Mise en œuvre du mandat d'arrêt européen et des procédures de remise entre États membres
Le Parlement européen a adopté par 444 voix pour, 139 contre et 106 abstentions, une résolution sur la mise en uvre du mandat darrêt européen et des procédures de remise entre États membres.
Évaluation générale de la mise en uvre du mandat darrêt européen
Les députés ont reconnu que le mandat darrêt européen était un instrument efficace pour combattre la criminalité transfrontière et pour traduire en justice les auteurs dinfractions pénales graves au sein de lÉtat membre dans lequel des procédures pénales ont été engagées ou sont en cours. Il a favorisé le maintien de lespace de liberté, de sécurité et de justice et a considérablement facilité la coopération en matière de remises.
Toutefois, certains problèmes se posent et font apparaître la nécessité de renforcer et daméliorer le mandat darrêt européen pour le rendre plus efficace, plus immédiat et plus respectueux des décisions des tribunaux nationaux.
Les problèmes rencontrés concernent principalement i) les conditions de détention et dincarcération, ii) la proportionnalité, iii) la mise en uvre dans les procédures relatives au mandat darrêt européen des garanties procédurales inscrites dans le droit de lUnion, en particulier le droit de double représentation en justice dans les États tant dexécution que démission, ainsi que iv) la formation, v) les questions spécifiques détat de droit, vi) lexécution des peines privatives de liberté, vii) les délais et viii) les décisions par contumace.
Les députés ont recommandé de ne pas employer abusivement le mandat darrêt européen pour des infractions mineures, lorsquil nexiste pas de motifs de détention provisoire tout en suggérant de limiter le recours au mandat darrêt européen aux infractions pénales graves, lorsque cela savère strictement nécessaire et proportionné.
Recommandations pour améliorer le fonctionnement du mandat darrêt européen
Le Parlement a formulé en particulier les recommandations suivantes :
- collecter des données fiables et à jour et les transmettre à la Commission de manière systématique de façon à mieux évaluer la coopération judiciaire et détecter les faiblesses;
- renforcer le principe de coopération loyale et clarifier la question de la double incrimination : la reconnaissance mutuelle devrait être automatique, sans réévaluation des motifs daccusation au fond, et il conviendrait de ne pas refuser les décisions, sauf sil existe des raisons dinvoquer lun des motifs de refus énumérés dans la décision-cadre relative au mandat darrêt européen;
- veiller au respect des droits fondamentaux et procéduraux des suspects et des prévenus et accusés dans les poursuites en garantissant la pleine application des directives relatives aux droits procéduraux;
- procéder à une analyse des infractions communes entre les États membres afin de mieux définir quand il convient de recourir au mandat darrêt européen;
- évaluer lajout de nouvelles infractions ou catégories dinfractions, telles que les infractions contre lenvironnement, certaines formes de fraude fiscale, les infractions motivées par la haine, les abus sexuels, les violences sexistes, les infractions commises au moyen doutils numériques, les infractions impliquant le recours à la violence ou constituant une menace grave contre lordre public des États membres, les crimes de génocide, les crimes contre lhumanité et les crimes de guerre;
- sagissant du seuil de peine prévu par la décision-cadre relative au mandat darrêt européen, évaluer la possibilité dabaisser le seuil de trois ans pour certaines infractions telles que la traite dêtres humains, lexploitation sexuelle denfants et la pédopornographie;
- définir plus précisément les obligations et compétences des autorités nationales et des instances de lUnion participant aux procédures relatives au mandat darrêt européen et veiller à ce quelles soient spécialisées et fortes dune expérience pratique;
- assurer une application uniforme et un suivi efficace en matière de délais;
- prévoir un financement suffisant pour laide juridictionnelle apportée aux personnes sous le coup de procédures de mandat darrêt européen;
- soutenir le Réseau européen de formation judiciaire et les plateformes nationales de formation existantes pour les magistrats, ainsi que lancer, si nécessaire, une nouvelle plateforme de formation à destination des praticiens consacrée aux instruments de reconnaissance mutuelle.
Droits fondamentaux
Le Parlement a demandé aux États membres de respecter les obligations découlant de larticle 2 du traité UE en matière de dignité humaine, de liberté, de démocratie, dégalité, détat de droit et de droits de lhomme, y compris les droits des personnes appartenant à des minorités. Toute personne recherchée sous le coup dun mandat darrêt européen, qui voit violés ses droits et libertés garantis par le droit de lUnion devrait avoir le droit à un recours effectif devant un tribunal.
Tout en réaffirmant limportance dun mécanisme de lUnion pour la démocratie, létat de droit et les droits fondamentaux, les députés ont invité la Commission à étudier la faisabilité dinstruments complémentaires en matière de droits procéduraux, concernant par exemple ladmissibilité des preuves et les conditions de détention provisoire, fondés notamment sur les normes du Conseil de lEurope.
Les députés ont également demandé à la Commission de tirer parti des possibilités de financement allouées au titre des fonds structurels de lUnion pour moderniser les établissements de détention.
Assurer la cohérence du cadre juridique du mandat darrêt européen
Les députés estiment que la cohérence et lefficacité demeurent les principaux problèmes, et quune amélioration à cet égard reste possible. Ils invitent la Commission à assurer la cohérence en matière de reconnaissance mutuelle, afin de tenir compte de la jurisprudence de la Cour de justice de lUE, du niveau actuel dharmonisation du droit pénal et des procédures pénales des États membres, ainsi que des droits fondamentaux reconnus par la charte des droits fondamentaux.