Nécessité d'une stratégie de l'Union européenne pour faire cesser et prévenir l'écart entre les pensions des hommes et des femmes
La commission des droits de la femme et de légalité des genres a adopté un rapport dinitiative de Constance Le GRIP (PPE, FR) sur la nécessité dune stratégie de lUnion européenne pour éradiquer et prévenir lécart entre les pensions des hommes et des femmes.
La commission de lemploi et des affaires sociales exerçant les prérogatives de commissions associées en vertu de larticle 54 du Règlement du Parlement européen, a également exprimé son avis sur ce rapport.
Les députés rappellent quen 2014, lécart des rémunérations de retraite ou écart de pension entre hommes et femmes (le «Gender gap in pensions», que lon peut définir comme étant lécart entre la rémunération moyenne perçue (avant impôts et taxes) par les femmes au titre de leur retraite par rapport à celle des hommes) représentait 39,4% pour la classe dâge des 65 ans et plus dans les 28 États membres de lUnion. Ils rappellent également que cet écart sétait creusé dans la moitié des États membres au cours des 5 ans écoulés.
Les députés rappellent également que les écarts de salaire entre hommes et femmes dans lUE sélevaient encore à 16,3% en 2014 en raison notamment de phénomènes de discrimination, de ségrégation et de ruptures dans les parcours professionnels.
Lenjeu est donc de parvenir à une réelle égalité entre femmes et hommes, en menant une stratégie globale et généralisée incluant de multiples variables, menée en étroite coopération avec les États membres.
Stratégie globale : les députés estiment que la stratégie ne doit pas se limiter à corriger les effets de lécart de pension dans les États membres, notamment auprès des personnes les plus vulnérables, mais doit viser à prévenir cet écart, en sattaquant à ses causes profondes, telles que les inégalités entre les hommes et les femmes sur le marché de lemploi, du point de vue des rémunérations, de la progression de la carrière et des perspectives demploi à temps plein, ou encore la ségrégation sur le marché du travail.
Ils insistent sur le caractère multiforme (une combinaison de mesures au titre de diverses politiques destinées à améliorer légalité hommes-femmes) de lapproche pour mener à bien la stratégie, qui doit envisager :
- la retraite en tenant compte de toute la durée de vie active de la personne,
- des écarts entre hommes et femmes du point du vue du niveau des emplois,
- des possibilités contributives et de ceux qui résultent de lorganisation des systèmes de retraite.
Mesurer et sensibiliser pour mieux combattre lécart de pension : de manière générale, les députés demandent aux États membres et à la Commission de continuer leurs recherches sur lécart de pension et délaborer, en partenariat avec Eurostat et avec lInstitut européen pour légalité des genres (IEEG), des indicateurs formels et fiables sur cet écart.
Les États membres sont également appelés à promouvoir des mesures destinées à combler lécart de pension entre les hommes et les femmes dans le cadre de leurs politiques sociales et à sensibiliser lopinion publique aux questions liées à légalité salariale et à lécart de pension.
Ils invitent en particulier les États membres à accorder immédiatement les financements de fin de carrière après le départ à la retraite, afin de prévenir des situations de difficulté économique.
Réduire les inégalités dans les possibilités contributives : tout en appelant les États membres à mettre pleinement en uvre la législation européenne contre les discriminations directes et indirectes entre les hommes et les femmes, les députés condamnent sans réserve les écarts de salaire entre hommes et femmes et leur caractère prétendument «inexplicable». Ils réitèrent leur appel à la révision de la directive 2006/54/CE.
Les États membres et la Commission sont également appelés à :
- lutter contre la ségrégation horizontale et verticale sur le marché du travail;
- élaborer des mesures visant à inciter les femmes à participer plus longtemps, et avec des interruptions plus courtes, au marché du travail;
- prêter une attention particulière au cas des femmes migrantes, qui nont souvent pas constitué de droits à pension dans leur pays dorigine.
Réduire les inégalités entre hommes et femmes dans les parcours professionnels : les députés appellent les États membres à étudier la possibilité de permettre aux salariés de négocier des accords volontaires sur la flexibilité au travail, notamment des formules d«aménagement intelligent» du travail, afin quhommes et femmes puissent de mieux concilier vie privée et vie professionnelle.
Ils invitent les États membres à élaborer des stratégies pour reconnaître limportance des soins informels effectués pour les membres de la famille et les autres personnes à charge et notamment pour permettre aux salariés de retrouver leurs conditions de travail initiales après leur congé de maternité ou leur congé parental.
Effets des régimes de retraites sur lécart de pension : les députés indiquent que, pour être viables, les régimes de retraite doivent tenir compte des défis que représentent les changements démographiques. Compte tenu de lespérance de vie croissante dans lUnion, les députés soulignent que les États membres devraient étudier la viabilité de mécanismes plus flexibles de régimes professionnels et privés de contribution au régime des pensions.
Par ailleurs, les députés estiment quil est important que les retraites du premier pilier restent au centre des régimes de retraite des États membres. Le recours aux régimes de retraite privés devrait rester un choix facultatif.
Dautres mesures sont préconisées telles que :
- la réforme des régimes de pensions de réversion, comme lallocation de veuvage, afin que les femmes non mariées ne soient pas pénalisées;
- la suppression des obstacles à laccès à une retraite convenable pour les personnes ayant eu des interruptions de carrière (en majorité des femmes);
- le principe dune pension publique minimale dun montant adéquat, qui soit indépendante de la vie professionnelle du bénéficiaire.
Enfin, les députés soulignent que tout le monde a droit à laccès universel à une pension de retraite publique. Ils appellent dès lors Commission et les États membres à veiller à ce que les femmes comme les hommes aient la chance davoir une période de cotisation complète et le droit à une pension complète.