Stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030: Ramener la nature dans nos vies
Le Parlement européen a adopté par 515 voix pour, 90 contre et 86 abstentions, une résolution sur « la stratégie de lUE en faveur de la biodiversité à lhorizon 2030: ramener la nature dans nos vies».
Alors que selon les estimations, un million despèces sont menacées dextinction dans le monde et que seuls 23 % des espèces et 16 % des habitats visés par les directives européennes relatives à la nature sont dans un état de conservation favorable, le Parlement a rappelé sa position quant à la nécessité dun accord multilatéral contraignant pour laprès-2020, semblable à laccord de Paris, qui permette denrayer, voire dinverser, la perte de biodiversité dici à 2030. Cet accord devrait être assorti dobjectifs et dindicateurs spécifiques, mesurables, réalistes et situés dans le temps, être doté dun cadre de mise en uvre solide et accompagné dun mécanisme de suivi transparent, indépendant et fondé sur des données scientifiques.
La résolution a souligné que la pandémie de COVID-19 a démontré limportance dune application transversale du principe «Une seule santé» dans lélaboration des politiques, pour refléter les liens inextricables entre la santé humaine, les animaux et lenvironnement et la nécessité incontournable de changements significatifs dans toute la société. La Commission est invitée à fonder toute proposition législative sur une analyse dimpact exhaustive qui tienne compte des effets individuels et cumulés, des répercussions sur la durabilité sociale et économique des secteurs pertinents.
Protection et restauration
Le Parlement a exprimé son soutien ferme aux objectifs visant à la protection efficace dau moins 30% des superficies marine et terrestre de lUnion (couvrant les forêts, les zones humides, les tourbières, les prairies et les écosystèmes côtiers) et à la protection stricte dau moins 10% des superficies marines et terrestres de lUnion, y compris toutes les forêts primaires et anciennes qui subsistent ainsi que les autres écosystèmes riches en carbone.
Ces objectifs devraient être contraignants et mis en uvre par les États membres au niveau national, en coopération avec les collectivités régionales et locales. Ils devraient être conformes à des critères scientifiques et tenir compte des différences de taille et de proportion des zones naturelles dans chaque État membre ainsi que des particularités régionales et locales.
Les zones protégées devraient aboutir à la création dun réseau écologiquement cohérent et représentatif, qui sappuie sur les zones protégées existantes.
Le Parlement a mis laccent sur limportance dune gestion plus durable et équilibrée des forêts tout en soulignant la nécessité de parvenir, dans les meilleurs délais, à un bon état de conservation pour toutes les espèces protégées et tous les habitats protégés au titre des directives Oiseaux et Habitats.
Les États membres ont été invités à : i) améliorer la qualité et lexhaustivité de leurs systèmes de suivi du réseau Natura 2000, ii) améliorer la législation nationale afin de renforcer la protection contre lexploitation illégale des forêts; iii) sauvegarder le niveau de diversité génétique des espèces sauvages ; iv) assurer un bon état écologique des eaux marines.
Regrettant fortement le déclin des pollinisateurs, les députés ont réclamé la révision urgente de linitiative européenne sur les pollinisateurs, laquelle devrait comporter un nouveau cadre de surveillance des pollinisateurs dans toute lUnion, prévoyant des mesures solides, des objectifs et des indicateurs assortis de délais, y compris pour mesurer lincidence, et un renforcement suffisant des capacités.
Changements dans lutilisation des terres et de la mer
Le Parlement a demandé à la Commission de soumettre une proposition législative visant à établir un cadre commun pour la protection et lutilisation durable des sols et à intégrer la protection des sols dans toutes les politiques concernées de lUnion. De leur côté, les États membres ne devraient pas autoriser de nouvelles activités de fracturation hydraulique dans lUnion.
Les députés ont soutenu la mise en place dune plateforme de lUnion pour lécologisation urbaine ainsi que la définition dobjectifs contraignants en matière de biodiversité urbaine tels que linstauration dun pourcentage minimal de toitures vertes sur les nouvelles constructions, le soutien à lagriculture urbaine, linterdiction des pesticides chimiques ainsi que lextension des espaces verts en fonction de la population.
Exploitation directe des organismes
Le Parlement a exprimé son soutien à lobjectif pour 2030 consistant à affecter au moins 25% des terres agricoles à lagriculture biologique, soulignant que la biodiversité était essentielle pour garantir la sécurité alimentaire dans lUnion. Il a demandé que les agriculteurs soient soutenus, y compris économiquement, et formés dans la transition vers des systèmes agricoles durables. La Commission est invitée à élaborer une stratégie en faveur des chaînes de valeur locales.
La résolution invite les États membres à mettre en place, au titre de leurs plans stratégiques relevant de la politique agricole commune (PAC) les mesures nécessaires pour promouvoir les zones riches en biodiversité, lobjectif étant darriver, en superficie, à 10 % ou plus de zones à haute diversité bénéfiques pour la biodiversité.
La Commission et les États membres sont appelés uvrer en faveur du rétablissement complet des habitats marins et de la reconstitution des stocks de poissons au vu du rendement maximal durable (RMD), en appliquant une approche écosystémique de la gestion des pêche. La Commission devrait adopter une approche écosystémique de tous les facteurs de perte de biodiversité marine.
Le Parlement a également demandé à la Commission :
- d'évaluer l'impact du changement climatique sur l'abondance et la répartition géographique des espèces et de présenter dans les meilleurs délais un plan daction de lUnion à long terme sur le climat et la biodiversité;
- de fixer des valeurs de référence claires et ambitieuses pour atteindre les objectifs visant à réduire de 50% lutilisation des pesticides plus dangereux et chimiques et de 50% les pertes de nutriments lors de lutilisation de fertilisants. Les députés se sont opposés au renouvellement de lautorisation de la substance active glyphosate après le 31 décembre 2022;
- d'intensifier ses efforts et de garantir que les espèces exotiques envahissantes ayant une incidence sur des espèces menacées figurent sur la liste de lUnion;
- de se pencher sur la question du commerce illégal lors de la révision du plan daction de lUnion contre le trafic despèces sauvages, qui devrait être parfaitement conforme à la stratégie en faveur de la biodiversité à lhorizon 2030 et bénéficier d'un financement approprié.
Financement
Le Parlement a plaidé pour la mise en uvre effective du principe de «ne pas causer de préjudice important» au regard de lensemble des dépenses et des programmes de lUnion. Il a invité la Commission à réaliser une évaluation complète des options envisageables pour mobiliser les 20 milliards dEUR par an, au minimum, nécessaires pour la nature, à faire des propositions en conséquence pour le budget annuel de lUnion et à examiner la nécessité dun instrument de financement spécifique pour le réseau transeuropéen de la nature (RTE-N).