Résolution sur le Zimbabwe
Le Parlement européen a adopté une résolution sur le Zimbabwe. La résolution a été déposée par les groupes PPE, S&D, ECR, ALDE, Verts/ALE et EFDD.
Le Parlement a fortement condamné les violences qui se sont déroulées durant les vagues de protestation au Zimbabwe en janvier 2019, notant que plus de 17 personnes ont été tuées et des centaines blessées et quenviron un millier de personnes ont été arrêtées, dont des enfants âgés de 9 à 16 ans. Ces protestations faisaient suite à une hausse de 150 % du prix du carburant ainsi que, entre autres, à laugmentation de la pauvreté, à la mauvaise situation économique et à la baisse du niveau de vie.
Lissue des premières élections législatives et présidentielles tenues au Zimbabwe en juillet 2018 avait déjà conduit à une flambée de violence postélectorale au lendemain de lélection, tuant six personnes et en blessant de nombreuses autres lors des manifestations organisées par lopposition.
Les députés ont noté que les observateurs internationaux, y compris lUnion européenne, ont condamné la violence et le recours excessif à la force par larmée et les forces de sécurité intérieure. Le rapport final de la mission dobservation électorale (MOE) de lUnion européenne a indiqué que les chiffres présentés par la commission électorale du Zimbabwe, qui ont déclaré Emmerson Mnangagwa vainqueur des élections présidentielles, avec 50,8% des voix, comportent de nombreuses anomalies et inexactitudes et soulèvent suffisamment de questions pour mettre en doutes lexactitude et la fiabilité des chiffres présentés.
Droits de lhomme et usage excessif de la force
Les députés ont demandé instamment aux autorités zimbabwéennes de libérer au plus vite et sans condition tous les prisonniers politiques et rappeler de toute urgence le personnel militaire et les jeunes miliciens qui sont déployés dans tout le pays et qui terrorisent la population. Ils ont également invité les autorités zimbabwéennes à mettre immédiatement fin aux abus de pouvoir commis par les forces de sécurité et à enquêter rapidement et de manière impartiale sur toutes les allégations de recours excessif à la force par la police et les agents de lÉtat. Ils ont indiqué que la police abuse constamment des lois existantes, telles que la loi sur lordre public et la sécurité (Public Order and Security Act, POSA), pour justifier loppression de membres de lopposition et de défenseurs des droits de lhomme et pour interdire des manifestations légitimes et pacifiques.
Le Parlement a invité les autorités zimbabwéennes à enquêter immédiatement, avec soin, impartialité et indépendance sur les violations présumées des droits de lhomme et les abus tels que les viols et les violences sexuelles commis par les forces de sécurité et à traduire les responsables en justice. Il sest dit préoccupé des violations présumées de la procédure judiciaire régulière dans le cadre de procès sommaires et collectifs.
Réexamen des mesures restrictives
Les députés ont demandé au Conseil européen de réexaminer ses mesures restrictives à lencontre des personnes et des organisations au Zimbabwe, y compris celles qui sont actuellement suspendues, à la lumière de lobligation de rendre compte des actes de violence commis récemment par lÉtat, et se sont référés à la décision (PESC) 2017/288 du Conseil du 17février2017 modifiant la décision2011/101/PESC concernant des mesures restrictives à lencontre du Zimbabwe.
Accord de Cotonou
Le Parlement a rappelé au gouvernement zimbabwéen que le soutien de lUnion européenne et de ses États membres dans le cadre de laccord de Cotonou, ainsi que dans les domaines du commerce, du développement et de laide économique, est lié au respect, par le Zimbabwe, de létat de droit et des conventions et traités internationaux auxquels le pays est partie, en ce compris la déclaration des Nations unies sur les défenseurs des droits de lhomme. Le Parlement a rappelé que le soutien à long terme ne repose pas sur de simples promesses, mais sur des réformes globales, et a invité lUnion européenne à intensifier son dialogue politique avec le Zimbabwe sur les droits de lhomme sur la base de larticle 8 de laccord de Cotonou.
Recommandations de la mission dobservation électorale (MOE) de lUnion européenne
Le Parlement a invité le gouvernement à mettre pleinement en uvre les recommandations formulées par la mission dobservation électorale de lUnion, en particulier en ce qui concerne létat de droit et un environnement politique inclusif, qui sont formulées dans la lettre du 10 octobre 2018 du chef de mission au Président Mnangagwa. Ces observations incluent (i) créer des conditions de concurrence équitables pour tous les partis politiques ; (ii) renforcer la commission électorale du Zimbabwe en la rendant réellement indépendante et transparente, de manière à restaurer la confiance dans le processus électoral ; (iii) veiller à ce que le renforcement de lindépendance de la commission électorale du Zimbabwe la protège contre toute ingérence du gouvernement dans ladoption de ses règlements ; et (iv) mettre en place un processus électoral plus ouvert.
Fermeture dInternet
La résolution a condamné la fermeture de linternet, qui a permis aux autorités de dissimuler les violations des droits de lhomme commises par larmée et les forces de sécurité nationales et dentraver le signalement et lenregistrement indépendants des violations pendant la campagne de répression et immédiatement après les élections. Elle a indiqué que la Cour suprême du Zimbabwe avait déclaré quil était illégal de recourir à la loi sur linterception des communications pour bloquer les communications en ligne. Il arrive aujourdhui au régime dinterrompre les services de télécommunications pour empêcher la coordination des manifestations organisées sur les réseaux sociaux et dempêcher laccès à linformation et aux communications et dissimuler les violations massives des droits de lhomme que lÉtat sapprêtait à commettre.
En dernier lieu, le Parlement a demandé à la délégation de lUnion européenne et aux ambassades des États membres de lUnion au Zimbabwe de continuer à suivre attentivement lévolution de la situation dans ce pays et de sappuyer sur tous les outils et instruments appropriés pour soutenir les défenseurs des droits de lhomme, les organisations de la société civile et les syndicats, pour assurer le respect des éléments essentiels de laccord de Cotonou et pour soutenir les mouvements prodémocratiques.