Mise en œuvre de la politique de sécurité et de défense commune - rapport annuel 2018
La commission des affaires étrangères a adopté le rapport dinitiative dArnaud DANJEAN (PPE, FR) sur la mise en uvre de la politique de sécurité et de défense commune - rapport annuel.
Dans un contexte sécuritaire durablement incertain et imprévisible, les députés ont réaffirmé que lautonomie stratégique européenne est une ambition légitime et nécessaire et quelle doit demeurer un objectif prioritaire de la PESC et de la politique de défense européenne.
Nécessité de développer et de renforcer lautonomie stratégique européenne
Le rapport a souligné que lautonomie stratégique européenne reposait sur la faculté de lUnion à renforcer sa liberté dappréciation de sa capacité opérationnelle autonome, y compris ses forces militaires crédibles, sa capacité industrielle à produire les équipements nécessaires à ses forces et sa capacité politique de prendre les décisions lorsque les circonstances limposent. Une telle autonomie reflète lobjectif visant à assumer davantage la responsabilité de la sécurité européenne, afin de défendre ses valeurs et ses intérêts communs, avec ses partenaires pour autant que possible, et seule lorsquil le faut. Elle suppose la capacité de lUnion à évaluer une situation de crise et à prendre une décision de manière autonome, ce qui implique nécessairement un processus décisionnel indépendant et efficace, des moyens dévaluation et une liberté danalyse et daction.
Les députés sont davis que laffirmation de lautonomie stratégique européenne dépend de la mise en place dune PESC globale soutenue par des coopérations européennes de défense dans les domaines technologiques, capacitaires, industriels et opérationnels. Seules des coopérations concrètes et flexibles fondées sur des initiatives pragmatiques permettront de surmonter progressivement les difficultés, de fonder une réelle culture stratégique commune et de façonner des réponses communes adaptées aux principaux enjeux de sécurité et de défense de lUnion.
Pour accroître lautonomie stratégique de lUnion, les États membres devraient augmenter les dépenses de défense et viser un objectif de 2 % du PIB, investir de toute urgence davantage dans la sécurité et la défense, et faire en sorte que la solidarité et la coopération en matière de défense devienne la norme.
Les députés ont appelé à de mener une politique dexportation darmements restrictive pour tous les types darmes, y compris les biens à double usage. Ils ont invité les États membres à respecter le code de conduite de lUnion européenne en matière dexportation darmements.
Missions et opérations de la PSDC
Les députés estiment que lUnion doit devenir un acteur plus robuste de la gestion des crises, de la résolution des conflits et du maintien de la paix, si possible de concert avec dautres organisations régionales et internationales, comme les Nations unies et lUnion africaine, conformément à ses engagements en faveur du multilatéralisme, mais également seule lorsque la situation lexige. Ils encouragent le Service européen pour laction extérieure (SEAE) et les États membres à introduire une approche plus prospective de la planification et du développement des capacités et à anticiper les besoins futurs pour que lUnion puisse apporter une réponse forte aux crises et aux conflits.
Les États membres et les organes européens sont encouragés à maintenir un engagement prioritaire et élevé en Afrique. Le rapport a souligné lengagement global de lUnion au Sahel et dans la Corne de lAfrique au travers de six missions civiles et militaires a salué leffort entrepris pour régionaliser le fonctionnement des missions civiles au Sahel face à des défis sécuritaires qui dépassent le cadre des États où sont déployées les missions européennes. Il a réaffirmé limportance stratégique de lEurope de lEst et des Balkans occidentaux pour la sécurité et la stabilité de lUnion, et souligné la nécessité dorienter et de renforcer lengagement politique de lUnion envers cette région.
Constatant toutefois que lefficacité des missions et opérations de la PSDC dune manière générale se heurte à des faiblesses structurelles persistantes et à la réticence croissante des États membres et des institutions européennes à rendre ces missions et opérations plus robustes, les députés ont demandé la création dune solution européenne commune pour y remédier. Ils ont souligné la nécessité dévaluer régulièrement les missions et opérations afin daméliorer leur efficacité ainsi que limportance deffectuer des entraînements et exercices conjoints entre les forces armées européennes ainsi que des exercices parallèles et coordonnés entre lUnion et lOTAN. Ils ont mis en évidence limportance de réexaminer le mécanisme Athena en vue daccroître lefficacité du mécanisme de financement des opérations et missions militaires de la PSDC.
Domaine capacitaire et industriel
Le rapport a souligné que la réalisation de lautonomie stratégique européenne repose sur une augmentation des capacités des États membres et de leur budget consacré à la défense, ainsi que sur le renforcement dune base industrielle et technologique de défense européenne.
Les députés ont salué la proposition de la Commission de juin 2017 de créer un Fonds européen de la défense (FED) qui coordonnerait, compléterait et amplifierait les investissements nationaux dans la défense, encouragerait la coopération entre les États membres pour la mise au point de technologies et déquipements de défense ultramodernes et interopérables, et soutiendrait une industrie de défense innovante et compétitive dans toute lUnion, y compris les petites et moyennes entreprises transnationales. Ils ont également salué la proposition de la Commission dallouer 6,5 milliards deuros aux projets de mobilité militaire dans le prochain CFP.
Les députés ont apporté leur soutien à la mise en uvre effective dune coopération structurée permanente (CSP), étape essentielle sur la voie dune coopération renforcée en matière de sécurité et de défense entre les États membres. Ils ont également souligné la dimension stratégique du secteur spatial pour lEurope en mettant en avant la nécessité de progresser dans le développement de technologies ayant des applications tant civiles que militaires capables de garantir lautonomie stratégique européenne.
Coopérations de défense et partenariats PSDC
Après le Brexit, lUnion européenne et le Royaume-Uni continueront à partager le même environnement stratégique et à faire face aux mêmes menaces pesant sur leur paix et leur sécurité. Les députés jugent dès lors essentiel de maintenir une coopération solide, étroite et privilégiée en matière de défense et de sécurité entre lUnion européenne et le Royaume-Uni après le Brexit.
En outre, rappelant le rôle fondamental de lOTAN dans la défense collective, les députés sont convaincus que le partenariat stratégique entre lUnion et lOTAN est essentiel pour faire face aux défis sécuritaires auxquels lEurope et son voisinage sont confrontés. La coopération entre lUnion et lOTAN devrait tenir pleinement compte des spécificités et des rôles de chacune de ces deux organisations et se poursuivre dans le plein respect des principes dinclusion, de réciprocité et dautonomie décisionnelle des deux organisations.
Cadre institutionnel
Les députés ont accueilli favorablement lannonce de la création, au sein de la Commission européenne, dune direction générale de lindustrie de la défense et de lespace, placée sous la responsabilité du commissaire au marché intérieur. Ils se sont par ailleurs engagés à assurer un suivi et un contrôle parlementaires étroits des missions, des instruments et des initiatives en matière de défense européenne.
Ils ont demandé que soient prises des mesures progressives en vue dune politique de défense commune et, en fin de compte, que soit mise en place une défense commune. Ils ont appelé de leurs vux la rédaction dune stratégie européenne de défense ainsi que lélaboration dun Livre blanc de lUnion européenne sur la sécurité et la défense qui constituerait un outil stratégique essentiel pour renforcer la gouvernance de la politique de défense de lUnion.