Visas humanitaires
Le Parlement européen a adopté par 429 voix pour, 194 contre et 41 abstentions, une résolution contenant des recommandations à la Commission sur les visas humanitaires.
Contexte
Les députés ont rappelé que malgré de nombreuses demandes de voies sûres et légales permettant daccéder au territoire européen pour les personnes cherchant à obtenir une protection internationale, il nexiste actuellement aucune harmonisation au niveau de lUnion en ce qui concerne les procédures dentrée protégées (PEP) et aucun cadre juridique au niveau de lUnion pour les visas humanitaires.
Plusieurs États membres recourent actuellement à des régimes nationaux pour la délivrance de visas humanitaires ou de titres de séjour en vue de garantir aux personnes dans le besoin une procédure dentrée protégée sur le territoire national.
Le nombre de personnes admises sur la base de procédures nationales dentrée en matière de protection humanitaire ou de réinstallation reste faible par rapport à lensemble des besoins, avec des différences marquées entre les divers États membres. On estime que 90 % des personnes qui ont reçu une protection internationale sont arrivées sur le territoire de lUnion par des moyens irréguliers. Les femmes célibataires voyageant seules ou avec des enfants, les filles adolescentes et les femmes âgées sont particulièrement vulnérables sur les routes migratoires. Le coût humain de ces politiques a été estimé à au moins 30.000 décès aux frontières de lUnion depuis lannée 2000.
Nécessité dun cadre européen
Les députés estiment quun cadre juridique européen est nécessaire de toute urgence pour mettre un terme au nombre intolérable de morts en Méditerranée et sur les routes migratoires qui mènent à lUnion, pour lutter contre le trafic des êtres humains et pour gérer de façon ordonnée les arrivées, laccueil digne et le traitement équitable des demandes dasile. Le Parlement a tenté dinclure des dispositions dans ce sens dans ses amendements au règlement (CE) nº 810/2009, mais ces amendements ont été rejetés par le Conseil et la Commission.
En conséquence, le Parlement a demandé à la Commission de présenter, avant le 31 mars 2019, sur la base de larticle 77, paragraphe 2, point a), du traité sur le fonctionnement de lUnion européenne (traité FUE), une proposition de règlement portant création dun visa humanitaire européen, conformément aux recommandations figurant en annexe de la proposition de résolution.
Objectifs de la proposition
En vertu de la proposition demandée, les États membres devraient avoir la possibilité de délivrer un visa humanitaire aux personnes sollicitant une protection internationale, en vue de permettre à ces personnes dentrer sur le territoire de lÉtat membre qui délivre le visa aux seules fins dy présenter une demande de protection internationale.
Le nouvel instrument devrait concerner les ressortissants de pays tiers soumis à lobligation de visa qui ont besoin dêtre protégés contre un risque réel de persécution ou de préjudice grave, et auxquels aucun autre instrument ne sapplique, tel quun mécanisme de réinstallation.
Procédures de délivrance des visas humanitaires
La demande de visa devrait être évaluée à première vue afin de déterminer si lallégation selon laquelle le demandeur est soumis à un risque réel de persécution ou de préjudice grave est défendable. La proposition couvre les étapes de la procédure, les délais de traitement, la nécessité de soumettre un formulaire de demande et de transmettre des données biométriques, la participation de prestataires de services externes, les vérifications de sécurité et le droit de recours.
Le demandeur serait convoqué à un entretien, qui pourrait également être réalisé à distance, par des moyens de communication audio et vidéo assurant un niveau approprié de sécurité, de sûreté et de confidentialité, et, au besoin, avec lassistance dun interprète. Préalablement à la délivrance du visa, chaque demandeur ferait lobjet dune vérification de sécurité, par lintermédiaire des bases de données nationales et de lUnion.
Les demandes de visa feraient lobjet dune décision dans un délai de 15 jours calendaires à compter de la date de leur introduction. Les visas seraient délivrés au moyen dune vignette commune et introduits dans le système dinformation sur les visas.
Gestion administrative.
Les demandes de visa seraient évaluées par des agents dûment formés. La proposition devrait prévoir des mesures pour veiller à la protection et à la sécurité des données et prévoir que les États membres coopèrent entre eux, avec les agences de lUnion, les organisations internationales, les organisations gouvernementales et non gouvernementales et les autres parties prenantes afin de garantir une application harmonisée.
La proposition devrait prévoir un soutien financier important de la part du Fonds pour la gestion intégrée des frontières, à mettre à la disposition des États membres pour son application. Enfin, elle nécessiterait de modifier une série dactes relatifs à lacquis dans le domaine des visas, en particulier le code des visas et le système dinformation sur les visas (VIS), afin de les adapter à lexistence de cet instrument nouveau.