Violation des droits des peuples autochtones dans le monde, y compris l’accaparement des terres
La commission des affaires étrangères a adopté un rapport dinitiative de Francisco ASSIS (S&D, PT) sur la violation des droits des peuples autochtones dans le monde, y compris laccaparement des terres.
Selon les estimations, les peuples autochtones représentent 370 millions de personnes réparties dans plus de 70 pays, soit 5 % de la population mondiale. Il existe au moins 5.000 peuples autochtones différents qui, en dépit de leur dispersion géographique, sont confrontés à des menaces et à des défis similaires. Ces peuples sont victimes de violences ainsi que de racisme, de discrimination, dexpulsions forcées, de colonisation destructrice et dexpropriation illégale de leurs terres ancestrales ou sont privés daccès à leurs ressources, à leurs moyens de subsistance et à leurs connaissances traditionnelles.
Les députés demandent à lUnion, aux États membres :
- dadopter toutes les mesures nécessaires en vue de garantir la pleine reconnaissance, la protection et la promotion des droits des peuples autochtones, y compris au regard de leurs terres, de leurs territoires et de leurs ressources ;
- de sassurer que toutes ses politiques en matière de développement, dinvestissement et de commerce respectent les droits des peuples autochtones tels quils sont définis dans les traités et conventions relatifs aux droits de lhomme;
- dentreprendre les démarches nécessaires en vue de se conformer de manière effective aux dispositions de la convention (nº 169) de lOrganisation internationale du travail (OIT) relative aux peuples indigènes et tribaux.
Droits des peuples autochtones: lUnion européenne est invitée reconnaître juridiquement lautonomie territoriale et lautodétermination des peuples autochtones, lesquelles englobent leurs droits à détenir, utiliser, développer et contrôler les terres, les territoires, les eaux, y compris côtières, et autres ressources quils possèdent en vertu de la propriété traditionnelle. Le rapport insiste sur limportance :
- de garantir laccès universel des peuples autochtones aux registres nationaux de leurs populations;
- deffectuer des analyses dimpact obligatoires des effets sur les droits de lhomme de toute nouvelle activité dans les secteurs de lexploitation minière et de lextraction de pétrole et de gaz avant le lancement de ces activités;
- de faire participer les peuples indigènes et les communautés rurales aux processus décisionnels concernant les stratégies de lutte contre le changement climatique et de les consulter préalablement dans tous les débats sur des questions qui pourraient les concerner;
- de protéger l'intégrité physique des défenseurs des droits fonciers et environnementaux ainsi que des droits de propriété intellectuelle des populations autochtone et de respecter pleinement les droits des peuples autochtones et des communautés rurales.
Le rapport appelle au retrait des forces militaires et des forces de sécurité privées déployées sur le territoire des peuples autochtones et qui violent de ce fait les droits de ces derniers.
Accaparement des terres: les députés sont préoccupés par la situation en matière daccaparement des terres découlant de pratiques de corruption de la part de sociétés, dinvestisseurs étrangers ainsi que dacteurs étatiques, dautorités et de fonctionnaires nationaux et internationaux. Ils invitent lUnion à:
- mettre davantage laccent sur le problème de laccaparement des terres dans le contexte de leur action en matière de droits de lhomme;
- exiger la divulgation des acquisitions foncières impliquant des sociétés basées au sein de lUnion ou des projets de développement financés par lUnion pour une plus grande transparence et une responsabilisation accrue à légard de ces acquisitions;
- adopter les directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers applicables aux terres, aux pêches et aux forêts et à en soutenir la mise en uvre.
Entreprises et droits de lhomme: les députés demandent à lUnion dengager des négociations pour un traité des Nations unies sur les entreprises transnationales qui garantisse le respect des droits de lhomme des peuples autochtones, et plus particulièrement les droits des femmes et des filles. Ils préconisent que lUnion élabore un plan daction régional européen pour les entreprises et les droits de lhomme, en se fondant sur les principes définis dans la déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.
LUnion devrait veiller à demander des comptes aux entreprises multinationales et aux institutions financières internationales quant aux répercussions de leurs activités sur les communautés autochtones, leurs droits fondamentaux et leurs droits environnementaux.
Développement durable et économique: les députés demandent à lUnion européenne dassocier les peuples autochtones, en particulier les femmes autochtones et les communautés rurales, à leurs stratégies de lutte contre le changement climatique et à élaborer des stratégies climatiques efficaces d'adaptation et datténuation. Ils demandent que le problème des déplacements de populations liés au climat soit pris au sérieux et se disent prêts à discuter de lintroduction dune disposition sur la migration climatique.
Les députés rappellent que 80 % des forêts de la planète sont, traditionnellement, le territoire de peuples autochtones et soulignent le rôle vital que jouent ces peuples pour la gestion durable des ressources naturelles et la préservation de la biodiversité. Par ailleurs, entre 200 et 500 millions de personnes dans le monde pratiquent le pastoralisme.
Les députés soulignent la nécessité dencourager le pastoralisme durable et plus généralement de reconnaître les droits des peuples pastoraux et autochtones à la propriété collective de leurs terres ancestrales, le droit de disposer librement des ressources naturelles et leur droit à la culture et à la religion.
Enfin, le rapport recommande daccorder davantage d'importance à la situation des peuples autochtones dans la politique étrangère de lUnion, dinstaurer un mécanisme pour la réalisation détudes dimpact avant la conclusion daccords de commerce et de coopération afin de prévenir leurs effets néfastes sur les droits des communautés autochtones et de renforcer le soutien de lUE en faveur des populations autochtones dans le cadre de ses programmes de coopération au développement.