Résolution sur «Une fiscalité équitable dans une économie numérisée et mondialisée: BEPS 2.0»
Le Parlement européen a adopté par 479 voix pour, 141 contre et 69 abstentions, une résolution déposée par la commission des affaires économiques et monétaires sur «Une fiscalité équitable dans une économie numérisée et mondialisée: BEPS 2.0».
Contexte
Les députés ont rappelé quà la suite de la crise financière de 2008-2009 et dune série de révélations, par des journalistes et des organisations de la société civile, concernant des pratiques dévasion fiscale, de planification fiscale agressive et de blanchiment de capitaux, les pays du G20 sont convenus daborder ces questions à léchelon mondial au niveau de lOCDE en sappuyant sur le projet concernant lérosion de la base dimposition et le transfert de bénéfices (BEPS), qui a ensuite conduit à la mise en place du plan daction BEPS.
Le plan daction a suscité un consensus mondial sur de nombreux aspects en matière de lutte contre la fraude fiscale mais aucun accord été trouvé pour relever les défis fiscaux découlant de la numérisation de léconomie, doù la publication, en 2015, dun rapport final distinct sur laction 1 du projet BEPS
Le Parlement a demandé à de nombreuses reprises une réforme du système international dimpôt sur les sociétés pour lutter contre la fraude et lévasion fiscales et relever les défis que présente la taxation de léconomie numérique. Il a demandé à la Commission et aux États membres darrêter une position européenne commune au niveau de lOCDE/du G20 ou dagir à léchelon de lUnion européenne sil nétait pas possible de dégager un accord international.
En 2018, au cours des négociations visant à parvenir à un accord international, la Commission a présenté deux propositions sur la taxation de léconomie numérique. Le Parlement européen a soutenu ces propositions, mais elles nont pas été adoptées par le Conseil en raison de lopposition dun petit nombre dÉtats membres qui a fait obstacle à un accord à lunanimité.
En 2019, lOCDE a adopté un programme de travail en vue de parvenir à un consensus - qui a été approuvé par le G20 - dans loptique de parvenir à un accord dici la fin de lannée 2020. Il a été proposé de regrouper les propositions relatives aux manières de relever les défis de la numérisation en deux piliers: le Pilier 1 se penche sur lallocation des droits dimposition au moyen dune révision des règles relatives au lien et à la répartition des bénéfices, tandis que le Pilier 2 traite des autres questions liées à lérosion de la base dimposition et au transfert de bénéfices en mettant en place des mesures destinées à garantir un niveau minimal de taxation.
LUE doit sengager dans les efforts internationaux visant à mieux taxer l'économie numérique
Le Parlement a pris acte des progrès amenés par le plan daction BEPS et sa mise en uvre par lUnion au moyen de la directive sur la lutte contre lévasion fiscale (ATAD) mais a relevé que certains problèmes, liés notamment à la mondialisation et à la numérisation de léconomie, ne sont toujours pas réglés.
Déplorant labsence dapproche commune de lUnion dans les négociations en cours à léchelon international, le Parlement a invité chaque État membre et la Commission à rendre publiques leurs positions sur les propositions du secrétariat de lOCDE relatives au Pilier 1 et au Pilier 2 et à se mettre daccord sur une position commune et ambitieuse de lUnion pour les négociations de lOCDE, en veillant à ce que lUnion donne lexemple pour garantir une répartition plus équitable des droits dimposition et un niveau minimal dimposition, en permettant léquité dans lenvironnement fiscal international afin de lutter contre la fraude fiscale, la planification fiscale agressive et lévasion fiscale.
Le Parlement a encouragé la Commission et les États membres à parvenir à un accord au niveau international, qui serait alors transposé au niveau de lUnion par la législation européenne et nationale pertinente. Il a également apporté son soutien à lengagement pris par la présidente de la Commission de proposer une solution à léchelle de lUnion si un accord international ne devait pas être atteint dici fin 2020, à condition que cette solution de lUnion ne se limite pas aux entreprises numériques.
Les députés ont rappelé que la réforme de limpôt sur les sociétés en cours au niveau international se composait de deux piliers dégale importance et que ces deux piliers devaient être négociés en tant quensemble unique de réformes nécessaires. Ils ont invité la Commission et le Conseil à préparer la base juridique pour intégrer les résultats dun accord international dans le droit de lUnion et à présenter dès que possible une proposition législative correspondante.
Champ dapplication de la réforme
Le Parlement a souligné que les défis fiscaux auxquels est actuellement confronté le système fiscal international ne sont pas seulement dus à la numérisation de léconomie mais sont aussi liés à la mondialisation croissante de léconomie. Cest pourquoi la réforme, tout en évitant de faire peser de nouvelles charges supplémentaires et inutiles sur les PME, devrait couvrir toutes les grandes entreprises qui ont la possibilité de se lancer dans des pratiques en matière dérosion de la base dimposition et de transfert de bénéfices en ayant recours à des mécanismes de planification fiscale dans plusieurs États membres et dans des pays tiers.
Les députés ont recommandé, comme base, que les bénéfices dexploitation proviennent des comptes financiers consolidés, après une analyse de faisabilité.
De plus, alors que la proposition actuelle de lOCDE prévoit lexclusion de secteurs spécifiques, tels que lindustrie extractive et le secteur des produits de base, le Parlement a demandé à la Commission dinclure ces exclusions dans son analyse dimpact, notamment pour garantir que la réforme internationale respecte la cohérence des politiques européennes au service du développement.
Les députés ont invité lOCDE à établir des distinctions claires entre les secteurs et les tailles dentreprise dans sa proposition. Selon eux, le cadre fiscal devrait être en mesure de trouver un équilibre entre les différentes situations, notamment les rentes de monopole et les entreprises innovatrices à forte croissance.