Décharge 2016: budget général UE, Commission européenne et agences exécutives
OBJECTIF: présentation du rapport de la Cour des comptes sur lexécution budgétaire 2016.
CONTENU: la Cour des comptes a publié son 40ème rapport annuel sur lexécution du budget général de lUnion pour lexercice 2016. Ce rapport est structuré en cinq parties:
- une déclaration dassurance (DAS) et un résumé des résultats des travaux relatifs à la fiabilité des comptes ainsi quà la régularité des opérations;
- une analyse de la gestion budgétaire et financière;
- le cadre mis en place par la Commission pour la communication dinformations sur la performance;
- les constatations concernant les recettes de lUE;
- la présentation, pour les principales rubriques du cadre financier pluriannuel (CFP) actuel, des résultats des tests concernant la régularité des opérations.
1) Déclaration dassurance: pour 2016, la Cour émet une opinion avec réserve (plutôt quune opinion défavorable) sur la régularité des opérations sous-jacentes aux comptes 2016, ce qui atteste dune amélioration remarquable de la gestion financière de lUE. Les principales conclusions de la Cour sont les suivantes:
- les recettes étaient exemptes derreurs significatives;
- le niveau derreur dans les dépenses prises dans leur ensemble est estimé à 3,1 %. Il était de 3,8 % en 2015 et de 4,4 % en 2014;
- les erreurs étaient circonscrites essentiellement aux paiements fondés sur le remboursement de coûts (ex : «Développement rural, environnement, action pour le climat et pêche», «Cohésion économique, sociale et territoriale»), pour lesquels le niveau derreur est estimé à 4,8 %;
- pour les paiements fondés sur des droits (ex : aides directes aux agriculteurs, «Administration», bourses pour étudiants et chercheurs, mesures agroenvironnementales), le niveau derreur est estimé à 1,3 %, ce qui est inférieur au seuil de signification de 2 %.
La Cour conclut que les paiements pour 2016 sont légaux et réguliers, à lexception de ceux fondés sur le remboursement de coûts. Elle estime que les comptes de lUE présentent une image fidèle de la situation financière.
Principales observations de la Cour des comptes en relation avec la DAS:
Mesures correctrices: la Cour souligne que les mesures correctrices appliquées par les autorités des États membres et par la Commission ont eu un impact favorable sur le niveau derreur estimatif. Sans elles, le niveau derreur estimatif global aurait été supérieur de 1,2 %.
Mode de gestion: celui-ci a un impact limité sur les niveaux derreur. Ainsi, le niveau derreur estimé pour les dépenses en gestion partagée et celui calculé pour tous les autres types de dépenses opérationnelles sont quasiment identiques en 2016. Les niveaux derreur les plus élevés concernaient les rubriques « Cohésion » (qui relève de la gestion partagée) et « Compétitivité » (gérée directement par la Commission et indirectement par lintermédiaire des entités en charge).
Fraude: en 2016, la Cour a constaté 11 cas de fraude présumée sur les quelque 1000 opérations contrôlées dans le cadre de la déclaration dassurance ainsi que dautres audits de la performance et/ou de conformité (contre 12 en 2015). Ces dossiers, de même que cinq autres cas signalés par des citoyens, ont été transmis à lOLAF.
2) Gestion budgétaire et financière: les principaux risques et défis pour les budgets futurs sont mis en évidence:
Engagements restant à liquider: en 2016, lUE a effectué moins de paiements quinitialement prévu, principalement en raison des retards importants dans lexécution des premiers décaissements pour un grand nombre de programmes relevant du CFP 2014-2020, en particulier les Fonds structurels et dinvestissement européens (Fonds ESI) dans les domaines de la cohésion et du développement rural. Le montant total des paiements que lUE sest engagée à effectuer sur les futurs budgets était particulièrement élevé en 2016 (quelque 238,8 milliards deuros). Éliminer cet arriéré et éviter la création dun autre devraient figurer parmi les priorités définies lors de la planification du CFP pour laprès-2020.
