Intégration différenciée
Le Parlement européen a adopté par 446 voix pour, 138 contre et 19 abstentions, une résolution sur lintégration différenciée.
Le concept dintégration différenciée revoie à un éventail de mécanismes différents pouvant avoir des répercussions très diverses sur lintégration européenne tels que «lEurope à plusieurs vitesses», où lon poursuit les mêmes objectifs, mais à des rythmes différents, la différenciation de moyens «lEurope à la carte» et la différenciation spatiale, souvent qualifiée de « géométrie variable ».
Une option secondaire et non une priorité stratégique
Les députés ont rappelé que la différenciation est une constante de lintégration européenne, non seulement dans les domaines relevant de la compétence de lUnion, mais également dans dautres domaines, et quelle a parfois permis que lapprofondissement et lélargissement de lUnion se fassent simultanément. Ils ont toutefois refusé de considérer la différenciation comme une voie novatrice pour lavenir de lUnion.
Le Parlement a dès lors insisté sur le fait que le débat concernant lintégration différenciée ne saurait porter sur lopportunité de la différenciation, mais sur les meilleurs moyens de faire fonctionner lintégration différenciée - qui est déjà une réalité politique - dans le cadre institutionnel de lUnion dans lintérêt de lUnion et de ses citoyens.
Selon les députés, lintégration différenciée devrait porter lidée que lEurope ne fonctionne pas selon une approche unique, mais quelle doit sadapter aux besoins et aux souhaits de ses citoyens. Cette différenciation :
- peut parfois s'avérer nécessaire pour se lancer dans de nouveaux projets européens et sortir de l'impasse résultant de circonstances politiques nationales sans rapport avec le projet commun ;
- devrait être utilisée de manière pragmatique en tant qu'instrument constitutionnel pour garantir la flexibilité sans porter atteinte à l'intérêt général de l'UE et à l'égalité des droits et des chances de ses citoyens ;
- ne devrait être conçue que comme une étape temporaire sur la voie d'une politique plus efficace et plus intégrée.
Les députés ont affirmé que toute forme dinitiative de différenciation conduisant à la création ou à la perception de la création dÉtats membres «de première classe et de deuxième classe» de lUnion serait un échec politique considérable.
Lintégration différenciée ne devrait pas être considérée comme un moyen de favoriser les solutions «à la carte» risquant de compromettre la méthode de lUnion et son système institutionnel. Aussi, elle devrait toujours :
- rester ouverte à tous les États membres et continuer à servir dexemple dapprofondissement de lintégration européenne ;
- être envisagée de manière à encourager et soutenir pleinement les États membres désireux de participer dans leurs efforts de développement économique et de réforme en vue de respecter les critères nécessaires dans un délai raisonnable ;
- se faire dans le cadre des dispositions des traités et préserver lunité des institutions de lUnion sans conduire à des processus décisionnels plus complexes qui réduiraient la responsabilité démocratique des institutions de lUnion.
Pour répondre au besoin de disposer doutils de flexibilité, les députés ont réclamé la poursuite de labandon, dans les procédures de vote du Conseil, de lunanimité au profit de la majorité qualifiée, en recourant pour ce faire à la «clause passerelle» prévue à larticle 48, paragraphe 7, du traité UE.
Révision des traités
Selon le Parlement, la prochaine révision des traités devrait mettre de lordre dans le processus actuel de différenciation en mettant un terme à la pratique des dérogations et exceptions permanentes au droit primaire de lUnion applicables à certains États membres.
Le Brexit pourrait être une occasion dabandonner les modèles proposant des possibilités de dérogation, au profit de modèles non discriminatoires et coopératifs de participation volontaire. Ces modèles permettraient de progresser vers une «union sans cesse plus étroite» sans devoir trouver une solution unique pour tous.
Le Parlement a insisté sur les points suivants :
- une adhésion à lUnion devrait impliquer lobligation pour les États membres de respecter le droit primaire de lUnion dans tous les domaines daction ;
- les pays qui souhaitent une relation étroite avec lUnion sans vouloir sengager à respecter pleinement le droit primaire et qui ne comptent pas ou ne peuvent pas adhérer à lUnion devraient se voir proposer une forme de partenariat ;
- la différenciation ne devrait pas être autorisée i) lorsquil sagit du respect des valeurs et des droits fondamentaux existants consacrés à larticle 2 du traité UE; ii) dans les domaines daction où les États membres non participants pourraient générer des externalités négatives telles que le dumping économique et social.
Afin que la différenciation nentraîne pas de fragmentation politique, le Parlement a estimé quun futur cadre institutionnel européen devrait inclure des piliers européens de droits politiques, économiques, sociaux et environnementaux auxquels il ne serait pas possible de déroger.