Résolution sur l’état de droit en Roumanie
Le Parlement européen a adopté par 473 voix pour, 151 contre et 40 abstentions, une résolution sur létat de droit en Roumanie.
La résolution a été déposée par les groupes PPE, S&D, ALDE, Verts/EFA et GUE/NGL.
Soulignant limportance de garantir des valeurs européennes communes et les droits fondamentaux, le Parlement sest déclaré très inquiet face à la refonte de la législation régissant le système judiciaire et le système pénal roumains, en particulier parce quelle risque de saper structurellement lindépendance du système judiciaire et sa capacité à lutter efficacement contre la corruption en Roumanie.
Les députés ont noté que lindépendance du pouvoir judiciaire constitue une condition essentielle du principe démocratique de séparation des pouvoirs. Ils ont prié le Parlement et le gouvernement roumain de donner pleinement suite à toutes les recommandations de la Commission européenne, du GRECO et de la commission de Venise, et de sabstenir de mener toute réforme qui hypothéquerait le respect de létat de droit, notamment lindépendance du pouvoir judiciaire.
À cet égard, les députés ont noté que, dans son rapport davril 2018 sur la Roumanie, le Groupe dÉtats du Conseil de lEurope contre la corruption (GRECO) a exprimé de vives inquiétudes quant à certains aspects des lois sur le statut des juges et des procureurs, sur lorganisation judiciaire et sur des propositions damendement au droit pénal, mettant en doute le processus législatif appliqué à ces lois et projets et craignant les conséquences sur lindépendance du pouvoir judiciaire. Le GRECO a laissé entendre quil y aurait là une violation implicite des normes anticorruption.
La commission de Venise, dans son avis du 20 octobre 2018, a conclu que certains aspects importants des trois projets pouvaient entraîner des pressions sur les juges et les procureurs et, de ce fait, nuire à lindépendance du pouvoir judiciaire et de ses membres. Le Parlement a encouragé les autorités roumaines à soumettre de leur plein gré à lexamen de la Commission de Venise les mesures législatives quelles envisagent de prendre, avant leur adoption définitive.
Le Parlement a invité les autorités roumaines à :
- mettre en place des mesures à même de fonder la coopération institutionnelle sur une base juridique transparente et déviter les interférences susceptibles de contourner léquilibre entre pouvoirs et contre-pouvoirs ;
- bloquer les mesures visant à dépénaliser la corruption dans les sphères du pouvoir et lexhorte également à appliquer la stratégie nationale de lutte contre la corruption.
Le Parlement a également demandé que le contrôle parlementaire des services de renseignement soit renforcé. Il a noté le débat en cours sur le rôle du service roumain du renseignement et sur ses interférences présumées avec les activités des organes judiciaires, ainsi que les questions soulevées quant à lampleur et à la nature de ces interférences.
Concernant la corruption, les députés ont regretté une nouvelle fois que la Commission ait décidé de ne pas publier de rapport anticorruption en 2017 et lont invitée à mettre en place un jeu dindicateurs rigoureux et aisément applicables, ainsi que des critères uniformes, permettant de mesurer le degré de corruption dans les États membres et dévaluer leur arsenal de lutte contre ce phénomène, conformément à la résolution du Parlement du 8 mars 2016 sur le rapport annuel 2014 sur la protection des intérêts financiers de lUnion européenne.
Le Parlement a condamné les interventions violentes et disproportionnées de la police lors des manifestations daoût 2018 à Bucarest. Il a demandé aux autorités roumaines de mener une enquête transparente, impartiale et efficace sur les interventions de la police anti-émeute.
Notant que lAssemblée parlementaire du Conseil de lEurope a demandé à la Roumanie de rejeter les projets de loi récemment proposés qui imposent aux ONG de nouvelles obligations de déclaration financière, les députés ont recommandé vivement le réexamen de la législation sur le financement, lorganisation et le fonctionnement des ONG, en raison de ses conséquences potentiellement dissuasives sur la société civile et de sa contradiction avec les principes de la liberté dassociation et du droit à la vie privée. Cette législation devrait être alignée complètement sur le droit européen.
En dernier lieu, le Parlement a demandé à la Commission, en sa qualité de gardienne des traités, de superviser la suite que les autorités roumaines réserveront à ces recommandations, tout en continuant dapporter son total soutien à la Roumanie dans la recherche de solutions appropriées. Le gouvernement roumain, de son côté, a été invité à coopérer avec la Commission européenne, en vertu du principe de coopération loyale énoncé dans le traité.