Difficultés pour absorber une partie des fonds de lUE disponibles: compte tenu du montant élevé des crédits dengagement encore disponibles au titre du CFP 2014-2020, les États membres dans lesquels les Fonds ESI représentent un pourcentage significatif des dépenses publiques risquent déprouver des difficultés à fournir du cofinancement ou à déterminer un nombre suffisant de projets de qualité auxquels consacrer les fonds de lUE disponibles.
Manque de flexibilité pour faire face à des événements imprévus: lUE dispose dun certain nombre dinstruments budgétaires pour faire face à des situations durgence de manière flexible. Ces dernières années, ces instruments ont été de plus en plus utilisés, par exemple pour répondre à la crise des réfugiés. Du fait des retards de paiement pour de nombreux programmes relevant du CFP 2014-2020, la flexibilité encore autorisée dans les limites des plafonds du CFP risque d'être insuffisante pour financer la réponse de l'UE à tout événement imprévu.
Complexité des instruments financiers: les mécanismes de financement ont beaucoup évolué au fil des ans, en raison de la nécessité de trouver des fonds supplémentaires pour pouvoir relever de nouveaux défis (comme la crise financière, laction pour le climat, la migration et la crise des réfugiés ainsi que la stimulation des investissements dans lUE). Les instruments financiers bénéficiant de l'aide budgétaire de l'UE sont en augmentation et de plus en plus complexes, ce qui rend plus difficile dassurer efficacement la gestion et laudit des dépenses de lUE.
La Cour recommande à la Commission de mettre davantage laccent sur la performance i) en rationalisant la communication d'informations sur la performance; ii) en présentant clairement, dans ses principaux rapports relatifs à la performance, des informations sur les principales difficultés rencontrées pour obtenir les résultats; iii) en rendant plus accessibles ses rapports sur la performance; iv) en démontrant mieux que les résultats des évaluations sont bien utilisés.
3) Analyse de lexécution budgétaire pour les principales rubriques du CFP:
- Compétitivité pour la croissance et lemploi: en 2016, les dépenses contrôlées dans ce domaine se sont élevées à 15,2 milliards dEUR. Les dépenses consacrées à la recherche et à linnovation représentaient, en 2016, 59 % du total des dépenses relevant de cette rubrique Globalement, les informations indiquent que les dépenses relevant de cette rubrique sont affectées par un niveau significatif d'erreur (4,1 %). La plupart des erreurs sont liées au remboursement de frais de personnel inéligibles, dautres coûts directs inéligibles (comme des frais de voyage et déquipement non liés au projet) ou de coûts indirects inéligibles déclarés par les bénéficiaires. La Cour a recommandé i) de rationaliser les règles et les procédures du programme Horizon 2020 en recourant davantage aux options de coûts simplifiés (comme les coûts unitaires, les montants forfaitaires, les financements à taux forfaitaires et les prix) proposées par le règlement financier révisé; ii) de raccourcir les délais de clôture des audits ex post et doptimiser les processus internes de planification, de suivi et détablissement de rapports y afférents.
- Cohésion économique, sociale et territoriale: en 2016, les dépenses contrôlées dans ce domaine se sont élevées à 35,7 milliards dEUR. Les dépenses sont réparties en deux grands volets: i) la politique régionale et urbaine de lUE, qui représentaient ensemble 76 % des dépenses de cohésion en 2016; ii) le domaine politique Emploi et affaires sociales, qui représentait 21 % des dépenses de cohésion en 2016. La Cour a estimé que le niveau d'erreur s'élevait à 4,8 %. Les principales sources derreur pour les dépenses relevant de la rubrique «Cohésion économique, sociale et territoriale» sont la déclaration de coûts inéligibles par les bénéficiaires, la sélection de projets, dactivités ou de bénéficiaires inéligibles, ainsi que les infractions à la législation relative aux marchés publics. Plusieurs États membres éprouvaient des difficultés à utiliser lintégralité de leurs dotations. La Cour recommande i) daccorder une attention particulière, lors de la clôture des programmes de la période 2007-2013, aux domaines dans lesquels le risque de dépenses inéligibles ou de communication dinformations inexactes entraînant un remboursement excessif est élevé; ii) de renforcer limportance donnée à la performance dans les programmes et de simplifier le mécanisme des paiements.
