications issues de rapports faisant état de violations massives aux droits de lhomme, dune répression constante et de discrimination des Rohingya ainsi que de léchec à les reconnaître comme faisant partie intégrante de la société au Myanmar, suite à ce qui peut sapparenter à une campagne coordonnée de nettoyage ethnique.
Ils recommandent dès lors :
· au gouvernement et aux autorités du Myanmar de restaurer la citoyenneté Myanmar à la minorité Rohingya ;
· louverture immédiate de lÉtat de Rakhine aux organisations humanitaires, aux observateurs internationaux, aux ONG ainsi quaux journalistes. A cet égard, ils réitèrent leur point de vue selon lequel les apatrides devraient avoir accès aux programmes daide humanitaire.
Communication renforcée sur le sujet: les députés soulignent limportance dune stratégie de communication efficace concernant lapatridie afin de mieux faire connaître cette problématique. Dans ce contexte, lUE est invitée à améliorer sa communication sur lapatridie, en coopération avec le HCR, et à travers ses délégations dans les pays tiers concernés.
Stratégie UE : les députés ont appelé lUE à développer une stratégie globale sur lapatridie basée sur deux volets de mesures : (i) situations urgentes ; (ii) mesures à long terme pour en finir avec lapatridie. Celle-ci devrait se concentrer sur un nombre limité de priorités et lUE devrait prendre linitiative en cas de situations urgentes afin de mieux sensibiliser à la problématique de lapatridie au niveau international. La stratégie globale de lUE sur devrait sadapter aux situations spécifiques auxquelles les apatrides font face. Une distinction devrait notamment être faite entre lapatridie résultant dun manque de capacités administratives et lapatridie résultant dune politique dÉtat discriminatoire à lencontre de certaines communautés ou minorités.
Nouvelle approche dune politique complète : recommandant aux État membres de faire du soutien aux apatrides dAsie du Sud et du Sud-Est une priorité, les députés ont proposé une nouvelle approche politique complète incluant, entre autres :
· des mesures pour encourager les États à adhérer aux conventions internationales sur lapatridie ;
· le soutien à des mesures destinées à recueillir des données nationales multidimensionnelle, ventilées et vérifiables sur les apatrides ;
· le renforcement des mesures appelant à lenregistrement des naissances gratuit et aisément accessible et réalisé sur une base non discriminatoire ;
· lencouragement à lutilisation de programmes denregistrement numérique des naissances afin daméliorer les dossiers denregistrement et darchivage ;
· lencouragement des États de la région à répondre aux besoins des femmes et aux problèmes liés à la violence sexuelle et sexiste ;
· létablissement de rapports réguliers sur les la mise en uvre des mesures de lUE dans la lutte contre lapatridie ;
· la mise en place de lignes directrices européennes sur les droits de lhomme liés à lapatridie ;
· le renforcement du dialogue sur lapatridie dans lAsie du Sud et du Sud-Est avec les organisations régionales et internationales pertinentes ;
· la prévision de budgets dédicacés à cette matière au sein de lInstrument de coopération au développement, du Fonds européen de développement et de lInstrument européen pour la démocratie et les droits de lhomme ainsi que de fonds adéquats pour des ONG ainsi que dautres organisations uvrant en faveur des communautés dapatrides.
Rappelant que lapatridie à travers le monde est très peu cartographiée et sous-évaluée, et que les données existantes sont basées sur différentes définitions de ce concept dans le monde, les députés pressent la communauté internationale à adopter une définition commune et à remédier aux lacunes qui affectent le recueil de données permettant de mesurer lapatridie dans les pays en développement.
La Commission est appelée à lancer des échanges de bonnes pratiques entre États membres et encourager la coordination active de points de contact nationaux sur lapatridie.
En dernier lieu, les députés appellent au soutien de lUE aux apatrides dans lAsie du Sud et du Sud-Est grâce à divers dispositifs et encouragent lUnion à poursuivre les efforts quelle déploie pour sattaquer aux conséquences de lapatridie sur le développement, la paix et la stabilité dans le cadre de ses programmes de coopération au développement et, plus largement, de son action extérieure.