Résolution sur le projet de décision d’exécution de la Commission autorisant la mise sur le marché de produits contenant du maïs génétiquement modifié 4114 (DP‑ØØ4114-3), consistant en ce maïs ou produits à partir de celui-ci
Le Parlement européen a adopté par 442 voix pour, 160 contre et 20 abstentions, une résolution faisant objection au projet de décision dexécution de la Commission autorisant la mise sur le marché de produits contenant du maïs génétiquement modifié 4114 (DP‑ØØ4114-3), consistant en ce maïs ou produits à partir de celui-ci, en application du règlement (CE) nº 1829/2003 du Parlement européen et du Conseil.
La demande dautorisation de mise sur le marché a été présentée à lautorité compétente néerlandaise le 27 novembre 2014 par Pioneer Overseas Corporation, au nom de la société Pioneer Hi-Bred International Inc., établie aux États-Unis. Le 19 avril 2018, lAutorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a adopté un avis favorable à la demande.
Le maïs génétiquement modifié 4114 a été mis au point pour exprimer trois protéines insecticides (Cry1F, Cry34Ab1et Cry35Ab1), qui lui confèrent une protection contre certains parasites de lordre des lépidoptères et des coléoptères, et la protéine PAT, qui lui confère une tolérance au principe actif herbicide quest le glufosinate dammonium.
Principales observations
Manque dévaluation et de contrôle des herbicides complémentaires et de leurs résidus
Les députés considèrent que lapplication dherbicides complémentaires (en lespèce du glufosinate) fait partie dune pratique agricole régulière dans la culture de plantes résistantes aux herbicides. On peut donc sattendre à ce que celles-ci soient exposées à de plus fortes concentrations, ce qui conduira non seulement à une accumulation des résidus dans la récolte, et donc dans le produit importé, mais ce qui pourrait également avoir une incidence sur la composition de la plante génétiquement modifiée et sur ses caractéristiques agronomiques.
Lutilisation du glufosinate na pas été autorisée dans lUnion depuis le 1er août 2018, puisquil a été classé comme substance toxique pour la reproduction. Il relève dès lors des critères dexclusion énoncés dans le règlement (CE) nº 1107/2009 du Parlement européen et du Conseil concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques.
Les députés ont également souligné les points suivants :
- les informations sur la teneur en herbicides et leurs métabolites sont essentielles pour évaluer rigoureusement les risques au regard des plantes génétiquement modifiées tolérantes aux herbicides. Or, les effets de la pulvérisation dherbicides sur le maïs génétiquement modifié nont pas été évalués ;
- dans le cadre du programme pluriannuel de contrôle coordonné de lUnion pour 2019, 2020 et 2021, les États membres ne sont pas tenus danalyser les résidus de glufosinate dans le maïs importé afin de sassurer du respect des limites maximales de résidus (LMR). Il est donc impossible de garantir que les résidus de glufosinate dans le maïs génétiquement modifié 4114 satisferont aux LMR de lUnion.
Toxines Bt
Les députés ont mentionné létude scientifique de 2017 sur les risques éventuels pour la santé des toxines Bt et des résidus de la pulvérisation dherbicides complémentaires qui demande de porter une attention particulière aux résidus dherbicides et à leur interaction avec les toxines Bt. Or, lEFSA ne sest pas encore penchée sur ces questions.
Manque de légitimité démocratique
Lors du vote qui a eu lieu le 14 janvier 2019, le comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale a décidé de ne pas rendre davis, ce qui signifie que lautorisation na pas été soutenue par une majorité qualifiée dÉtats membres.
La Commission a déploré à plusieurs reprises le fait que depuis que lactuelle procédure dautorisation des OGM est entrée en vigueur, chaque décision dautorisation a été prise par la Commission sans le soutien de l'avis du comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale des États membres. Ainsi, le renvoi du dossier à la Commission pour décision finale, qui aurait dû constituer une exception, est devenu la règle dans le processus décisionnel relatif aux autorisations de denrées alimentaires et d'aliments pour animaux génétiquement modifiés.
Sur la base de ces considérations, le Parlement a estimé que la décision d'exécution de la Commission nétait pas compatible avec le droit de l'Union qui impose d'établir les bases afin d'assurer un haut niveau de protection de la vie et de la santé des personnes, de la santé et du bien-être des animaux, de l'environnement et des intérêts des consommateurs, tout en garantissant le bon fonctionnement du marché intérieur.
En conséquence, le Parlement a appelé la Commission à :
- retirer son projet de décision d'exécution;
- ne pas autoriser limportation de plantes génétiquement modifiées destinées à lalimentation humaine ou animale qui ont été rendues tolérantes à un herbicide non autorisé dans lUnion, en loccurrence le glufosinate;
- ne pas autoriser de plantes génétiquement modifiées tolérantes aux herbicides sans évaluation complète des résidus de la pulvérisation dherbicides complémentaires, de leurs métabolites et de leurs formules commerciales telles quelles sont utilisées dans les pays où ces plantes sont cultivées;
- tenir pleinement compte de lévaluation des risques liés à lutilisation dherbicides complémentaires et à leurs résidus dans lévaluation des risques relatifs aux plantes génétiquement modifiées tolérantes aux herbicides, que la plante concernée soit destinée à être cultivée dans lUnion ou quelle y soit importée comme denrée alimentaire ou aliment pour animaux;
- suspendre toute décision dexécution relative aux demandes dautorisation dorganismes génétiquement modifiés jusquà ce que la procédure dautorisation ait été révisée de manière à remédier aux lacunes de la procédure actuelle, qui sest révélée inadéquate;
- retirer les propositions relatives aux autorisations dOGM si le comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale ne rend pas davis, que ce soit à des fins de culture ou dalimentation humaine et animale.
Le Parlement a réitéré son engagement à progresser dans ses travaux sur la proposition de la Commission en vue de la modification du règlement (UE) nº 182/2011 (le règlement «comitologie»). Il a demandé au Conseil de sattacher durgence à mener à bien ses travaux liés à cette proposition de la Commission.