- Ressources naturelles: cette rubrique couvre la politique agricole commune (PAC), la politique commune de la pêche (PCP) et les mesures environnementales. En 2016, les dépenses contrôlées dans ce domaine se sont élevées à 57,9 milliards dEUR. En ce qui concerne le développement rural, lenvironnement, laction pour le climat et la pêche, la Cour a relevé des bénéficiaires, activités, projets et postes de dépenses inéligibles, mais également des erreurs liées à des surfaces inéligibles et à la sur-déclaration du nombre dhectares éligibles. Les dépenses relevant de cette rubrique sont affectées par un niveau significatif d'erreur (2,5 %). La Cour a recommandé de revoir lapproche des organismes payeurs concernant la classification et la mise à jour des catégories de terres dans leur SIPA ainsi que la réalisation des contrôles croisés requis, afin de réduire le risque derreur dans le paiement vert. Des orientations pourraient être fournies aux autorités nationales pour que leurs contrôles puissent déceler tout rapport entre les demandeurs et dautres parties prenantes intervenant dans les projets financés.
- Sécurité et citoyenneté: les dépenses contrôlées dans ce domaine se sont élevées à 2,4 milliards dEUR. Le taux dexécution des paiements en gestion partagée effectués par la Commission et les États membres au titre du Fonds «Asile, migration et intégration» (FAMI) et du Fonds pour la sécurité intérieure (FSI) na pas beaucoup progressé. À la fin de lexercice 2015, aucun paiement navait été apuré par la Commission pour 15 États membres. Un certain nombre de faiblesses affectant SOLID («Solidarité et gestion des flux migratoires»), le FAMI et le FSI pourraient retarder la mise en uvre de ces Fond et compromettre lévaluation, par la Commission, des systèmes mis en place dans les États membres.
- LEurope dans le monde: les dépenses contrôlées dans ce domaine se sont élevées à 8,3 milliards dEUR et se sont réparties entre plus de 150 pays. Le taux derreur estimatif (2,1 %) résulte, pour 37 %, de dépenses pour lesquelles des pièces justificatives essentielles nont pas été fournies. Parmi les autres types derreurs importants figurent les dépenses qui soit nont pas été effectuées, soit sont inéligibles. La DG NEAR a commandé une étude pour évaluer le «taux derreur résiduel» (TER) affectant les dépenses dans ce domaine. La Cour recommande i) de collaborer avec les autorités daudit des pays bénéficiaires candidats à ladhésion en vue daméliorer leur niveau de compétence, ii) de définir des indices de risque et iii) dindiquer clairement, dans son prochain rapport annuel dactivité, létendue de létude relative au TER ainsi que les limites inférieure et supérieure du niveau derreur estimatif.
- Administration: les dépenses contrôlées pour lensemble des institutions et des autres organismes de lUE se sont élevées à 9,4 milliards dEUR. Les dépenses de personnel (traitements, pensions, indemnités, etc.) représentaient environ 60 % du total. Le reste de ces dépenses était lié aux immeubles, à léquipement, à lénergie, aux communications et aux technologies de linformation. Globalement, lexamen des systèmes na révélé aucune insuffisance importante. La Cour recommande toutefois au Parlement européen de revoir son cadre de contrôle pour lexécution des crédits budgétaires alloués aux groupes politiques. Il devrait fournir en outre de meilleures orientations aux groupes politiques et contrôler plus efficacement la manière dont ceux-ci appliquent les règles en matière dordonnancement et de règlement des dépenses et suivent les procédures de marchés.
Il faut noter quen 2016, la Cour a formulé des conclusions sur les suites données à 108 recommandations adressées à la Commission entre 2010 et 2013. La Cour note que la Commission a mis en uvre 90 recommandations intégralement ou presque. Même les recommandations que la Commission navait pas acceptées au départ ont ensuite généralement été mises en uvre.