Rapport 2016 de la Commission concernant la Turquie
La commission des affaires étrangères a adopté le rapport dinitiative de Kati PIRI (S&D, NL) sur le rapport 2016 de la Commission concernant la Turquie.
Les députés soulignent que 2016 a été une année difficile pour la population turque du fait de la poursuite de la guerre en Syrie, du nombre important de réfugiés, du conflit dans le sud-est du pays, de la série dattentats et de la tentative de coup détat au cours de laquelle 248 personnes ont été tuées.
Coup dÉtat et état durgence en Turquie : les députés réitèrent leur ferme condamnation de la tentative de coup détat du 15 juillet et soulignent que les mesures prises dans le cadre de létat durgence actuel ont eu une incidence négative disproportionnée sur un grand nombre de citoyens. Ils condamnent un certain nombre des mesures prises qui vont à lencontre des libertés publiques et appellent à la libération immédiate de tous les prisonniers détenus sans preuve.
Situation politique en Turquie : les députés regrettent et quil y ait eu une régression au niveau de létat de droit et des droits de lhomme en Turquie. Ils se disent déterminés à coopérer et à maintenir un dialogue ouvert et constructif avec le gouvernement turc afin de travailler sur les priorités communes, tels que la stabilité régionale, la situation en Syrie, la migration et la sécurité.
Prenant acte de lissue du référendum qui a eu lieu le 16 avril 2017, les députés se disent préoccupés par les allégations dirrégularités et de fraude électorale généralisée mis en évidence par lOSCE/BIDDH.
Ils condamnent fermement le fait que le président turc et plusieurs autres personnalités politiques se soient à diverses reprises prononcés en faveur du rétablissement de la peine de mort. Une fois de plus, les députés soulignent leur rejet sans équivoque de la peine de mort et indiquent quil sagit là dune exigence essentielle pour ladhésion à lUnion européenne.
Processus dadhésion de la Turquie à lUE : les députés rappellent quen novembre 2016 ils se sont prononcés pour le gel du processus dadhésion de la Turquie. Ils demandent donc à la Commission et aux États membres de suspendre formellement les négociations dadhésion avec la Turquie sans plus attendre si le paquet de réformes constitutionnelles prévu actuellement par le gouvernement turc est mis en uvre tel quel. Ils invitent en outre la Commission, les États membres et la Turquie à procéder à un débat franc et ouvert sur les domaines dintérêt commun pour lesquels une coopération renforcée serait possible. Pour les députés, tout nouvel engagement politique entre lUnion et la Turquie devrait se fonder sur le respect inconditionnel de la démocratie, létat de droit et les droits fondamentaux.
Droits de lhomme et libertés fondamentales : les députés regrettent lensemble des mesures prises à la suite de linstauration de létat durgence. Ils soulignent que, depuis juillet 2016, plus de 100.000 plaintes ont été déposées auprès de la Cour constitutionnelle turque, qui sest déclarée incompétente sur les questions relevant du décret durgence. Des mesures simposent donc pour faire en sorte que le contrôle juridictionnel puisse sappliquer.
De manière générale, les députés soulignent les violations de la liberté dexpression continuelles ainsi que les graves violations de la liberté des médias en Turquie, y compris en langue kurde. Ils déplorent en outre la répression dont sont lobjet plusieurs journalistes étrangers, arrêtés illégalement et appellent le gouvernement turc à autoriser lancien député au Parlement européen, Joost Lagendijk, à rejoindre sa famille en Turquie.
Région à majorité kurde : les députés déplorent la détérioration continue de la situation dans le sud-est de la Turquie. Ils rappellent la responsabilité du gouvernement turc dans la protection de tous ses citoyens, quelles que soient leurs origines culturelles et religieuses, et leurs croyances.
Ils se disent convaincus que seul un règlement politique équitable de la question kurde pourra apporter une stabilité et une prospérité durables dans le pays.
