Création d’un mécanisme de l’Union pour la démocratie, l’état de droit et les droits fondamentaux
Le Parlement européen a adopté par 521 voix pour, 152 contre et 21 abstentions, une résolution sur la création dun mécanisme de lUnion pour la démocratie, létat de droit et les droits fondamentaux.
Absence doutils pour garantir le respect des valeurs de lUnion
Les députés ont rappelé que la décennie qui vient de sachever a été marquée par des attaques flagrantes contre les valeurs de lUnion. Les droits des groupes vulnérables, comme les femmes, les personnes handicapées, les Roms, les personnes LGBTI et les personnes âgées, ainsi que les droits des minorités ne sont toujours pas pleinement respectés dans certains États membres.
Face à une crise sans précédent et grandissante concernant ses valeurs fondatrices, qui met en péril la survie à long terme de lUE en tant que projet de paix démocratique, le Parlement sest dit profondément inquiet de la montée et de lenracinement des tendances autocratiques et illibérales, qui sont encore aggravées par la pandémie de COVID-19 et la récession économique, ainsi que de la corruption, de la désinformation et de la capture de lÉtat, et ce dans plusieurs États membres.
Le Parlement a rappelé que les critères dadhésion à lUnion exigeaient que tout pays candidat soit doté dinstitutions stables garantissant la démocratie, létat de droit, les droits de lhomme, le respect des minorités et leur protection, conformément valeurs consacrées par larticle 2 du traité sur lUnion européenne. Toutefois, lUnion ne dispose pas doutils efficaces pour garantir le respect de ces critères une fois que lÉtat est devenu membre de lUnion.
Les députés ont noté dans ce contexte que lincapacité du Conseil à appliquer larticle 7 du traité sur lUnion européenne dans la pratique ouvrait la porte à la poursuite du non-respect des valeurs de lUnion européenne.
En vue de répondre à la crise des valeurs de lUnion et de rétablir la confiance mutuelle entre les États membres, la résolution a dès lors souligné lurgence pour lUnion délaborer un programme solide, global et positif de protection et de renforcement effectifs de la démocratie, de létat de droit et des droits fondamentaux pour tous ses citoyens, tout en insistant sur le fait que lUnion devait continuer à défendre la liberté et la justice en Europe et dans le monde.
Création dun mécanisme de lUnion
Afin de remédier à labsence dun mécanisme global de suivi de létat de la démocratie, de létat de droit, des droits fondamentaux et de toutes les autres valeurs de lUnion et compte tenu de la nécessité de traiter tous les États membres de la même manière et sur la base de critères transparents et clairs, le Parlement a proposé que la Commission, le Conseil et le Parlement mettent conjointement en place un mécanisme de suivi annuel de lattachement des États membres aux valeurs de lUnion en concluant un accord interinstitutionnel à cet effet.
Laccord interinstitutionnel proposé vise à définir des modalités de promotion et de renforcement du respect des valeurs de lUnion par une coordination et une coopération entre le Parlement, le Conseil et la Commission. Cela impliquerait :
Un cycle de suivi annuel
Un cycle de suivi annuel dans tous les domaines des valeurs de lUnion consisterait en i) une étape préparatoire, ii) la publication dun rapport de suivi annuel sur les valeurs de lUnion, comprenant des recommandations spécifiques à chaque État membre, et iii) une étape de suivi.
Un groupe de travail interinstitutionnel permanent, assisté par un groupe dexperts indépendants travaillant en coopération avec lAgence des droits fondamentaux de lUnion européenne, faciliterait la coordination entre les trois institutions dans le cadre du cycle de suivi annuel et informerait régulièrement le public de ses travaux.
Le rapport annuel devrait décrire tant les évolutions positives que négatives dans le domaine des valeurs de lUnion dans les États membres. Il devrait être impartial, se fonder sur des preuves recueillies de manière objective et respecter légalité de traitement entre tous les États membres.
Au plus tard deux mois après la date de publication du rapport annuel, le Parlement et le Conseil devraient adopter des positions sur le rapport annuel au moyen de résolutions et de conclusions.
Sur la base des conclusions du rapport annuel, la Commission engagerait, de sa propre initiative ou à la demande du Parlement européen ou du Conseil, un dialogue avec un ou plusieurs États membres, dans le but de faciliter la mise en uvre des recommandations. Elle devrait rendre compte au Parlement européen et au Conseil, à intervalles réguliers, de lavancement du dialogue.
Les trois institutions devraient tenir compte des conclusions du rapport annuel lors de létablissement des priorités de financement et sengager à ce que les rapports annuels orientent leurs actions relatives aux valeurs de lUnion.
La Commission pourrait, de sa propre initiative ou à la demande du Parlement européen ou du Conseil, rédiger un rapport urgent lorsque la situation dans un ou plusieurs États membres laisse présager une atteinte imminente et grave aux valeurs de lUnion.
La prise en compte de la complémentarité avec dautres instruments
Le projet daccord interinstitutionnel proposé prend également en compte les mécanismes et procédures de protection et de promotion des valeurs de lUnion, en particulier la procédure visée à larticle 7 du traité UE, les procédures dinfraction et le projet de règlement relatif à la protection du budget de lUnion en cas de défaillance généralisée de létat de droit dans un État membre.
Afin déviter tout chevauchement et de veiller à ce que toutes les mesures prises à lencontre dÉtats membres sappuient sur la même base, le Parlement a proposé que le rapport annuel serve de base à la décision dengager ou non la procédure prévue à larticle 7 du traité UE et à lévaluation du caractère approprié de tout autre instrument, y compris sur le plan de la conditionnalité budgétaire.
Le Parlement a appelé de nouveau à faire en sorte que les violations systémiques des valeurs visées à larticle 2 du traité sur lUnion européenne soient considérées comme incompatibles avec les financements de lUnion. Il a également souligné la nécessité, pour protéger le budget de lUnion, de recourir à la majorité qualifiée inversée, sans laquelle lefficacité du nouveau mécanisme de conditionnalité budgétaire se trouverait compromise.