Mise en œuvre de la politique de sécurité et de défense commune - rapport annuel 2018
Le Parlement européen a adopté par 496 voix pour, 113 voix contre et 103 abstentions, une résolution sur la mise en uvre de la politique de sécurité et de défense commune - rapport annuel.
Détérioration du contexte sécuritaire européen
Le Parlement a pris note de la dégradation durable du contexte sécuritaire de lUnion européenne, confrontée à une multitude de défis qui affectent la sécurité de ses États membres et de ses citoyens.
Les députés ont souligné lintérêt de lUnion européenne de sengager activement dans son voisinage, estimant que linstabilité aux frontières de lUnion et dans son voisinage proche (Afrique du Nord, Proche-Orient, Caucase, Balkans, Méditerranée orientale, agression russe contre lUkraine et la Géorgie, etc.) ainsi que dans son voisinage plus lointain (Sahel, Corne de lAfrique, etc.) représentaient une menace directe et indirecte pour la sécurité du continent.
Certains acteurs mondiaux (États-Unis, Chine, Russie) mais aussi un nombre croissant dacteurs régionaux (Turquie, Iran, Arabie saoudite, etc.) sont dans des logiques daffirmation de puissance combinant des postures diplomatiques unilatérales, des renversements dalliances, des activités déstabilisatrices et des capacités militaires croissantes. Les députés ont déploré que certains de ces acteurs contournent délibérément, voire tentent de détruire, les mécanismes multilatéraux, les principes de la charte des Nations unies et les dispositions pertinentes du droit international, qui sont indispensables au maintien de la paix.
Le Parlement a estimé que lUnion avait tardé à réagir, politiquement, diplomatiquement et militairement, aux nouvelles crises et à ce nouveau contexte international. Dans le domaine spécifique de la défense, les investissements insuffisants, le manque de capacités et dinteropérabilité mais aussi la réticence politique à mettre en uvre les dispositions pourtant prévues par les traités européens ont empêché lUnion de jouer un rôle décisif dans les crises extérieures et dexploiter pleinement son potentiel.
Soulignant quaucun pays nest en mesure daffronter seul les défis de sécurité qui se posent au continent européen et à son environnement proche, le Parlement a demandé au Conseil européen que le recours au vote à la majorité qualifiée au Conseil dans le domaine de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) devienne une priorité politique, lorsque le traité sur lUnion européenne (traité UE) le permet.
Nécessité de développer et de renforcer lautonomie stratégique européenne
Les députés ont réaffirmé que lautonomie stratégique européenne est une ambition légitime et nécessaire et quelle doit demeurer un objectif prioritaire de la PESC et de la politique de défense européenne. Laffirmation de lautonomie stratégique européenne dépend de la mise en place dune PESC globale soutenue par des coopérations européennes de défense dans les domaines technologiques, capacitaires, industriels et opérationnels.
Selon les députés, lautonomie stratégique européenne devrait :
- reposer dabord sur la capacité de lUnion à évaluer une situation de crise et à prendre une décision de manière autonome, ce qui implique nécessairement un processus décisionnel indépendant et efficace, des moyens dévaluation et une liberté danalyse et daction;
- se fonder sur la capacité de lUnion à agir seule lorsque ses intérêts sont en jeu (théâtres dopérations considérés comme prioritaires par les États membres de lUnion) ou dans le cadre darrangements de coopérations existants;
- sinscrire dans un cadre multilatéral qui respecte les engagements au sein de lONU et complète et renforce les alliances et les partenariats auxquels la plupart des États membres ont adhéré;
- ne pas prédisposer lUnion à agir systématiquement seule, en tout lieu et en tout temps.
Pour accroître lautonomie stratégique de lUnion, les États membres devraient augmenter les dépenses de défense et viser un objectif de 2 % du PIB, investir de toute urgence davantage dans la sécurité et la défense, et faire en sorte que la solidarité et la coopération en matière de défense devienne la norme.
Missions et opérations de la PSDC
Les députés estiment que lUnion doit devenir un acteur plus robuste de la gestion des crises, de la résolution des conflits et du maintien de la paix, si possible de concert avec dautres organisations régionales et internationales, comme les Nations unies et lUnion africaine, mais également seule lorsque la situation lexige.
LUnion est actuellement présente sur trois continents, où sont déployées seize missions civiles ou militaires. Tout en reconnaissant la contribution de ces missions à la paix, à la sécurité et à la stabilité internationales, le Parlement a souhaité promouvoir lobjectif consistant à atteindre un niveau plus élevé defficacité des missions de la PSDC et a demandé aux États membres daccroître leurs contributions. Il a encouragé le Service européen pour laction extérieure (SEAE) à introduire une approche plus prospective de la planification et du développement des capacités et à anticiper les besoins futurs pour que lUnion puisse apporter une réponse forte aux crises et aux conflits.
Les États membres et les organes européens ont été encouragés à maintenir un engagement prioritaire et élevé en Afrique, notamment au Sahel et dans la Corne de lAfrique au travers de lengagement de six missions civiles et militaires. Limportance stratégique de lEurope de lEst et des Balkans occidentaux pour la sécurité et la stabilité de lUnion a été réaffirmée.
Domaine capacitaire et industriel
La résolution a souligné que la réalisation de lautonomie stratégique européenne reposait sur une augmentation des capacités des États membres et de leur budget consacré à la défense, ainsi que sur le renforcement dune base industrielle et technologique de défense européenne.
Les députés ont salué la proposition de la Commission de juin 2017 de créer un Fonds européen de la défense (FED). Ils ont apporté leur soutien à la mise en uvre effective dune coopération structurée permanente (CSP), étape essentielle sur la voie dune coopération renforcée en matière de sécurité et de défense entre les États membres. Ils ont également souligné la dimension stratégique du secteur spatial pour lEurope.
Coopérations de défense et partenariats PSDC
Les députés ont jugé essentiel de maintenir une coopération solide, étroite et privilégiée en matière de défense et de sécurité entre lUnion européenne et le Royaume-Uni après le Brexit.
Rappelant le rôle fondamental de lOTAN dans la défense collective, ils ont insisté sur le rôle essentiel du partenariat stratégique entre lUnion et lOTAN pour faire face aux défis sécuritaires auxquels lEurope et son voisinage sont confrontés. La coopération entre lUnion et lOTAN devrait tenir pleinement compte des spécificités et des rôles de chacune de ces deux organisations et se poursuivre dans le plein respect des principes dinclusion, de réciprocité et dautonomie décisionnelle des deux organisations.
Cadre institutionnel
Le Parlement a demandé que soient prises des mesures progressives en vue dune politique de défense commune et, en fin de compte, que soit mise en place une défense commune. Il sest par ailleurs engagé à assurer un suivi et un contrôle parlementaires étroits des missions, des instruments et des initiatives en matière de défense européenne. Il a appelé de ses vux la rédaction dune stratégie européenne de défense ainsi que lélaboration dun Livre blanc de lUnion européenne sur la sécurité et la défense qui constituerait un outil stratégique essentiel pour renforcer la gouvernance de la politique de défense de lUnion.