Minorités : les députés condamnent la discrimination dont font lobjet de nombreuses minorités religieuses, notamment la minorité chrétienne et alévie. Ils invitent la Turquie à respecter limportance du patriarche cuménique et à reconnaître la personnalité juridique de celui-ci.
De même, ils invitent la Turquie à protéger les droits des groupes les plus vulnérables et des personnes appartenant à des minorités et déplorent que les marches LGBTI à Ankara et Istanbul aient été interdites pour la deuxième année consécutive. Ils encouragent également les autorités à remédier aux principaux obstacles à linsertion sociale des Roms.
Relations UE-Turquie : les députés lancent un appel en faveur de lapprofondissement des relations entre lUnion européenne et la Turquie dans dimportants domaines dintérêt commun tels que la lutte contre le terrorisme, la migration, lénergie, léconomie et le commerce, et encouragent le dialogue et la coopération avec ce pays, à condition que les engagements en matière de libertés et de droits fondamentaux soient respectés.
Des efforts de convergence sont donc demandés entre la politique étrangère de ce pays sur celle de lUnion ainsi que lamélioration de lunion douanière avec la Turquie. Pour les députés, lunion douanière ne pourra atteindre tout son potentiel que lorsque la Turquie appliquera dans son intégralité le protocole additionnel à légard de tous les États membres.
Des améliorations sont en outre réclamées en matière de :
- la libéralisation du régime des visas ;
- la lutte contre la corruption.
Parallèlement, les députés appellent à suspendre les fonds de préadhésion si les négociations dadhésion sont suspendues et à utiliser ces fonds pour soutenir directement la société civile turque ainsi que les réfugiés en Turquie.
De manière générale, les députés condamnent tous les attentats perpétrés en Turquie et soulignent quune coopération étroite entre Europol et les services répressifs turcs est indispensable pour combattre efficacement le terrorisme.
La question de réfugiés : les députés se félicitent de la mobilisation du gouvernement turc et dorganisations non gouvernementales locales ainsi que de lhospitalité dont la population a fait preuve au regard de laccueil de quelque trois millions de réfugiés. Ils invitent la Commission à assurer des investissements à long terme en faveur des réfugiés et de leurs communautés daccueil en Turquie.
M. Erdoğan : les députés condamnent fermement les déclarations du président Erdoğan accusant certains dirigeants européens de «pratiques nazies» et leurs citoyens dêtre des «nazis». Pour les députés, de telles affirmations sont injustifiées et sapent la crédibilité de la Turquie en tant que partenaire politique. Ils appellent en outre le gouvernement turc à sabstenir de chercher systématiquement à mobiliser la diaspora turque dans les États membres pour ses propres besoins. Ils condamnent également la surveillance, par les autorités turques, de citoyens détenteurs dune double nationalité résidant à létranger.
Relations bilatérales turco-grecques et turco-chypriotes : les députés demandent au gouvernement turc de mettre un terme aux violations répétées de lespace aérien grec et des eaux territoriales grecques, et à respecter lintégrité territoriale et la souveraineté de tous ses voisins.
De même, ils soulignent quun règlement de la question chypriote aurait une incidence positive pour lensemble de la région, dont bénéficieraient au premier chef les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs. Ils plaident donc pour la poursuite du processus permettant de parvenir à un accord acceptable pour les deux parties en vue de la réunification de lîle.
Syrie : les députés se disent convaincus que seule une solution politique crédible garantira la stabilité de la Syrie et permettra la défaite décisive de Daech et dautres groupes terroristes désignés par les Nations unies en Syrie. Ils exhortent toutes les parties garantes, y compris la Turquie, à respecter leurs engagements de garantir la mise en uvre intégrale de laccord de cessez-le-feu et à faire progresser laccès humanitaire sans entraves à lensemble du pays.
A noter que la commission parlementaire a expressément demandé la traduction en langue turque du présent rapport.