Droits de l’homme et démocratie dans le monde et politique de l’Union européenne en la matière - rapport annuel 2018
La commission des affaires étrangères a adopté le rapport dinitiative dIsabel WISELER-LIMA (PPE, LU) sur les droits de lhomme et la démocratie dans le monde et la politique de lUnion européenne en la matière - Rapport annuel 2018.
Persistance des atteintes aux droits de lhomme
Sur un plan général, les députés ont exprimé leur profonde préoccupation face aux atteintes à la démocratie et à létat de droit dans le monde en 2018 reflétant la montée de lautoritarisme en tant que projet politique, caractérisé par le mépris des droits de lhomme, la répression des dissidences, la politisation de la justice et des élections, la restriction de lespace octroyé à la société civile ainsi que la limitation des libertés de réunion et dexpression. Ils ont exprimé leurs préoccupations quant au fait quil existe encore des régimes qui nient le principe même duniversalité des droits de lhomme consacrés par le droit international et regretté quun certain nombre de pays naient toujours pas mis de moratoire en place en ce qui concerne labolition de la peine de mort.
Le rapport a attiré lattention sur le fléau des conflits armés visant, entre autres, à lépuration ethnique, qui continuent à faire des victimes civiles et à causer des déplacements massifs de populations. Il a également dénoncé le recul du multilatéralisme et de lordre international fondé sur les règles, soulignant que les démarches adoptées dans le contexte des relations multilatérales, notamment dans le cadre de lONU, constituaient le moyen le plus efficace de trouver des solutions durables aux conflits sur la base des normes et des principes du droit international.
Les députés ont dénoncé le fait que certains gouvernements ont adopté une législation qui restreint les activités des mouvements de la société civile, notamment en interdisant les ONG ou en gelant leurs avoirs tout en déplorant le recours à des législations répressives en matière de cybersécurité et de lutte contre le terrorisme pour réprimer les défenseurs des droits de lhomme. Ils ont souligné limportance de promouvoir légalité entre les hommes et les femmes ainsi que les droits des femmes dans le monde, de respecter les droits des enfants et de lutter contre toutes les formes de mauvais traitement à leur égard et dintégrer la lutte contre la discrimination fondée sur le handicap dans laction extérieure de lUE et ses politiques daide au développement.
Les députés se sont dits profondément préoccupés par laugmentation des réactions haineuses et intolérantes visant les personnes victimes de persécution et de discrimination fondées sur lappartenance ethnique, la nationalité, la classe sociale, la caste, la religion, les convictions, la langue, lâge, le sexe, lorientation sexuelle et lidentité de genre, qui perdurent dans de nombreux pays et sociétés.
Renforcer lefficacité des politiques de lUnion en matière de droits de lhomme
Le rapport a demandé que lobjectif consistant à promouvoir les droits de lhomme et la démocratie dans le monde soit intégré à toutes les politiques de lUnion qui ont une dimension extérieure. Il a plaidé pour ladoption dun nouveau plan daction en faveur des droits de lhomme et de la démocratie pour les cinq prochaines années qui soit ambitieux, global, contraignant, et assorti dun mécanisme de suivi solide pour évaluer la mise en uvre et limpact du plan daction. Il a invité la Commission et le SEAE à faire un usage efficace des clauses relatives aux droits de lhomme dans les accords internationaux.
Élaborer des solutions pour la promotion et la protection des droits de lhomme et de la démocratie
Les députés ont invité la Commission, le SEAE et les États membres à :
- surveiller les évolutions qui ont une influence négative sur la gouvernance et lespace consacré à la société civile dans le monde, ainsi quà réagir systématiquement aux changements politiques et législatifs introduits par les gouvernements autoritaires en vue daffaiblir la gouvernance fondée sur les principes démocratiques fondamentaux et de restreindre lespace dont dispose la société civile;
- favoriser une approche de lUnion vis-à-vis des conflits et responsabilité eu égard aux violations des droits de lhomme : les députés ont invité SEAE et la Commission à inclure une stratégie ambitieuse de lutte contre limpunité dans le cadre du troisième plan daction de lUnion en faveur des droits de lhomme et de la démocratie. Ils ont recommandé la création dun observatoire européen de la prévention, de la responsabilité et de la lutte contre limpunité, ainsi que la nomination dun représentant spécial de lUnion pour le droit humanitaire international et la justice internationale. Ils ont invité tous les États membres de lUnion à respecter strictement le Code de conduite de lUnion européenne en matière dexportation darmements ;
- adopter une approche européenne stratégique, visible et efficace afin de protéger les défenseurs des droits de lhomme et à allouer des fonds suffisants à la protection des défenseurs des droits de lhomme dans les programmes thématiques pertinents de linstrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale (IVCDCI) ;
- adopter une stratégie globale en matière dégalité entre les hommes et les femmes à lexpiration de lengagement stratégique; la Commission est invitée à préparer et à adopter une communication visant à renouveler le plan daction sur légalité des sexes et lémancipation des femmes dans le cadre de la coopération au développement après 2020 ;
- prendre de nouvelles initiatives pour promouvoir et protéger les droits de lenfant, prévenir et combattre la maltraitance à leur égard dans le monde, réintégrer les enfants touchés par les conflits et leur fournir un environnement familial et social protecteur. Les députés ont réclamé que lUnion lance un mouvement international de défense des droits de lenfant;
- intensifier leur action de sensibilisation en faveur de la liberté de religion et de conviction et engager un dialogue avec les États et les représentants de la société civile et des groupes confessionnels, non confessionnels, humanistes et philosophiques, afin de prévenir les actes de violence, de persécution, dintolérance et de discrimination à légard des personnes pour des raisons de pensée, de conscience, dopinions philosophiques, de religion ou de conviction;
- mieux surveiller toutes les formes de limitations (en ligne et hors ligne) à la liberté dexpression et des médias et à condamner systématiquement ces limitations en utilisant tous les moyens et outils diplomatiques disponibles pour y mettre fin ;
- mettre en place un instrument international contraignant destiné à réglementer, dans le droit international en matière de droits de lhomme, les activités des sociétés et autres entreprises transnationales ;
- adopter une stratégie de lUnion visant à mettre les nouvelles technologies, telles que lintelligence artificielle, au service de la population et à répondre à la menace que peuvent représenter ces technologies pour les droits de lhomme, y compris en ce qui concerne la désinformation, la surveillance de masse, les fausses informations, les discours haineux.
Soulignant lurgence de sattaquer aux causes profondes des flux migratoires, les députés ont demandé que soit abordée la dimension extérieure de la crise des réfugiés, y compris en apportant des solutions durables aux conflits grâce à létablissement dune coopération et de partenariats avec les pays tiers concernés.
Enfin, soulignant que lurgence climatique et la perte massive de biodiversité font peser des menaces majeures sur la population, le rapport a mis laccent sur les obligations et les responsabilités essentielles prises au titre de lAccord de Paris de 2015 pour lutter contre les effets du changement climatique, notamment ses incidences négatives sur les droits humains.