Rapport annuel 2016 de la Banque centrale européenne
Le Parlement européen a adopté par 479 voix pour, 126 contre et 78 abstentions, une résolution sur le rapport annuel de la Banque centrale européenne (BCE) pour 2016.
Les députés ont reconnu le caractère fédéral de la BCE qui lui donne la possibilité dagir dans de nombreux domaines, notamment contre la crise. Ils ont par ailleurs reconnu la contribution de la politique monétaire accommodante mise en uvre par la BCE au cours de la période 2012-2016 - notamment ses taux dintérêt peu élevés et son programme dachat dactifs -, à la reprise conjoncturelle de léconomie et à la création demplois.
Le Parlement sest dit préoccupé par leffet des mesures non conventionnelles de politique monétaire sur les épargnants privés et léquilibre financier des régimes de pension et des régimes dassurance sociale, et par lapparition de bulles dactifs, que la BCE devrait surveiller attentivement. Il sest également inquiété des niveaux encore considérables dactifs non négociables et de titres adossés à des actifs offerts en garantie à lEurosystème dans le cadre de ses opérations de refinancement.
Stabilité des prix: les députés ont rappelé que selon Eurostat, le taux dinflation annuel sest établi à 0,2 % en 2016 dans la zone euro (0,9 % hors prix de lénergie) et que linflation dans la zone euro devrait rester inférieure à 2 % au moins jusquen 2020, ce qui laisse à penser que léconomie de la zone euro ne fonctionne pas à pleine capacité malgré la politique monétaire accommodante de la BCE.
La BCE devrait semployer préserver la stabilité des prix (à savoir un taux dinflation légèrement inférieur à 2 %) mais devrait évaluer les avantages et les effets secondaires de sa politique, notamment au regard des actions envisagées pour lutter contre la déflation. Elle devrait communiquer de façon claire et concise sur ses mesures de politique monétaire.
Croissance économique et emploi: la croissance du PIB de la zone euro est stable mais modérée. Dans ses prévisions économiques de lautomne 2017, la Commission prévoit une croissance du PIB de 2,2 % en 2017 et de 2,3 % en 2018. Toutefois, la politique monétaire de la BCE na pas encore eu dincidence tangible sur linvestissement dans léconomie européenne.
Les députés ont estimé que la politique monétaire seule ne permettait pas de soutenir la relance économique ni de résoudre les problèmes structurels de léconomie européenne, et quelle devrait saccompagner de mesures socialement équilibrées au niveau des États membres pour favoriser la compétitivité et la croissance à long terme, combinées à une politique budgétaire saine et respectueuse du pacte de stabilité et de croissance.
Il y a encore trop de chômeurs dans de nombreux pays de la zone euro et la demande globale y reste modérée. Les députés ont dès lors demandé la mise en uvre de politiques visant à accroître la productivité, en mettant laccent sur les compétences qui facilitent la création demplois de qualité, et laugmentation des salaires.
Offre de crédit et surveillance bancaire: les députés estiment que leffet de la politique monétaire reste limité du fait dune demande de crédit atone, de la persistance des problèmes structurels dans les systèmes bancaires de certains États membres et du manque de confiance entre les institutions financières elles-mêmes. Ils préconisent daméliorer laccès au crédit des PME.
Le rapport salue le fait que, depuis 2015, les taux pour les très petits prêts ont continué de baisser à un rythme plus rapide que ceux pour les prêts importants, ce qui contribue à réduire encore lécart entre les prêts.
Les députés reconnaissent que si la politique actuelle de taux dintérêt faibles peut avoir un effet positif temporaire sur la proportion de prêts non productifs, il est nécessaire de lutter de manière structurelle contre les risques élevés liés à ce type de prêts. Ils demandent que soient réalisés des tests de résistance fiables et de large ampleur et recommandent de suivre lévolution des marchés immobiliers. Toute mesure supplémentaire devrait respecter les prérogatives du Parlement européen.
Autres défis : le Parlement a appelé à lachèvement de lunion des marchés des capitaux (UMC) et à sa mise en uvre rapide, ordonnée et intégrale. Il a également souligné que le système européen de garantie des dépôts (SEAD), en tant que troisième pilier de lunion bancaire, pourrait contribuer à renforcer et à préserver la stabilité financière.
En outre, les députés ont estimé que les progrès réalisés dans le domaine des monnaies virtuelles ne devraient pas se traduire par des restrictions sur les paiements en espèces ou par la suppression des espèces.
Dans le domaine de la responsabilité et transparence, le Parlement a invité la BCE à:
- continuer de fournir le soutien nécessaire à la Grèce et à tout autre État membre, dans lexamen de la réalisation du programme dassistance financière;
- évaluer, en coopération avec les autorités européennes de surveillance, toutes les conséquences du Brexit, et à se préparer à la relocalisation des banques et de leurs activités en zone euro. Le contrôle sur la compensation des paiements effectués en euros (euro clearing) hors de la zone euro devrait être renforcé afin déviter les lacunes en matière de surveillance et les problèmes de stabilité financière;
- faire preuve de transparence vis-à-vis du grand public et à rendre davantage de comptes au Parlement. Ce dernier devrait pouvoir exercer son rôle institutionnel dans la nomination du président, du vice-président et des autres membres du directoire de la BCE;
- veiller à lindépendance des membres de son comité daudit interne;
- adopter une démarche claire et transparente concernant laction des lanceurs dalerte.