Mise en œuvre de l'instrument de financement de la coopération au développement, de l'instrument d'aide humanitaire et du Fonds européen de développement
Le Parlement européen a adopté par 523 voix pour, 73 contre et 78 abstentions, une résolution sur la mise en uvre de linstrument de coopération au développement (ICD), de linstrument daide humanitaire (IAH) et du Fonds européen de développement (FED).
Pour rappel, lobjectif principal du FED est de réduire et, à terme, déradiquer la pauvreté dans la région ACP et de parvenir au développement durable des pays et territoires doutre-mer (PTOM). Avec 30,5 milliards EUR alloués au 11e FED pour la période 2014-2020, le FED est linstrument principal de coopération au développement de lUnion.
Lobjectif principal de lICD est la réduction et, à terme, léradication de la pauvreté dans les pays en développement ne bénéficiant pas de financements au titre du FED. Quant à lIAH, son objectif est dapporter une assistance et une protection aux personnes touchées par des catastrophes naturelles ou dorigine humaine dans le respect des principes humanitaires internationaux et du consensus européen sur laide humanitaire.
Le Parlement a formulé une série de recommandations visant à améliorer le fonctionnement de ces instruments jusquà la fin de leur application en 2020 et à les intégrer au nouveau cadre financier pluriannuel (CFP) qui sera prochainement présenté par la Commission.
Conclusions de l'examen à mi-parcours de la mise en uvre de l'ICD, du FED et de lIAH: le Parlement a salué le fait que, daprès les évaluations, les objectifs de ces trois instruments se soient avérés globalement pertinents au regard des priorités politiques au moment de leur conception et quils sont généralement adaptés et conformes à lambition et aux valeurs des objectifs de développement durable (ODD).
Si certains pays dans lesquels les programmes géographiques du FED et de lICD sont en place ont affiché des progrès en matière de réduction de la pauvreté et de développement économique et humain au cours de ces dix dernières années, la situation reste néanmoins critique pour dautres.
Fonds fiduciaires: au cours de leurs premières années de mise en uvre, l'ICD et le FED ont permis à l'UE de répondre à de nouvelles crises et besoins grâce à la nature générale des objectifs des instruments. Cependant, la multiplication des crises et l'émergence de nouvelles priorités politiques ont poussé ces instruments à leurs limites et ont conduit à mettre en place de nouveaux mécanismes ad hoc tels que les fonds fiduciaires, qui suscitent de graves préoccupations quant à la transparence, la responsabilité démocratique et de poursuite des objectifs de développement.
Les députés ont mis en garde contre le recours abusif aux fonds fiduciaires pour le reste de la période de mise en uvre et ont insisté sur le fait quon ne devrait y recourir que lorsque leur valeur ajoutée est garantie.
Appui budgétaire: le Parlement a préconisé de renforcer le partenariat politique et institutionnel favorisant loctroi de soutiens budgétaires tout en insistant sur une gouvernance économique performante ainsi que sur le respect des valeurs démocratiques. La politique de coopération au développement devrait être menée dune manière qui tienne compte des souhaits des pays et des populations qui en ont besoin, en garantissant leur participation au processus de prise de décision.
Les instruments de financement extérieur (IFE) devraient continuer à soutenir directement les OSC locales et européennes, les communautés locales, ainsi que les autorités locales et régionales dans les pays partenaires et leurs partenariats avec les autorités locales et régionales européennes.
Les députés ont souligné que les intérêts nationaux à court terme (sécurité ou migration) de l'UE ne devraient en aucun cas guider son programme de développement et que les principes d'efficacité de l'aide et du développement devraient être pleinement respectés et appliqués à toutes les formes de coopération au développement.
Le Parlement a formulé quelques remarques à propos des instruments:
- ICD: les députés sinquiètent du fait que lexigence de consacrer au moins 20 % de laide provenant de lICD à des services sociaux de base et à léducation secondaire ne semble pas respectée, alors que ces besoins sont essentiels au développement de ces pays.
- FED: si le FED joue un rôle important dans léradication de la pauvreté et la réalisation des ODD, les signes de progrès sont moins évidents au niveau régional. Le FED na pas établi suffisamment de synergies dans ses programmes de coopération déployés aux niveaux national, régional et au sein de lensemble des pays dAfrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).
- IAH: les députés sont convaincus que linstrument a atteint son objectif d'apporter une aide dans les situations d'urgence dans le plein respect du droit international, tout en s'assurant que l'aide humanitaire n'est pas instrumentalisée et que les principes d'humanité, dimpartialité, de neutralité et dindépendance sont respectés. Un certain nombre de crises humanitaires et de catastrophes traitées par l'IAH ont considérablement augmenté au cours des dernières années, ce qui a conduit à la pleine utilisation de la réserve d'aide d'urgence et à la nécessité d'utiliser des fonds supplémentaires. Le Parlement a insisté sur la nécessité d'une augmentation substantielle de la réserve d'aide d'urgence et d'une utilisation plus rapide et plus flexible de toutes les ressources disponibles.
Recommandations pour l'architecture post-2020: le Parlement a souligné la nécessité de maintenir des instruments de développement et daide humanitaire distincts et respectant les principes clés du développement. Indépendamment des éventuelles modifications ou fusions structurelles concernant ces instruments, y compris léventuelle budgétisation du FED, lensemble des crédits disponibles pour le prochain CFP devraient être revus à la hausse. Larchitecture future des IFE devrait prévoir une inclusion plus transparente des fonds fiduciaires et des facilités.
Le Conseil, la Commission et la Banque européenne d'investissement sont invités à conclure un accord interinstitutionnel avec le Parlement sur la transparence, la responsabilité et le contrôle parlementaire sur la base des principes énoncés dans le nouveau consensus européen pour le développement.
Les députés estiment que lorganisation de lICD et du FED et la mise en uvre de lIAH dans laprès-2020 doivent saligner sur les engagements internationaux de lUnion, notamment le programme de développement durable à lhorizon 2030 et ses objectifs et laccord de Paris, ainsi que sur le cadre stratégique de lUnion, composé entre autres du consensus européen sur le développement, de la nouvelle stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de lUnion européenne (SGUE) et du consensus européen sur laide humanitaire.
L'architecture post-2020 des IFE devrait continuer à prévoir une combinaison de programmes pluriannuels à la fois géographiques et thématiques, permettant des actions de développement à différentes échelles. Elle devrait inclure un certain nombre de critères de référence et une affectation stricte et ciblée, ainsi que l'intégration des engagements pour garantir des fonds suffisants pour les priorités clés.
Tout en rappelant la nécessité dun instrument solide et indépendant dans le domaine de laide humanitaire, le Parlement a estimé quune réserve distincte destinée spécifiquement à laide humanitaire devrait être maintenue, celle-ci ayant été utilisée constamment pendant la période du CFP en cours.
Enfin, la budgétisation du FED devrait saccompagner de garanties évitant tout transfert danciens crédits du FED vers dautres lignes budgétaires.