Systèmes pénitentiaires et conditions dans les prisons
Le Parlement européen a adopté par 474 voix pour, 109 contre et 34 abstentions, une résolution sur les systèmes pénitentiaires et les conditions dans les prisons.
Les députés ont rappelé quen 2014, plus dun demi-million de personnes étaient détenues dans les prisons au sein de lUnion européenne. Si les conditions de détention et la gestion des prisons relèvent de la responsabilité des États membres, lUnion a également un rôle à jouer dans la sauvegarde des droits fondamentaux des détenus confrontés à conditions de détention parfois indignes et inhumaines dans certains États membres.
Améliorer les conditions de détention: eu égard aux conditions alarmantes de détention dans certains États membres et à létat de plusieurs prisons européennes, le Parlement a appelé au respect des règles en matière de détention découlant des instruments de droit international et des normes du Conseil de lEurope.
Les députés ont déploré que la surpopulation carcérale soit très répandue dans les prisons européennes, le nombre de détenus dépassant le nombre de places disponibles dans un tiers des établissements pénitentiaires européens. La surpopulation carcérale a souvent des conséquences graves sur la sécurité du personnel pénitentiaire et des détenus.
Tout en soulignant que laugmentation des capacités des prisons nest pas lunique solution à la surpopulation, le Parlement a invité les États membres à:
- consacrer des moyens suffisants à la rénovation et à la modernisation des prisons, afin de donner la priorité aux établissements de taille réduite pour un nombre restreint de détenus;
- mettre en place des conditions de détention dignes et créer des espaces collectifs qui répondent aux objectifs de socialisation et de création dactivités;
- encourager la réhabilitation et la réinsertion dans la société et à développer les infrastructures de formation;
- garantir un cadre de vie et de travail plus sûr à la fois pour les détenus et le personnel.
Par ailleurs, le Parlement a mis en garde contre la privatisation grandissante des systèmes pénitentiaires, qui peut aggraver les conditions de détention et porter préjudice au respect des droits fondamentaux.
Régimes de détention: les députés ont plaidé pour des régimes de détention différenciés en fonction des détenus et de leur dangerosité afin déviter les contacts entre des détenus condamnés à de courtes peines pour des infractions mineures et ceux condamnés à de longues peines. Ils ont recommandé ce qui suit:
- les détenus devraient se voir proposer un programme dactivités équilibré leur permettant de passer chaque jour un nombre suffisant dheures en dehors de leur cellule pour bénéficier dinteractions humaines et sociales. Lisolement devrait rester une mesure de dernier recours;
- les États membres devraient garantir que les détenus aient des contacts réguliers avec leur famille et leurs amis, en les laissant purger leurs peines dans des établissements proches de leur domicile, en favorisant laccès aux visites, aux appels téléphoniques et en autorisant lusage des moyens de communication électroniques, moyennant laval du juge et le contrôle par ladministration pénitentiaire ;
- les délinquants mineurs devraient toujours avoir le droit de bénéficier de mesures alternatives à la détention, quelle que soit linfraction commise.
Par ailleurs, la détention provisoire devrait rester une mesure de dernier ressort, utilisée dans les cas strictement nécessaires et pour la période de temps la plus courte possible, dans le respect du code national de procédure pénale.
Pour réduire le nombre de prisonniers, les députés ont suggéré de recourir plus souvent à des mesures punitives non privatives de liberté comme des peines dintérêt collectif. Ils ont rappelé à cet égard que lemprisonnement, comparé à des mesures alternatives, conduit à plus de récidives pour les courtes peines.
Réhabilitation et réinsertion: laspect punitif de la détention devrait aller de pair avec le développement des compétences pratiques des détenus et leur réhabilitation, afin de permettre une réinsertion sociale réussie et une réduction de la récidive.
Le Parlement a préconisé:
- de mettre en place des mesures daménagement des peines, en particulier pour les peines les plus courtes, notamment par le recours à la semi-liberté, par des travaux dintérêt général, ou par le recours accru à lassignation à résidence et au placement sous surveillance électronique;
- de mettre en place des mesures renforcées pour le suivi des détenus à leur sortie de prison, quand ils ont fait lobjet de condamnations pour des faits graves, de façon à évaluer la réintégration dans la société.
Les députés ont recommandé, entre autres:
- de mieux tenir compte de la situation de vulnérabilité des détenus âgés et handicapés et des personnes souffrant dune maladie mentale;
- dagir contre toute forme de discrimination dans le traitement des prisonniers fondée sur lorientation sexuelle;
- daccorder une attention particulière soit accordée aux besoins des femmes en prison en particulier pendant une grossesse et après la naissance dun enfant;
- délaborer un plan daction national pour la prévention du suicide dans les lieux de privation de liberté, vu le taux de suicide particulièrement alarmant dans les prisons de lUnion européenne;
- de veiller à ce que les enfants en prison soient traités en tenant compte de leur intérêt supérieur, notamment en les séparant des adultes à tout moment et en leur permettant dentretenir des contacts réguliers et significatifs avec leurs parents et amis;
- de garantir la mise en place de services et dinfrastructures de soins de santé dans les prisons.
Radicalisation en prison: le Parlement a suggéré de combattre la radicalisation en améliorant la détection des signes précoces du phénomène (par exemple par la formation du personnel et par lamélioration du renseignement pénitentiaire), en développant des mesures éducatives et en renforçant la communication et le dialogue interreligieux.
Les régimes de détention différenciés pour les détenus considérés comme radicalisés devraient uniquement être imposés au cas par cas, être fondés sur une décision judiciaire et faire lobjet dun contrôle par les autorités judiciaires compétentes.
Les États membres devraient partager leurs bonnes pratiques relatives aux programmes déducation, de réhabilitation et de réinsertion, dans le but notamment daméliorer la réinsertion après la remise en liberté et de prévenir la récidive et les nouveaux cas de radicalisation.