Résolution sur les conflits d'intérêts et la protection du budget de l'Union européenne en République tchèque
Le Parlement européen a adopté par 434 voix pour, 64 contre et 47 abstentions, une résolution sur les conflits dintérêts et la protection du budget de lUnion européenne en République tchèque. La résolution a été déposée par les groupes PPE, ECR et Verts/EFA.
Le Parlement sest préoccupé du fait que la République tchèque nait pas respecté le règlement financier en ce qui concerne le conflit dintérêts impliquant le premier ministre tchèque et ses liens avec le groupe Agrofert, et a invité instamment la Commission à recouvrer tous les fonds qui ont été versés illégalement ou irrégulièrement.
Cette résolution est issue de la plainte officielle déposée auprès de la Commission le 19 septembre 2018 par lantenne de Transparency International en République tchèque, au motif que le premier ministre tchèque, Andrej Babi, avait violé de manière répétée les législations tchèque et de lUnion relatives au conflit dintérêts. M. Babi sest révélé être le propriétaire effectif de la société Agrofert qui contrôle le groupe Agrofert, ainsi que dun certain nombre de médias tchèques majeurs, au moyen des fonds fiduciaires AB I et AB II dont il est à la fois le fondateur et lunique bénéficiaire.
Le Parlement a noté des sociétés appartenant au groupe Agrofert (i) participent à des projets subventionnés au titre du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) et (ii) ont reçu des sommes importantes provenant des Fonds structurels et dinvestissement européens au cours de la période 2014‑2020, allant de 42 millions deuros en 2013 à 82 millions deuros en 2017.
De plus, le 1er décembre 2018, des médias européens, dont The Guardian, Le Monde, De Standaard et le Süddeutsche Zeitung, ont publié des informations relatives à lavis juridique rendu par le service juridique de la Commission confirmant que M. Babi se trouvait dans une situation de conflit dintérêts. Daprès la déclaration de revenus des fonctionnaires tchèques, M. Babi a perçu 3,5 millions deuros du groupe Agrofert au cours du premier semestre 2018 via ses fonds fiduciaires.
La résolution a rappelé que les députés avaient soulevé ce problème avec la Commission lors dauditions de la commission du contrôle budgétaire du Parlement. Ces derniers ont déploré que, pendant longtemps, la Commission soit restée passive, malgré les forts soupçons de conflit dintérêts impliquant M. Babi depuis 2014 dans ses fonctions de ministre des finances puis de premier ministre.
Le Parlement a demandé à la Commission de donner suite à cette question sans attendre, sur la base de lavis de son service juridique, et de suspendre tout financement de lUnion au groupe Agrofert jusquà lachèvement de lenquête sur le conflit dintérêts et sa résolution. De plus, il a demandé que la Commission mène une enquête approfondie sur la légalité de toutes les subventions de lUnion versées au groupe Agrofert depuis lentrée au gouvernement de M. Babi, en tenant compte du précédent règlement financier applicable avant le 2 août 2018 et de sa section portant sur les conflits dintérêts. Tous les fonds illégalement payés doivent être recouvrés. Les députés ont également invité le Conseil à prendre toutes les mesures nécessaires et appropriées pour prévenir tout conflit dintérêts dans le contexte des négociations sur le futur budget de lUnion et le prochain cadre financier pluriannuel, conformément à larticle 61, paragraphe 1, du règlement financier.
La Commission a été invitée à mettre en place un mécanisme de contrôle pour traiter le problème des conflits dintérêts dans les États membres et pour faire de la prévention active des conflits dintérêts lune de ses priorités. Les députés ont demandé à la Commission dintervenir de manière résolue, en particulier lorsque les autorités nationales ne prennent pas de mesures pour prévenir les conflits dintérêts de leurs plus hauts représentants. De leur côté, toutes les autorités nationales et les fonctionnaires dÉtat doivent appliquer de façon proactive le nouveau règlement financier, notamment son article 61 portant sur les conflits dintérêts, afin déviter les situations préjudiciables aux intérêts financiers de lUnion, et à faire preuve dexemplarité en travaillant pour le bien public et non dans un intérêt personnel.
Le Parlement a invité la Commission à veiller à ce quune politique de tolérance zéro, dans laquelle il ny ait pas «deux poids, deux mesures», sapplique aux conflits dintérêts concernant tout homme ou femme politique de lUnion, et de ne pas se chercher dexcuses pour accuser des retards lorsquil est question de protéger les intérêts financiers de lUnion.