Résolution sur les opérations militaires de la Turquie dans le nord-est de la Syrie et leurs répercussions
Le Parlement européen a adopté une résolution sur les opérations militaires de la Turquie dans le nord-est de la Syrie et leurs répercussions. Le texte adopté en plénière avait été déposé en tant que résolution commune par les groupes PPE, S&D, Renew, Verts/ALE et GUE/NGL.
À la suite de la décision prise par Donald Trump, président des États-Unis, de retirer ses troupes du nord-est de la Syrie, la Turquie a déclenché, le 9 octobre 2019, et en violation du droit international, une invasion militaire dans des zones contrôlées par les Forces démocratiques de Syrie (FDS). Cela a entraîné un grand nombre de pertes civiles et militaires des deux côtés de la frontière ainsi que, daprès des sources de lONU, le déplacement dau moins 300.000 citoyens.
Violation du droit international
Le Parlement a condamné fermement laction militaire de la Turquie dans le nord-est de la Syrie, qui constitue une violation sévère du droit international et compromet la stabilité et la sécurité de la région dans son ensemble. Il a exhorté la Turquie à mettre un terme à son opération militaire dans le nord-est de la Syrie et à retirer toutes ses forces du territoire syrien. Il a exprimé sa solidarité avec le peuple kurde, soulignant la contribution importante des Forces démocratiques syriennes (FDS), en particulier des femmes en leur sein, en tant qualliées dans la lutte contre Daech.
Plaidant pour une réaction ferme et globale de lUnion à cette crise, les députés ont invité lUnion à entamer un dialogue avec les autorités turques en vue dobtenir rapidement une désescalade de la situation et envisager toutes les options disponibles en matière de collaboration avec ses partenaires internationaux, dans le cadre des Nations unies. Ils ont demandé à la VP/HR, tant que lopération militaire turque et la présence en Syrie se poursuivent, de lancer une initiative pour imposer à la Turquie un embargo paneuropéen total sur les armes.
Zone de sécurité contrôlée par lONU
Le Parlement a rejeté fermement les projets de la Turquie visant à établir une zone dite «de sécurité» le long de la frontière dans le nord-est de la Syrie, soulignant que tout transfert forcé de réfugiés syriens ou de personnes déplacées à lintérieur du pays dans cette région constituerait une violation grave du droit conventionnel international des réfugiés. Les députés ont exprimé leur inquiétude du fait que laccord relatif à un cessez-le-feu provisoire conclu le 17 octobre 2019 entre les États-Unis et la Turquie ne légitime loccupation turque de la «zone de sécurité» dans le nord-est de la Syrie.
Les États membres ont été invités à demander au Conseil de sécurité de lONU dadopter une résolution qui lui permette dagir de manière ciblée, dans le but détablir une zone de sécurité contrôlée par lONU dans le nord de la Syrie dans lintérêt des populations locales. La Commission devrait veiller à ce quaucun fonds de lUnion ne soit utilisé pour financer lopération militaire en cours ou pour faciliter les retours forcés de réfugiés syriens vers la prétendue «zone de sécurité».
Risque de résurgence de Daech
Le Parlement sest dit fortement préoccupé par les informations faisant état de lévasion de centaines de prisonniers membres de Daech, dont de nombreux combattants étrangers, des camps du nord de la Syrie du fait de loffensive turque, phénomène qui accroît le risque de renaissance de Daech. Il a invité les États membres de lUnion européenne à préparer des plans durgence relatifs aux menaces pour la sécurité que représente léventuel retour de combattants étrangers de lEIIL et demandé aux agences de renseignement et aux services de sécurité de redoubler de vigilance concernant un éventuel retour de combattants étrangers et de leur famille.
Sanctions ciblées
Le Parlement a salué lengagement pris par lUnion de poursuivre son aide humanitaire en faveur des voisins de la Syrie, notamment la Jordanie, le Liban, la Turquie, lIraq et lÉgypte, qui continuent daccueillir des millions de réfugiés. Il a jugé inacceptable que le président turc Recep Tayyip Erdoğan exploite les réfugiés et sen serve pour se livrer à du chantage envers lUnion.
Les députés ont appelé le Conseil à instaurer une série de sanctions ciblées et dinterdictions de visa à lencontre des hauts fonctionnaires turcs responsables des atteintes aux droits de lhomme perpétrées dans le cadre de lintervention militaire en cours et à envisager la suspension des préférences commerciales au titre de laccord sur les produits agricoles et, en dernier recours, la suspension de lunion douanière entre lUnion européenne et la Turquie.