Coopération entre les juridictions: obtention des preuves en matière civile ou commerciale
OBJECTIF: améliorer le bon fonctionnement de lespace de liberté, de sécurité et de justice et celui du marché intérieur en augmentant lefficacité et la rapidité de lobtention de preuves transfrontière.
ACTE PROPOSÉ: Règlement du Parlement européen et du Conseil.
RÔLE DU PARLEMENT EUROPÉEN: le Parlement européen décide conformément à la procédure législative ordinaire sur un pied dégalité avec le Conseil.
CONTEXTE: le domaine de la justice nécessite une coopération judiciaire transfrontière. À cette fin, et pour faciliter le bon fonctionnement du marché intérieur, lUE a adopté le règlement (CE) n°1393/2007 sur la signification et la notification transfrontières des actes judiciaires, ainsi que le règlement (CE) n° 1206/2001 du Conseil sur la coopération en matière dobtention des preuves. Il sagit dinstruments importants régissant la coopération judiciaire entre les États membres en matière civile et commerciale.
En 2018, environ 3,4 millions de procédures judiciaires civiles et commerciales dans lUE ont une incidence transfrontière. Nombre de ces procédures nécessitent lobtention déléments de preuve auprès dun autre État membre; le règlement sur lobtention des preuves fournit des outils facilitant laccès à ces preuves.
En 2017, la Commission a procédé, à lappui dune analyse concernant lapplication pratique du règlement, à une évaluation au titre du programme pour une réglementation affûtée et performante (REFIT).
Lévaluation a montré que les contacts entre les instances désignées par le règlement reposent encore presque exclusivement sur le papier, ce qui a des répercussions négatives en termes de coût et defficacité. De même, la vidéoconférence est rarement utilisée lors des auditions de personnes se trouvant dans un autre État membre.
La proposition répond donc au besoin de modernisation de la coopération judiciaire en matière civile et commerciale, en particulier la numérisation et lutilisation des technologies modernes aux fins de lobtention transfrontière des preuves. Elle répond également aux autres problèmes mis en évidence par lévaluation, à savoir les retards et les coûts supportés par les citoyens, les entreprises et les États membres, les lacunes en matière de protection des droits procéduraux, ainsi que la complexité et linsécurité juridique.
La proposition est étroitement liée à la proposition modifiant le règlement sur la signification et la notification transfrontières.
ANALYSE DIMPACT: loption privilégiée est un ensemble de plusieurs mesures dont les principales sont:
- le recours à la transmission électronique en tant que canal par défaut des communications électroniques et des échanges de documents;
- la promotion de moyens modernes dobtention des preuves, comme la vidéoconférence, si une personne doit être entendue depuis un autre État membre, et des incitations (en finançant des projets nationaux) pour que les États membres équipent les juridictions des équipements nécessaires à la vidéoconférence;
- la suppression des obstacles juridiques à lacceptation de preuves électroniques (numériques);
- la sensibilisation des juridictions et des professionnels du droit à lexistence du canal direct dobtention de preuves en vertu du règlement.
CONTENU: la proposition vise à améliorer lefficacité et la rapidité de lobtention de preuves transfrontière. À cet effet, elle adapte le règlement (CE) nº 1206/2001 aux progrès techniques, exploitant les avantages de la numérisation et garantissant un recours accru à la vidéoconférence.
Concrètement, les modifications proposées :
- définissent par «juridiction» toute autorité judiciaire dun État membre qui est compétente pour procéder à des actes dinstruction conformément au règlement;
- prévoient que toutes les communications et tous les échanges de documents doivent par principe être effectués par voie électronique au moyen dun système informatique décentralisé composé de systèmes informatiques nationaux. Dans des cas exceptionnels, à savoir si le système est interrompu ou nest pas adapté à la transmission en question (par exemple, la transmission dun échantillon dADN), dautres canaux pourraient être utilisés;
- garantissent un recours plus fréquent et plus rapide à lexécution directe de lacte dinstruction par vidéoconférence, lorsque cette dernière est à disposition des juridictions en question et quelle est appropriée au regard des circonstances particulières de lespèce;
- facilitent lexécution de lacte dinstruction par des agents diplomatiques ou consulaires: ces personnes pourraient, sur le territoire dun autre État membre et à lintérieur de la zone dans laquelle elles exercent leurs fonctions, procéder à un acte dinstruction sans avoir besoin dintroduire une demande préalable, en auditionnant des ressortissants de lÉtat membre quelles représentent, sans contrainte et dans le cadre dune procédure pendante devant une juridiction de lÉtat membre quelles représentent;
- garantissent que les preuves numériques obtenues conformément à la législation de lÉtat membre où elles sont obtenues ne seront pas rejetées comme preuves dans dautres États membres du seul fait de leur nature numérique.
INCIDENCE BUDGÉTAIRE: la proposition nimposera pas de coûts importants aux administrations nationales, mais sera plutôt source déconomies. Les coûts liés au développement des communications électroniques et des échanges de documents, ainsi quà lacquisition et au fonctionnement déquipements de vidéoconférence haut de gamme professionnels pourraient être cofinancés.
Les principales possibilités de financement de lUE au titre des programmes financiers actuels sont le programme «Justice» et le mécanisme pour linterconnexion en Europe (MIE). Le paquet du cadre financier pluriannuel (CFP) consacré à la priorité que constitue la transformation numérique prévoit un montant de 3 milliards dEUR pour un volet numérique du MIE afin de financer les infrastructures de connectivité numérique.