Nouvelle stratégie en matière de compétences pour l'Europe

2017/2002(INI)

La commission de l’emploi et des affaires sociales, conjointement avec la commission de la culture et de l’éducation a adopté un rapport d’initiative préparé par Martina DLABAJOVÁ (ADLE, CZ) et Momchil NEKOV (S&D, BG) sur une nouvelle stratégie en matière de compétences pour l’Europe.

Les députés saluent la communication de la Commission et reconnaissent la nécessité d’améliorer les systèmes européens de formation et d’éducation conformément à l’évolution rapide de l’environnement, technologique, économique et sociétal.

Développer des compétences pour la vie et des compétences pour l’emploi: alors que le paquet «compétences» met surtout l’accent sur les besoins immédiats du marché du travail, les députés recommandent de travailler en collaboration avec le Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (Cedefop) pour mettre au point un outil paneuropéen capable d’anticiper les besoins en matière de compétences ainsi qu’un système d’apprentissage tout au long de la vie.

Afin d’atteindre les objectifs de la stratégie, le rapport préconise d’adopter une approche globale de l’éducation et du développement des compétences qui mette à disposition des citoyens l’ensemble des compétences essentielles à l’apprentissage tout au long de la vie, défini comme une combinaison de connaissances, de compétences et d’attitudes indispensables au développement et à la réalisation personnels, à la citoyenneté active et à l’employabilité.

Aussi, les États membres sont invités: 

  • à ne pas se concentrer uniquement sur les compétences en matière d’employabilité, mais également sur des compétences utiles à la société (compétences en matière de direction, compétences sociales et interculturelles, gestion, volontariat, maîtrise d’une langue étrangère, négociation) dans leurs programmes d’éducation et de formation, tout en favorisant l’artisanat européen;
  • à aller au-delà de la promotion de la «bonne aptitude professionnelle» et à se concentrer également sur les aspects de l’éducation qui reposent davantage sur le travail et sont plus pratiques, et qui favorisent l’esprit d’entreprise, l’innovation et la créativité, aident les individus à développer leur pensée critique, à comprendre le concept de durabilité, tout en respectant les droits et valeurs fondamentaux, et à participer pleinement à la vie démocratique et sociale.

Rôle de l’éducation dans la lutte contre le chômage, l’exclusion sociale et la pauvreté: les députés sont préoccupés par le fait qu’entre 2010 et 2014, l’investissement dans l’éducation et la formation a reculé de 2,5% dans l’ensemble de l’Union. Les systèmes d’enseignement public devaient bénéficier de ressources adéquates pour que l’éducation puisse remplir son rôle dans la lutte contre le chômage, l’exclusion sociale et la pauvreté. L’accès à des possibilités d’apprentissage et de formation devrait être un droit universel à chaque étape de la vie.

Les députés estiment également que la perspective de la nouvelle stratégie en matière de compétences vis-à-vis des étapes précoces de l’éducation n’est pas suffisamment tournée vers l’avenir. Ils invitent par conséquent les États membres à investir dans l’éducation et l’accueil des jeunes enfants (EAJE) afin d’en augmenter la qualité et à adopter des mesures visant à réduire l’abandon scolaire prématuré.

Stimuler les perspectives de formation tout au long de la vie: préoccupé par la situation des 70 millions d’Européens à qui les compétences fondamentales font défaut, les députés saluent l’instauration de l’initiative des «parcours de renforcement des compétences», laquelle devrait inclure une évaluation personnalisée des besoins d’apprentissage, une offre d’apprentissage de qualité et une validation systématique des compétences et connaissances acquises permettant leur reconnaissance aisée sur le marché du travail.

Rôle clé de l’apprentissage non formel et informel: le rapport insiste sur l’importance de valider l’éducation non formelle et informelle, ce besoin étant particulièrement important dans le cas des personnes vulnérables ou défavorisées, comme les réfugiés ou les travailleurs peu qualifiés qui ont besoin d’un accès prioritaire aux accords de validation.

Des progrès significatifs ont été réalisés au cours des dernières années dans le cadre de la recommandation du Conseil relative à la validation de l’apprentissage non formel et informel d’ici 2018. Toutefois, il demeure nécessaire de pallier le manque de sensibilisation à la validation parmi les parties prenantes concernées et de consentir des efforts supplémentaires pour établir les cadres juridiques et créer des stratégies complètes en faveur de la validation afin que cette dernière soit rendue possible.

Renforcer les compétences en matière numérique et entrepreneuriale et en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques: le rapport soutient la proposition de la Commission d’inviter les États membres à élaborer des stratégies nationales complètes en matière de compétences numériques, en accordant une attention particulière à la réduction du fossé numérique, en particulier chez les personnes âgées. Il souligne cependant que, pour que ces stratégies soient efficaces, il est nécessaire de garantir des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie au personnel éducatif.

Les députés estiment qu’une plus grande importance devrait être accordée à l’enseignement en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques, en vue d’améliorer l’enseignement et l’apprentissage dans le domaine du numérique. Ils soulignent également la nécessité d’inclure des éléments d’apprentissage entrepreneurial, y compris d’entrepreneuriat social, à tous les niveaux d’enseignement.

Moderniser l’enseignement et la formation professionnelle (EFP) et valoriser la formation par le travail: le rapport invite la Commission et les États membres à changer l’image de l’EFP, grâce à un investissement adéquat et à un personnel qualifié, en renforçant le lien avec le marché du travail et les employeurs, et en considérant l’EFP comme une voie scolaire et professionnelle valable. Il insiste également sur la nécessité de renforcer les pratiques d’orientation professionnelle tant dans le système éducatif que dans l’éducation des adultes.

En vue de réduire le nombre de personnes qui abandonnent leurs études et le nombre de personnes qui ne travaillent pas et ne suivent pas d’études ou de formation, les députés recommandent de faire coopérer les écoles secondaires avec les entreprises, notamment au moyen de stages, afin de proposer aux personnes une seconde chance.

Enseignants et formateurs: le rapport met en avant la nécessité d’investir dans le parcours professionnel initial et continu des enseignants de tous les secteurs éducatifs et de le soutenir. Ils soulignent que le renforcement du statut et le perfectionnement professionnel de tous les enseignants et formateurs sont des conditions préalables au lancement de la nouvelle stratégie en matière de compétences.

Financement: le rapport déplore l’absence de fonds dédiés à la mise en œuvre des propositions. Il préconise d’encourager les États membres à profiter des sources de financements actuellement disponibles pour soutenir la mise en œuvre de la stratégie, en particulier le Fonds social européen (FSE).

En ce qui concerne la mise en œuvre, le rapport recommande de suivre la nouvelle stratégie en matière de compétences pour l’Europe, en collaboration avec l’ensemble des parties prenantes pertinentes, en ce compris les partenaires sociaux, les organisations de la société civile et les prestataires de services éducatifs non officiels, les services de l’emploi ainsi que les autorités locales. Il invite la Commission à encourager la promotion de partenariats plus importants avec les parties prenantes.

Enfin, les députés suggèrent la proclamation d’une année européenne de la formation des adultes, qui contribuera à sensibiliser les citoyens à la valeur de l’éducation des adultes dans toute l’Europe.