Assiette commune consolidée pour l'impôt sur les sociétés (ACCIS)
Le Parlement européen a adopté par 438 voix pour, 145 contre et 69 abstentions, suivant la procédure de consultation, une résolution législative sur la proposition de directive du Conseil concernant une assiette commune consolidée pour l'impôt sur les sociétés (ACCIS).
Le Parlement européen a approuvé la proposition de la Commission sous réserve des amendements suivants:
Les députés ont souligné que dans un contexte de mondialisation et de numérisation, le capital, en particulier le capital financier et intellectuel, était de plus en plus difficile à tracer et facile à manipuler dans loptique dune imposition à la source. La numérisation généralisée de nombreux secteurs de léconomie associée à lévolution rapide de léconomie numérique remet en question la cohérence des modèles de limpôt sur les sociétés applicables dans lUnion.
Objet: le Parlement a demandé que la directive établisse une assiette commune pour limposition de certaines sociétés dans lUnion et définisse les règles de calcul de cette assiette, en ce compris des dispositions relatives à la lutte contre lévasion fiscale et des mesures relatives à la dimension internationale du régime fiscal proposé.
Une fois mise en uvre dans tous les États membres, une ACCIS garantirait que les impôts seront payés dans le pays où les bénéfices sont générés et où les entreprises ont un établissement stable. Une telle approche permettrait déliminer les distorsions qui perturbent le fonctionnement du marché intérieur et de lutter contre la planification fiscale agressive.
Le texte amendé souligne limportance de veiller à lentrée en vigueur simultanée de la directive concernant une assiette commune pour limpôt sur les sociétés et de la directive concernant une assiette commune consolidée pour limpôt sur les sociétés. De plus, étant donné que le marché intérieur englobe tous les États membres, lACCIS devrait être mise en place dans lensemble des États membres.
Si le Conseil ne parvenait pas à une décision unanime sur la proposition de mise en place dune ACCIS, la Commission devrait présenter une nouvelle proposition en vertu de la procédure législative ordinaire. En dernier recours, les États membres mettraient en place une coopération renforcée.
Champ dapplication: les règles de la directive devraient sappliquer à une société constituée conformément à la législation dun État membre, y compris à ses établissements stables et à ses établissements stables numériques situés dans dautres États membres, lorsque la société remplit des conditions spécifiques, en particulier lorsquelle appartient à un groupe consolidé dont le chiffre daffaires consolidé total a dépassé 750 millions dEUR au cours de lexercice précédant lexercice concerné. Ce seuil devrait être progressivement abaissé à zéro sur une période maximale de sept ans.
Présence numérique dans un pays pour déterminer les bénéfices imposables: le texte amendé stipule quun contribuable résident serait assujetti à limpôt sur les sociétés pour tous les revenus générés par toute activité, à lintérieur ou en dehors de son État membre de résidence fiscale. Un contribuable non résident devrait être assujetti à limpôt sur les sociétés pour tous les revenus issus dune activité réalisée par lintermédiaire dun établissement stable, y compris par lintermédiaire dun établissement stable numérique, dans un État membre.
Effet de la consolidation: les députés ont précisé que lassiette imposable dun groupe consolidé serait déterminée comme sil sagissait dune seule entité. À cet effet, lassiette imposable agrégée du groupe serait recalculée afin de retirer tous les profits et pertes, y compris ceux provenant de toute transaction, de quelque nature que ce soit, effectuée entre deux ou plusieurs entités du groupe.
Lorsque lassiette imposable consolidée est négative, la perte serait reportée en avant et imputée sur la prochaine assiette imposable consolidée positive, pour une période maximale de cinq ans.
Répartition de lassiette commune consolidée: dans sa proposition, la Commission suggère que les bénéfices imposables soient partagés entre les différents États membres où lentreprise exerce ses activités. La formule de répartition se compose de trois facteurs affectés dune même pondération: chiffre daffaires, immobilisations et main-duvre. Le Parlement a proposé dajouter un quatrième facteur, à savoir la collecte et lexploitation de données à caractère personnel à des fins commerciales (facteur «données») afin de sassurer que lACCIS sapplique également aux activités numériques.
Le volume de données à caractère personnel collecté en application du facteur «données» serait mesuré à la fin de lexercice fiscal dans chaque État membre.
Mécanisme de compensation: pour compenser les chocs soudains subis par les recettes fiscales des États membres du fait des gains et des pertes fiscaux provoqués par le passage au nouveau régime introduit par la directive, la Commission devrait mettre en place à titre temporaire un mécanisme spécial de compensation, opérationnel dès lentrée en vigueur de la directive.
La compensation serait ajustée chaque année afin de tenir compte des décisions prises au niveau national ou régional avant lentrée en vigueur de la directive. Le mécanisme de compensation serait financé par lexcédent budgétaire des États membres dont les recettes fiscales augmentent et serait mis en place pour une période initiale de sept ans.
Information du Parlement européen: les députés ont suggéré que le Parlement européen organise une conférence interparlementaire afin dévaluer le régime de lACCIS, en tenant compte des résultats des discussions sur la politique fiscale menées dans le cadre de la procédure du Semestre européen. Le Parlement européen devrait communiquer son avis et ses conclusions sur le sujet à la Commission et au Conseil en leur adressant une résolution.
Rapport et réexamen: la Commission devrait évaluer lapplication de la directive cinq ans après son entrée en vigueur et faire rapport au Parlement européen et au Conseil sur sa mise en uvre.
Sur la base des conclusions du rapport, la Commission devrait proposer les modalités et les conditions qui permettraient daffecter une partie des recettes fiscales générées par lassiette commune consolidée pour limpôt sur les sociétés au budget de lUnion afin de réduire proportionnellement les contributions des États membres à ce même budget.