Résolution sur le conflit d’intérêts impliquant le Premier ministre de la République tchèque
Le Parlement européen a adopté par 505 voix pour, 30 contre et 55 abstentions, une résolution sur le conflit dintérêts impliquant le Premier ministre de la République tchèque.
Les députés se sont félicités de la publication du rapport daudit final de la DG REGIO et de la DG EMPL de la Commission européenne qui confirme lexistence dun conflit dintérêts persistant impliquant le Premier ministre M. Babi à légard du conglomérat Agrofert. M. Babi sest révélé être lun des propriétaires effectifs de la société Agrofert qui contrôle le groupe Agrofert, lequel possède notamment un certain nombre de médias tchèques majeurs, au moyen des fonds fiduciaires AB Private Trust I et AB Private Trust II, dont il est également le bénéficiaire effectif.
Résoudre le conflit dintérêts
Le Parlement se dit préoccupé par les conclusions du rapport daudit, qui indiquent i) que les Fonds européens structurels et dinvestissement (Fonds ESI) ont été indûment octroyés à des entités du groupe Agrofert, et ii) que M. Babi a participé activement à lexécution du budget de lUnion en République tchèque, et quil a été en mesure dexercer une influence sur des organes tels que le Conseil pour les Fonds ESI et lautorité nationale de coordination, tout en prenant part aux décisions concernant le groupe Agrofert.
Les députés ont déploré les tentatives alléguées du gouvernement tchèque de légaliser le conflit dintérêts impliquant le Premier ministre M. Babi au moyen dune loi, proposée au début de la crise de la COVID-19 en mars 2020, plutôt que de résoudre le conflit dintérêts même.
Préoccupé par le fait que le Premier ministre tchèque a participé et participe encore activement aux négociations sur le budget et les programmes de lUnion alors quil est toujours en situation de conflit dintérêts, le Parlement a invité la Tchéquie à :
- prendre des mesures garantissant que le Premier ministre na plus dintérêt économique ou dautres intérêts en lien avec le groupe Agrofert, qui relèvent du champ dapplication de larticle 61 du règlement financier de lUnion ou de la loi tchèque sur les conflits dintérêts; ou
- veiller à ce que les entités commerciales placées sous le contrôle de M. Babi cessent de recevoir des financements provenant de fonds de lUnion, des subventions publiques ou des fonds distribués par tous les niveaux des pouvoirs publics dans lensemble de lUnion; ou
- sabstenir totalement de participer à tout processus décisionnel de lUnion susceptible de concerner directement ou indirectement les intérêts du groupe Agrofert.
La résolution a cependant souligné quà la lumière des fonctions et des pouvoirs du Premier ministre et des membres de son gouvernement, il semble peu probable quune telle mesure puisse résoudre correctement le conflit dintérêts dans la pratique si les personnes en question continuent dexercer leurs fonctions publiques, et que «la démission du mandat public constitue donc une manière plus adéquate de remédier pleinement au conflit dintérêt».
Remboursement des sommes illégalement reçues
La résolution a exhorté le gouvernement tchèque à améliorer léquité globale de la distribution des subventions de lUnion et à mettre en place un système qui garantira une transparence pleine et entière de la distribution des fonds de lUnion.
Le Parlement a condamné la pratique consistant à retirer tout financement aux projets de lUnion afin de les financer sur le budget national lorsque la Commission ou la Cour des comptes européenne ont détecté des irrégularités à cet égard. Il a insisté pour quil soit mis un terme au versement de fonds, provenant du budget de lUnion ou du budget national de la République tchèque, aux entreprises contrôlées en dernier ressort par le Premier ministre M. Babi ou par des membres du gouvernement tchèque, et ce jusquà ce que les cas de conflit dintérêts aient été entièrement résolus.
Les députés ont rappelé que les citoyens et les contribuables tchèques ne devraient subir aucune conséquence, y compris financière, découlant du conflit dintérêts du Premier ministre M. Babi, et que les entreprises appartenant au groupe Agrofert devraient rembourser toutes les subventions quelles ont reçues illégalement du budget de lUnion ou du budget national de la République tchèque.
Violations de létat de droit
Les députés estiment que linaction du gouvernement tchèque face aux conflits dintérêts du Premier ministre M. Babi a une incidence négative sur le fonctionnement des autorités de lÉtat tchèque, y compris de celles chargées de faire respecter la loi et les systèmes et des systèmes de gestion et de contrôle, ainsi que sur le respect de la législation de lUnion.
Le Parlement a demandé à la Commission dévaluer la situation, ainsi que linfluence du Premier ministre M. Babi sur les médias tchèques et sur le système judiciaire afin de recenser les violations de létat de droit et, si ces violations sont confirmées, à activer le mécanisme de conditionnalité pour la protection du budget de lUnion.
Révision du cadre règlementaire général
Le Parlement sest dit préoccupé par les lacunes du cadre réglementaire général, lesquelles rendent difficile lidentification systématique des bénéficiaires effectifs des entités qui reçoivent des fonds de lUnion. Il a estimé urgent que la Commission élabore, en coopération avec les agences nationales, un format standardisé et publiquement accessible mentionnant les bénéficiaires finaux des versements au titre de la politique agricole commune (PAC).
Les États membres sont instamment appelés à interdire les paiements de subventions de plusieurs centaines de millions deuros à des personnes physiques au titre du nouveau cadre financier pluriannuel (CFP).
La Commission est invitée à évaluer lefficacité de larticle 61 du règlement financier pour prévenir et résoudre les cas de conflits dintérêts et, le cas échéant, à faire des propositions dans le cadre de la prochaine révision du règlement financier afin de renforcer davantage encore les règles régissant les conflits dintérêt.
Le cas du conflit dintérêts du Premier ministre M. Babi confirme également la nécessité urgente de mettre en place, pour les finances de lUnion, un système numérique de signalement et de contrôle qui soit interopérable.