Rapport annuel 2016 de la Banque centrale européenne
La commission des affaires économiques et monétaires a adopté un rapport dinitiative de Jonás FERNÁNDEZ (S&D, ES) sur le rapport annuel de la Banque centrale européenne (BCE) pour 2016.
Les députés ont reconnu le caractère fédéral de la BCE, ce qui lui donne la possibilité dagir dans de nombreux domaines, notamment contre la crise. Ils ont par ailleurs reconnu la contribution de la politique monétaire accommodante mise en uvre par la BCE au cours de la période 2012-2016 - notamment ses taux dintérêt peu élevés et son programme dachat dactifs -, à la reprise conjoncturelle de léconomie et à la création demplois.
Les députés restent préoccupés par leffet des mesures non conventionnelles de politique monétaire sur les épargnants privés et léquilibre financier des régimes de pension et des régimes dassurance sociale, et par lapparition de bulles dactifs, que la BCE devrait surveiller attentivement. Ils sinquiètent également des niveaux encore considérables dactifs non négociables et de titres adossés à des actifs offerts en garantie à lEurosystème dans le cadre de ses opérations de refinancement.
Stabilité des prix: les députés rappellent que selon Eurostat, le taux dinflation annuel sest établi à 0,2 % en 2016 dans la zone euro (0,9 % hors prix de lénergie) et que linflation dans la zone euro devrait rester inférieure à 2 % au moins jusquen 2020, ce qui laisse à penser que léconomie de la zone euro ne fonctionne pas à pleine capacité malgré la politique monétaire accommodante de la BCE.
La BCE devrait semployer préserver la stabilité des prix (à savoir un taux dinflation légèrement inférieur à 2 %) mais devrait évaluer les avantages et les effets secondaires de sa politique, notamment au regard des actions envisagées pour lutter contre la déflation. Elle devrait communiquer de façon claire et concise sur ses mesures de politique monétaire.
Croissance économique et emploi: le rapport note que la croissance du PIB de la zone euro est stable mais modérée et que dans ses prévisions économiques de lautomne 2017, la Commission prévoit une croissance du PIB de 2,2 % en 2017 et de 2,3 % en 2018. Toutefois, la politique monétaire de la BCE na pas encore eu dincidence tangible sur linvestissement dans léconomie européenne.
Les députés estiment que la politique monétaire seule ne permet pas de soutenir la relance économique ni de résoudre les problèmes structurels de léconomie européenne, et quelle devrait saccompagner de mesures socialement équilibrées au niveau des États membres pour favoriser la compétitivité et la croissance à long terme, combinées à une politique budgétaire saine et respectueuse du pacte de stabilité et de croissance.
Il y a encore trop de chômeurs dans de nombreux pays de la zone euro et la demande globale y reste modérée. Les députés demandent dès lors la mise en uvre de politiques visant à accroître la productivité, en mettant laccent sur les compétences qui facilitent la création demplois de qualité, et laugmentation des salaires.
Offre de crédit et surveillance bancaire: les députés estiment que leffet de la politique monétaire reste limité du fait dune demande de crédit atone, de la persistance des problèmes structurels dans les systèmes bancaires de certains États membres et du manque de confiance entre les institutions financières elles-mêmes. Ils préconisent daméliorer laccès au crédit des PME.
Le rapport salue le fait que, depuis 2015, les taux pour les très petits prêts ont continué de baisser à un rythme plus rapide que ceux pour les prêts importants, ce qui contribue à réduire encore lécart entre les prêts.
Les députés reconnaissent que si la politique actuelle de taux dintérêt faibles peut avoir un effet positif temporaire sur la proportion de prêts non productifs, il est nécessaire de lutter de manière structurelle contre les risques élevés liés à ce type de prêts. Ils demandent que soient réalisés des tests de résistance fiables et de large ampleur et recommandent de suivre lévolution des marchés immobiliers. Toute mesure supplémentaire devrait respecter les prérogatives du Parlement européen.
Programme dachat de titres du secteur des entreprises (CSPP): les députés se félicitent que la liste des titres détenus par lEurosystème au titre du programme dachat de titres du secteur des entreprises de la BCE ait été publiée mais remarquent que les principaux bénéficiaires directs de ce programme sont les grandes entreprises.
La BCE est invitée à poursuivre la publication des volumes dachats effectués pour chaque entreprise dans le cadre de ce programme et à publier toutes les données relatives au CSPP dans un document unique et facilement consultable afin de favoriser la transparence du programme à légard des citoyens.
Les députés appellent à lachèvement de lunion des marchés des capitaux (UMC) et à sa mise en uvre rapide, ordonnée et intégrale. Ils soulignent également que le système européen de garantie des dépôts (SEAD), en tant que troisième pilier de lunion bancaire, pourrait contribuer à renforcer et à préserver la stabilité financière.
Monnaie physique et devises numériques: les députés partagent lavis de la BCE sur limportance de la monnaie physique comme moyen de paiement légal et rappellent à tous les États membres de la zone euro que lacceptation des pièces et billets en euros devrait être la règle dans les transactions de détail.
La Commission et la BCE devraient étudier les moyens daméliorer laccès du public aux systèmes de paiement parallèles et se pencher sur les problèmes que pourraient engendrer le monopole de la BCE en matière démission de monnaie. Les progrès réalisés dans le domaine des monnaies virtuelles ne devraient pas se traduire par des restrictions sur les paiements en espèces ou par la suppression des espèces.
Responsabilité et transparence: les députés ont insisté sur le fait que la BCE devait renforcer son obligation de rendre des comptes et sa transparence à la hauteur de son niveau dindépendance. Le Parlement devrait pouvoir exercer son rôle institutionnel dans la nomination du président, du vice-président et des autres membres du directoire de la BCE.
La BCE devrait veiller à lindépendance des membres de son comité daudit interne et publier les déclarations dintérêts financiers des membres de son conseil des gouverneurs afin de prévenir les conflits dintérêts.
Les députés invitent par ailleurs la BCE à évaluer, en coopération avec les autorités européennes de surveillance, toutes les conséquences du Brexit, et à se préparer à la relocalisation des banques et de leurs activités en zone euro. Ils jugent crucial de renforcer le contrôle sur la compensation des paiements effectués en euros (euro clearing) hors de la zone euro, afin déviter les lacunes en matière de surveillance et les problèmes de stabilité financière.