Émancipation économique des femmes dans les secteurs privé et public dans l'Union européenne
Le Parlement européen a adopté par 480 voix pour, 130 contre et 65 abstentions, une résolution sur lautonomisation économique des femmes dans les secteurs privé et public dans lUnion.
Au sein de lUnion, les femmes sont largement sous-représentées sur le marché du travail et aux postes de direction avec un taux demploi inférieur denviron 12 % à celui des hommes. Les femmes actives sont 31,5 % à travailler à temps partiel dans lUnion contre 8,2 % des hommes. Selon Eurofound le coût économique annuel du sous-emploi des femmes sélèverait à 2,8 % du PIB de lUnion, soit 370 milliards dEUR en 2013.
Le Parlement a souligné que la participation et lautonomisation économiques des femmes étaient essentielles non seulement au renforcement de leurs droits fondamentaux mais aussi à celui de la croissance économique de lUnion européenne. Il a invité la Commission et les États membres à assurer légalité des chances pour tous et la non-discrimination sur le lieu de travail.
1) En vue daméliorer lautonomisation économique des femmes, le Parlement a recommandé de sappuyer sur les actions et outils suivants:
- Mieux concilier vie professionnelle et vie privée: les États membres devraient renforcer la protection contre les discriminations et contre les licenciements abusifs liés à léquilibre entre vie professionnelle et vie privée, et garantir laccès à la justice et à des recours en cas de conflit de ce type. Selon les députés, légalité hommes/femmes dans les revenus et dans les tâches domestiques serait le moyen le plus efficace de réaliser légalité des sexes dans tous les aspects de la vie. La résolution a appelé, entre autres, à:
- investir dans des centres dapprentissage non formel axés sur les activités ludiques, ouverts après les heures de classe et de crèche, qui pourraient aider les enfants et apporter une solution au décalage entre les horaires des écoles et des entreprises;
- investir dans des infrastructures sociales, telles que les structures de garde denfants, y compris dans les zones rurales;
- soutenir la réintégration des femmes qui ont interrompu leur carrière professionnelle pour soccuper de personnes dépendantes par des politiques demploi et de formation ciblées;
- promouvoir lindividualisation des droits en matière de congés, la non-transférabilité du droit au congé parental dun parent à lautre et la répartition équitable des tâches domestiques entre les deux parents;
- élaborer le cadre juridique dun modèle demploi flexible axé sur les salariés et assorti dune protection sociale appropriée afin que les hommes et les femmes puissent mieux concilier leurs obligations professionnelles et privées.
- Rémunération égale pour un travail égal: le Parlement a invité les États membres et les entreprises à respecter le principe dégalité des rémunérations - un principe inscrit dans le traité FUE - et à instaurer des mesures contraignantes en matière de transparence salariale.
Pour éliminer les écarts de rémunération entre les hommes et les femmes, les députés ont proposé détablir un système de cartographie des salaires accessible au public comprenant des données chiffrées, ce qui pousserait les secteurs public et privé à évaluer leurs structures de paiement et à rectifier les écarts éventuels entre les hommes et les femmes.
- Équilibre hommes/femmes dans les secteurs privé et public: les députés ont suggéré lidée dinstaurer des quotas dans le secteur public lorsque les institutions publiques nassument pas leurs responsabilités en matière de représentation équitable. Ils ont souligné lefficacité dinstruments tels que les quotas hommes/femmes et les listes alternées dans le processus décisionnel. Ils ont enfin demandé ladoption rapide de la directive relative à léquilibre hommes-femmes parmi les administrateurs non exécutifs des sociétés cotées en bourse.
- Programmes de promotion de légalité entre les sexes: la Commission est invitée à encourager les entreprises de plus de 50 salariés à négocier des programmes de promotion de légalité homme/femme avec les partenaires sociaux en vue de renforcer légalité des sexes et de lutter contre les discriminations sur le lieu de travail. Ces programmes devraient intégrer une stratégie de lutte contre le harcèlement sexuel sur le lieu de travail.
- Partenaires sociaux et conventions collectives: les députés ont invité les partenaires sociaux à renforcer la position des femmes au sein de leur structure de partenariat social aux postes de décision et à négocier des programmes de promotion de légalité hommes/femmes au niveau de lentreprise et au niveau sectoriel.
2) En vue de renforcer lautonomisation économique des femmes, la résolution contient une série de recommandations parmi lesquelles:
- prendre en compte la perspective de genre dans les modèles économiques, les politiques fiscales et les priorités en matière de dépenses, notamment en cas de crise;
- adopter des réformes pour renforcer légalité des sexes dans la sphère familiale et sur le marché du travail;
- offrir les mêmes chances quaux hommes en matière de formation, de promotion, de requalification et de recyclage, ainsi que de droits à pension et dallocations de chômage identiques à ceux des hommes;
- lutter contre toutes les formes de violence à caractère sexuel, y compris la violence domestique; lUnion européenne devrait ratifier sans réserves la convention du Conseil de lEurope sur la prévention et la lutte contre la violence à légard des femmes et la violence domestique (Convention dIstanbul);
- faciliter laccès au crédit et supprimer les obstacles qui empêchent les femmes de créer des entreprises (les femmes constituent 52 % de la population européenne totale, mais un tiers seulement des travailleurs indépendants);
- renforcer la visibilité des femmes dans le secteur numérique et promouvoir, par des campagnes dinformation et de sensibilisation, lemploi des femmes dans des secteurs traditionnellement considérés comme masculins, tels que les sciences et les nouvelles technologies;
- prévenir, par des mesures législatives et non législatives, la surreprésentation des femmes dans lemploi précaire et lutter contre les conditions de travail instables qui caractérisent ces secteurs, tels que celui du travail domestique ou des soins;
- éviter que les supports pédagogiques et académiques ne véhiculent des stéréotypes sexistes;
- veiller à ce que les fonds européens structurels et dinvestissement ainsi que le Fonds européen pour les investissements stratégiques réduisent la pauvreté des femmes.
Enfin, le Parlement a invité les États membres à intégrer la question de légalité entre les femmes et les hommes dans leurs politiques nationales en matière de compétences et de marché du travail, ainsi quà inclure ces mesures dans les plans dactions nationaux ou dans le cadre du Semestre européen, conformément aux lignes directrices pour lemploi.