Rapport sur la mise en œuvre de l’article 43 de la directive 2013/32/UE relative à des procédures communes pour l’octroi et le retrait de la protection internationale
Le Parlement européen a adopté par 505 voix pour, 124 contre et 55 abstentions, une résolution sur la mise en uvre de larticle 43 de la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil relative à des procédures communes pour loctroi et le retrait de la protection internationale.
Larticle 43 de la directive 2013/32/UE sur les procédures dasile établit les procédures à la frontière comme une possibilité à laquelle les États membres peuvent avoir recours dans le cadre du fonctionnement du régime dasile européen commun. Lorsquune demande dasile est présentée à la frontière ou dans une zone de transit, les États membres peuvent, sous certaines conditions, examiner la demande dans ces lieux.
Objet de la résolution
Les procédures à la frontière jouent un rôle essentiel dans la proposition relative au pacte sur la migration et lasile. Or, malgré lobligation légale dinformation qui lui incombe, la Commission na jamais présenté de rapport sur la mise en uvre de la directive sur les procédures dasile.
La présente résolution ne vise ni à remplacer le rapport complet sur la mise en uvre de la directive sur les procédures dasile que la Commission aurait dû réaliser, ni à évaluer les incidences des nouvelles propositions de cette dernière. Elle vise plutôt à apporter un éclairage sur la mise en uvre par les États membres des procédures à la frontière au titre de la directive sur les procédures dasile ainsi que sur les problèmes et les lacunes existants.
Réaffirmant limportance dune approche fondée sur des données probantes permettant dorienter lélaboration des politiques, le Parlement a demandé aux États membres de recueillir des données statistiques sur: i) le nombre de demandes examinées dans le cadre de procédures à la frontière et la catégorie des demandeurs concernés; ii) les types de motifs invoqués pour le recours à la procédure à la frontière et leur fréquence; iii) lissue des procédures à la frontière, tant en première instance quen appel, et iv) le nombre et les catégories de personnes qui ne sont pas dirigées vers la procédure à la frontière.
Les procédures à la frontière sont mal définies
La Parlement rappelle que les procédures à la frontière constituent une exception à la règle selon laquelle les demandeurs dasile ont le droit dentrer sur le territoire dun État membre. La transposition et lapplication des procédures aux frontières dans le cadre de la directive varient dun État membre à lautre, ce qui entraîne un manque duniformité dans lUnion et soulève des inquiétudes quant à leur application, en particulier en ce qui concerne les droits fondamentaux et les garanties procédurales.
Étant donné que lapplication des procédures à la frontière reste à la discrétion des États membres, les députés ont réaffirmé que si les États membres appliquent des procédures à la frontière, ils devraient prévoir des conditions garantissant une procédure équitable et adéquate, ainsi quune information rapide et claire des demandeurs dune procédure internationale sur son issue.
La rétention comme règle dans les procédures à la frontière
Les procédures à la frontière reposent souvent sur la fiction juridique de labsence dentrée, partant du principe que la procédure a lieu avant une décision sur le droit dun demandeur dentrer sur le territoire dun État membre ou dans le cadre dune telle décision. Les députés ont toutefois fait observer que tous les États membres examinés par le service de recherche du Parlement européen (EPRS) dans son évaluation de la mise en uvre européenne placent les demandeurs dasile en rétention dans le cadre des procédures à la frontière.
Le Parlement a réaffirmé que, conformément à la directive relative aux conditions daccueil, les États membres ne peuvent pas placer une personne en rétention au seul motif quelle est un demandeur et que les demandeurs ne peuvent être placés en rétention que dans des circonstances exceptionnelles très clairement définies. Il est également préoccupé par le fait que certains États membres placent les demandeurs dasile en rétention dans le cadre des procédures à la frontière sans disposer dune base juridique pertinente, car cela peut donner lieu à des garanties insuffisantes au regard des droits fondamentaux. Les États membres sont encouragés à prendre les mesures nécessaires pour faire en sorte que des solutions de substitution à la détention soient disponibles.
Refus dentrée
Les récentes conclusions de la lAgence des droits fondamentaux (FRA) montrent que le nombre de cas présumés de violations des droits fondamentaux signalés aux frontières extérieures a considérablement augmenté ces dernières années. Cela inclut de nombreux cas de refus dentrée sans enregistrement de la demande dasile, y compris dans le cadre des procédures à la frontière.
Pour prévenir de telles pratiques illégales et veiller à ce que les États membres respectent le droit de lUnion et le droit international aux frontières extérieures, le Parlement a suggéré de mettre en place des mécanismes de contrôle indépendants. Ainsi, les États membres devraient être tenus daccorder aux organes de contrôle laccès aux installations frontalières en vue de garantir la protection effective des droits fondamentaux et la notification systématique des violations. Le contrôle indépendant devrait également vérifier la qualité du processus décisionnel et de ses résultats, ainsi que les conditions de rétention et le respect des garanties procédurales.
Évaluation de la vulnérabilité
Le Parlement a invité les États membres à veiller à ce que tous les demandeurs nécessitant des garanties procédurales spéciales soient effectivement identifiés et aient pleinement accès à ces garanties et à un soutien. Une attention particulière devrait être accordée aux victimes de tortures, de viols ou dautres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle ou liée au genre ainsi quaux enfants, notamment les victimes de traite. Les mineurs non accompagnés devraient être exemptés des procédures à la frontière.
Garanties procédurales et équité des procédures à la frontière
Le Parlement a insisté sur la nécessité de :
- règlementer laccès des ONG à la procédure à la frontière pour quelles puissent apporter une aide aux demandeurs;
- prévoir des délais de procédure efficaces pour réduire autant que possible la privation temporaire de la liberté de mouvement des personnes placées en rétention;
- donner aux demandeurs un accès à lassistance, à la représentation et aux informations sur les procédures, et assurer les services dun interprète en personne, à tous les stades de la procédure à la frontière;
- faire en sorte que demandeurs disposent de suffisamment de temps pour se préparer aux entretiens individuels de façon à leur permettre de présenter les motifs de leur demande et les éléments clés pour la procédure dexamen.