Résolution sur l’inscription d’ONG allemandes sur la liste des «organisations indésirables» en Russie et l’arrestation d’Andreï Pivovarov
Le Parlement européen a adopté par 564 voix pour, 61 contre et 37 abstentions, une résolution sur linscription dONG allemandes sur la liste des «organisations indésirables» en Russie et larrestation dAndreï Pivovarov.
Le texte adopté en plénière avait été déposé en tant que résolution commune par les groupes PPE, S&D, Renew, Verts/ALE et ECR.
Les députés ont rappelé que la loi fédérale russe permet de considérer comme indésirables sur le territoire de la Russie les activités dorganisations non gouvernementales (ONG) étrangères et internationales. Les ONG désignées comme indésirables par les autorités russes se voient imposer des restrictions à leur liberté dassociation, notamment par linterdiction de leurs activités et par lintroduction de sanctions pénales et administratives liées à ces activités.
Agents de «létranger» et ONG «indésirables»
La Russie a déjà désigné de nombreuses ONG étrangères et internationales comme étant «indésirables». Le 26 mai 2021, le procureur général russe a décidé dinscrire trois ONG allemandes (Forum Russischsprachiger Europäer e.V., Zentrum für die Liberale Moderne GmbH et Deutsch-Russischer Austausch e.V.) sur la liste des «organisations indésirables».
En adoptant de telles lois, la Douma ciblait le mouvement civique Open Russia, réseau de défense des droits de lhomme et de la démocratie, qui a dû dès lors se dissoudre pour protéger ses militants et ses sympathisants de nouvelles poursuites.
Le 31 mai 2021, à laéroport de Saint Pétersbourg, les forces de lordre ont fait descendre Andreï Pivovarov, ancien dirigeant du mouvement Open Russia, dun avion polonais de la compagnie LOT qui était sur le point de décoller, ont procédé à son arrestation arbitraire puis, deux jours plus tard, lont placé en détention provisoire pendant deux mois pour «participation aux activités dune organisation indésirable», pour laquelle il risque jusquà six ans de prison.
Le Parlement a invité instamment les autorités russes à libérer Andreï Pivovarov immédiatement et sans condition, et à abandonner toutes les charges retenues contre lui et toutes les autres personnes poursuivies au titre de la loi relative aux «organisations indésirables» ou qui ont été arrêtées arbitrairement.
Les autorités russes sont appelées à :
- mettre un terme aux poursuites pénales engagées contre des militants et des défenseurs des droits de lhomme au titre de la loi sur les «agents de létranger»;
- abroger la loi sur les «agents de létranger» et la loi relative aux «organisations indésirables» et à annuler la décision du procureur général russe dinscrire trois ONG allemandes sur la liste des «organisations indésirables», ainsi que dautres ONG étrangères, soit 34 au total;
- cesser de créer de nouvelles lois spéciales introduisant de nouvelles restrictions pour la société civile indépendante, les droits et libertés de réunion pacifique et dassociation, et laccès à linformation en ligne;
- réexaminer les actes législatifs utilisés pour restreindre la liberté dexpression, y compris la législation russe sur les campagnes de désinformation, la lutte contre lextrémisme et la lutte contre le terrorisme, et à rendre ces actes législatifs conformes au droit international relatif aux droits de lhomme;
- libérer immédiatement et sans condition tous les manifestants pacifiques et autres militants de la société civile et personnalités politiques, y compris Alexeï Navalny et les personnes qui font lobjet de poursuites pénales fallacieuses pour avoir simplement exercé pacifiquement leurs droits à la liberté dexpression et de réunion pacifique.
Stratégie globale de lUE à légard de la Russie
En réponse à la dégradation de létat de droit, des libertés fondamentales et des droits de lhomme en Russie, les députés estiment que la stratégie globale de lUnion à légard de la Russie doit se concentrer sur les points suivants :
- introduire, dans les relations UE-Russie, une nouvelle conditionnalité visant à mettre fin à la répression interne menée en Russie à lencontre de militants politiques et de la société civile et de défenseurs des droits de lhomme. Si la situation nest pas résolue, de nouvelles sanctions européennes devraient être introduites en faisant par exemple en sorte que les oligarques et dignitaires russes responsables de violations des droits de lhomme ne puissent plus acquérir de biens immobiliers, obtenir de visas ou accéder à des produits financiers dans lUnion;
- prendre des mesures, dans le cadre des relations UE-Russie, afin daborder la question des droits de lhomme et à maintenir lunité daction, en vue de coordonner leurs positions vis-à-vis de la Russie;
- interrompre les projets stratégiques tels que Nord Stream 2 et compléter le régime mondial de sanctions de lUnion en matière de droits de lhomme par un régime similaire sattaquant à la corruption;
- soutenir les défenseurs des droits de lhomme, les ONG indépendantes et les médias, la société civile et les personnes qui défendent les libertés civiles et politiques en Russie, et envisager daccueillir des ONG menacées ou interdites en Russie et de leur permettre de travailler si nécessaire depuis le territoire de lUnion;
- aborder durgence la question de ladoption récente, par la Russie, dactes législatifs autoritaires, à examiner à la lumière des obligations internationales de celle-ci par rapport au Conseil de lEurope;
- procéder régulièrement à des évaluations de lincidence sur les droits de lhomme pour veiller à ce que la coopération avec les autorités russes ne compromette pas les objectifs en matière de droits de lhomme;
- éviter de légitimer les dignitaires responsables de violations des droits de lhomme et dactes de répression.
Le Parlement a rappelé à toutes les entreprises de lUnion opérant en Russie de faire preuve dune vigilance particulière et dassumer la responsabilité qui leur incombe en matière de respect des droits de lhomme. Il sest montré inquiet du fait que de hauts responsables politiques européens acceptent des contrats lucratifs avec des entreprises appartenant au Kremlin ou ayant des liens avec lui, telles que Gazprom ou Rosnieft.