Lutte contre la cybercriminalité
Le Parlement européen a adopté par 603 voix pour, 27 contre et 39 abstentions, une résolution sur la lutte contre la cybercriminalité.
Contexte: dans son évaluation de la menace que représente la criminalité organisée sur linternet (IOCTA) du 28 septembre 2016, Europol indique que la cybercriminalité (rançongiciels, réseaux zombies, logiciels malveillants etc) augmente en intensité, en complexité et en ampleur. 80 % des entreprises en Europe ont connu au moins un incident de cybersécurité.
Les enfants sont particulièrement vulnérables face au risque dêtre victimes du pédopiégeage et dautres formes dexploitation sexuelle en ligne. Un grand nombre dactes de cybercriminalité ne font lobjet daucune poursuite et restent impunis.
Vu la nature transfrontalière de la cybercriminalité et les menaces communes en matière de cybersécurité auxquelles lUnion européenne est confrontée, le Parlement a demandé de renforcer la coopération et léchange dinformations entre les autorités policières et judiciaires et les experts en cybercriminalité pour mener des enquêtes efficaces dans le cyberespace et obtenir des preuves électroniques.
Sur un plan général, les députés ont suggéré de clarifier les définitions communes de la cybercriminalité tout en soulignant que la lutte contre la cybercriminalité devrait viser avant tout la protection et le renforcement des infrastructures critiques dont, entre autres, les structures dapprovisionnement en énergie et en électricité et les structures financières. Ils ont condamné fermement toute atteinte à lintégrité dun système portée ou dirigée par un pays étranger ou par ses agents dans le but de perturber le processus démocratique dun autre pays.
Le Parlement a également recommandé:
- dadopter un plan daction pour la protection des droits des enfants en ligne et hors ligne dans le cyberespace;
- de mettre en place toutes les mesures juridiques nécessaires pour lutter contre le phénomène de la violence en ligne à légard des femmes et le harcèlement en ligne;
- de donner à Eurojust et à Europol les moyens nécessaires pour améliorer lidentification des victimes, combattre les réseaux criminels dagresseurs sexuels et accélérer la détection et le signalement de contenus pédopornographiques;
- de veiller à ce que les contenus illicites en ligne soient supprimés immédiatement par toutes voies de droit.
Prévention: dans le contexte de la révision de la stratégie de cybersécurité de lUnion européenne, la Commission est invitée à:
- repérer les vulnérabilités en matière de sécurité des réseaux et de linformation dans les infrastructures critiques européennes, à favoriser le développement de systèmes résilients et à évaluer la situation en ce qui concerne la lutte contre la cybercriminalité dans lUnion et les États membres;
- lancer des campagnes de sensibilisation, dinformation et de prévention (assorties de programmes éducatifs) afin que les citoyens, en particulier les enfants, mais aussi les administrations, les opérateurs dimportance vitale et des acteurs du secteur privé, notamment les PME comprennent mieux les risques en matière de cybersécurité;
- promouvoir des mesures de sécurité telles que le chiffrement et des outils danonymisation.
Les États membres devraient intensifier les échanges dinformations, par lintermédiaire dEurojust, dEuropol et de lENISA, ainsi que le partage des meilleures pratiques via le réseau européen des CSIRT (centres de réponse aux incidents de sécurité informatique) et des CERT (centres de réponse aux urgences informatiques). Ils devraient également investir dans léducation pour remédier à la pénurie de professionnels de linformatique spécialisés dans la cybersécurité.
Renforcer la responsabilité des fournisseurs de services: les députés ont préconisé un renforcement de la coopération entre les autorités compétentes et les fournisseurs de services pour accélérer lentraide judiciaire. Les fournisseurs de services de communications électroniques établis dans un pays tiers devraient désigner par écrit un représentant auprès de lUnion européenne.
Compte tenu de laccessibilité croissante des dispositifs de linternet des objets, les députés ont suggéré dapporter une attention particulière à la sécurité de tous les dispositifs et de promouvoir loption de la sécurité dès la conception. Ils ont souligné la nécessité de protéger les bases de données des services répressifs contre les incidents liés à la sécurité et laccès illicite. Ils ont également encouragé les fournisseurs de services à adhérer au code de conduite visant à combattre les discours de haine illégaux en ligne.
Les États membres devraient créer des CERT auxquels les entreprises et les consommateurs pourraient signaler les sites internet et les courriels malveillants, comme le prévoit la directive sur la sécurité des réseaux dinformation (SRI).
Renforcer la coopération policière et judiciaire: le Parlement a insisté sur la nécessité de permettre aux autorités répressives davoir un accès licite aux informations pertinentes, dans les cas restreints où cet accès est nécessaire pour des raisons de sécurité et de justice.
Les États membres ne devraient pas imposer aux fournisseurs de services de chiffrement dobligations qui fragiliseraient la sécurité de leurs réseaux ou services, telles que la création ou la mise à disposition de «portes dérobées». Des solutions réalistes devraient être proposées lorsquil est indispensable de trouver de telles solutions pour des raisons de sécurité et de justice.
Selon les députés, linterception légale pourrait être une mesure efficace pour combattre le piratage illicite, à condition quelle soit nécessaire, proportionnée, fondée sur une procédure judiciaire régulière et quelle respecte pleinement les droits fondamentaux.
Preuves électroniques: le Parlement a insisté sur la nécessité de trouver des moyens de recueillir des preuves électroniques plus rapidement et sur limportance dune coopération étroite entre les autorités répressives, les pays tiers et les fournisseurs de services actifs sur le territoire européen.
La Commission devrait proposer un cadre juridique européen pour les preuves électroniques comprenant des règles harmonisées pour déterminer le statut des fournisseurs de services, national ou étranger, et obliger ces derniers à répondre aux demandes en provenance dautres États membres. Ce cadre devrait prévoir des garanties suffisantes concernant les droits et les libertés de toutes les parties concernées.
Enfin, le Parlement a déploré labsence dune législation internationale contraignante en matière de cybercriminalité et invité les États membres et les institutions européennes à uvrer à lélaboration dune convention en la matière.