Protection des intérêts financiers de l'Union européenne - lutte contre la fraude - rapport annuel 2018
Le Parlement européen a adopté par 421 voix pour, 167 contre et 93 abstentions, une résolution sur la protection des intérêts financiers de lUnion européenne - lutte contre la fraude - rapport annuel 2018.
Détection et signalement des irrégularités
Le Parlement a constaté que le nombre total des irrégularités frauduleuses et non frauduleuses signalées en 2018 (11.638 cas) avait baissé de 25 % par rapport à 2017 (15.213 cas) et que la valeur en question est restée stable par rapport à lannée précédente (2,5 milliards dEUR en 2018 contre 2,58 milliards dEUR en 2017).
Si le nombre dirrégularités frauduleuses signalées en 2018 (1.152 cas) est demeuré stable par rapport à 2017, les députés ont toutefois déploré que les montants concernés aient augmenté de 183 %, laugmentation étant due, dans une large mesure, à deux irrégularités frauduleuses concernant les dépenses de la politique de cohésion. Ils ont insisté sur la nécessité de récupérer ces montants élevés dans les meilleurs délais.
La Commission a été invitée à élaborer une méthodologie pour améliorer la fiabilité et fournir des estimations plus précises de lampleur de la fraude dans lUnion. Le Parlement a également déploré que de nombreux États membres ne disposent pas dune législation spécifique en matière de la lutte contre la criminalité organisée. Il a invité les États membres à coopérer plus étroitement en ce qui concerne léchange dinformations.
Le Parlement a condamné le détournement à grande échelle des Fonds structurels et dinvestissement européens par de hauts fonctionnaires dÉtat en République tchèque et par dautres acteurs publics en Hongrie, en Grèce, en Pologne, en Roumanie et en Italie. Il a également condamné le détournement des Fonds de cohésion.
Rappelant les exigences en matière de transparence pour la PAC et les politiques de cohésion, les députés ont invité les États membres à publier les listes des principaux bénéficiaires de chaque fonds dans chaque État membre. Ils ont également invité la Commission de proposer un mécanisme de plainte spécifique au niveau de lUnion visant à soutenir les agriculteurs confrontés, par exemple, à des pratiques abusives daccaparement des terres ou à des pressions de la part de structures ou dorganisations criminelles.
Recettes - recettes propres
Le Parlement a noté la hausse de 1 % du nombre de cas de fraude enregistrés pour les ressources propres traditionnelles collectées (473 en 2018), et déploré la hausse de 116 % des montants financiers concernés. Il sest dit préoccupé par le fait que, selon les estimations de la Commission, lécart de TVA en 2018 sélevait à quelque 130 milliards dEUR, ce qui représente quelque 10 % du montant total escompté des recettes de TVA. Le coût des affaires de fraude à la TVA intracommunautaire sélèverait à environ 50 milliards dEUR par an.
Le Parlement a réaffirmé sa position selon laquelle les compétences de lOffice européen de lutte antifraude (OLAF) dans le domaine des enquêtes relatives à la TVA ne devraient en aucun cas être limitées ou soumises à toute autre condition administrative. Il a demandé à la Commission de rendre compte annuellement du montant des ressources propres de lUnion récupérées à la suite des recommandations formulées par lOLAF et de communiquer les montants restant à récupérer.
Dépenses
Les députés ont pris acte de la diminution de 3 % du nombre de cas (679) signalés comme des irrégularités frauduleuses en 2018 concernant les dépenses. Ils ont toutefois souligné le taux alarmant de la tendance inverse dans les montants financiers concernés (1,032 milliard dEUR), soit une augmentation de 198 %. Ils ont insisté sur limportance de la gestion respective et de la surveillance étroite des subventions distribuées au titre des programmes des Fonds ESI à des fins de budgétisation efficace non inflationniste des fonds et dévitement de la fraude.
La stratégie anti-fraude de la Commission
Le Parlement sest félicité de ladoption, en avril 2019, de la stratégie anti-fraude de la Commission qui a été adaptée à la suite de la directive relative à la lutte contre la fraude portant atteinte aux intérêts financiers de lUnion au moyen du droit pénal (directive PIF) et du règlement portant création du Parquet européen.
Les députés ont rappelé la nécessité dassurer une coopération étroite et efficace entre lOLAF et le Parquet européen. Ils ont déploré que seuls 12 États membres aient pour linstant mis en uvre la nouvelle directive PIF, que huit autres laient partiellement mis en uvre et que les États membres restants ne laient pas encore fait. Ils ont demandé à la Commission de suivre de près le processus de transposition dans tous les États membres et de lancer des procédures dinfraction le cas échéant.
Déplorant que seuls 11 États membres aient adopté une stratégie nationale de lutte contre la fraude (NAFS), les députés ont invité la Commission à considérer ladoption des stratégies nationales de lutte contre la fraude comme une condition daccès aux fonds européens.
Le Parlement a également souligné que le sous-financement et le manque de personnel du Parquet européen pendant sa phase de développement était inacceptable. Déplorant que les ressources nécessaires aient été largement sous-estimées par la Commission, il a demandé aux États membres de nommer des procureurs à plein temps dans les meilleurs délais et encouragé la Commission à présenter un projet de budget rectificatif.
Domaines damélioration
Le Parlement a insisté sur deux domaines damélioration:
1) la Commission et les États membres devraient renforcer leur capacité analytique afin de mieux identifier les données relatives aux types de fraude, aux profils des fraudeurs ainsi quaux vulnérabilités des systèmes de contrôle interne de lUnion;
2) lévaluation et la gestion des risques de fraude devraient faire lobjet dune coordination et dun suivi solides.
La Commission a été invitée à :
- mettre au point une approche systématique pour répondre au phénomène du « pantouflage »;
- envisager la création dun réseau dautorités chargées de la prévention de la corruption au sein de lUnion européenne et à mettre en place un mécanisme dévaluation interne de la corruption pour les institutions de lUnion;
- élaborer une stratégie paneuropéenne visant à prévenir, en amont, les conflits dintérêts de tous les acteurs financiers qui mettent en uvre le budget de lUnion;
- adopter de nouvelles initiatives pour mesurer lécart en matière de droits de douane et élaborer une méthodologie efficace pour ce type de mesure;
- adapter les contrôles douaniers aux nouveaux risques de fraude ainsi quà lexpansion rapide du commerce transfrontalier, à laquelle contribuent le commerce électronique et les opérations dématérialisées.