L'incidence de la criminalité organisée sur les ressources propres de l'UE et sur le détournement des fonds européens, en particulier dans le domaine de la gestion partagée
Le Parlement européen a adopté par 655 voix pour, 8 contre et 34 abstentions, une résolution sur lincidence de la criminalité organisée sur les ressources propres de lUnion et le détournement de fonds européens, en particulier dans le domaine de la gestion partagée, du point de vue de laudit et du contrôle.
Les députés ont rappelé que selon la Cour des comptes européenne, la prévention de la fraude na pas fait lobjet dune attention suffisante et que la Commission ne dispose pas dinformations exhaustives sur lampleur, la nature et les causes des fraudes. De plus en plus dorganisations criminelles exercent des activités dans lUnion et sont particulièrement actives pour ce qui est des tentatives dintercepter les fonds de lUnion dans les divers États membres.
Estimation de lincidence financière de la criminalité organisée
Les députés ont relevé que le rapport annuel de 2019 sur la protection des intérêts financiers de lUnion européenne a dénombré 514 irrégularités frauduleuses dans le volet des dépenses pour un montant de 381,4 millions dEUR, ainsi que 425 autres du côté des recettes, pour un total de 79,7 millions dEUR. De plus, selon des études récentes, linfiltration de la criminalité organisée dans la passation des marchés publics de lUnion touche entre 2,7% et 3,6% du total des dépenses. Daprès ces chiffres, entre 1,9 et 2,6 milliards dEUR de fonds de cohésion de lUnion ont peut-être été détournés sur la période 2014-2020.
Selon les estimations dEuropol, ce sont entre 40 et 60 milliards dEUR qui tombent chaque année dans lescarcelle des organisations criminelles par le biais dune forme particulière de fraude à la TVA, à savoir la fraude intracommunautaire à lopérateur défaillant (MTIC). Ce sont les États membres qui subissent la majeure partie des pertes de TVA, 0,3 % seulement de la TVA perçue étant versée au budget de lUnion.
Face à la difficulté, voire à limpossibilité destimer lampleur et la gravité des incidences de la criminalité organisée sur le budget de lUnion, le Parlement a invité la Commission à se coordonner avec les autorités des États membres afin de procéder à une évaluation complète, à léchelle de lUnion, de lampleur réelle, de la nature et des causes de la fraude, en associant les agences de lUnion concernées et en coopérant avec les partenaires des pays voisins de lUnion.
Fonds de lUnion atteints par la criminalité organisée
Le Parlement constate que la fraude aux recettes, et notamment la fraude douanière, est un domaine dans lequel la criminalité organisée est particulièrement nuisible. Ce type de fraude est souvent commis en recourant à de fausses déclarations de lorigine des marchandises afin de contourner les droits antidumping de lUnion. Les combines de sous‑évaluation examinées par lOLAF ces dernières années concernent principalement des marchandises importées de Chine. Tout en se félicitant du travail denquête accompli par lOLAF qui a permis de réduire les pertes budgétaires de lUnion estimées à plus de 1 milliard dEUR en 2017 à 180 millions dEUR en 2020, les députés ont estimé que les efforts de lutte contre la fraude par sous-évaluation doivent se poursuivre.
La fraude à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) constitue également une part importante de la fraude aux recettes, les formes les plus courantes de fraude à la TVA étant la fraude intracommunautaire à lopérateur défaillant, la fraude dans le commerce électronique et la fraude au régime douanier. Parmi les secteurs les plus exposés au risque de fraude à la TVA figure celui des carburants. Les députés ont déploré à cet égard les faiblesses systémiques du système actuel de TVA intracommunautaire et le manque déchange dinformations entre les États membres.
Les fraudes aux subventions - le plus souvent commises par des bandes organisées, y compris de type mafieux - sévissent dans de nombreux domaines de dépenses de lUnion, tels que la politique agricole, la politique de cohésion, la politique de la recherche et du développement et celle de lenvironnement. Les députés ont redit leur inquiétude devant le fait que le dispositif actuel des subventions de la PAC encourage laccaparement des terres par des structures criminelles et oligarchiques, soulignant quil était essentiel didentifier ces structures pour protéger les véritables agriculteurs.
Le Parlement a engagé la Commission et les États membres à coopérer aux fins de la création dune base de données centralisée et interopérable, alimentée de données normalisées et de qualité, répertoriant les bénéficiaires directs et finaux des subventions de lUnion pour détecter les fraudeurs, les réseaux criminels et les structures oligarchiques, et pour empêcher ceux-ci de détourner des fonds de lUnion.
Constatant avec inquiétude que la Commission et lOLAF voient dans la fraude aux appels doffres et aux marchés publics une tendance majeure chez les fraudeurs, les députés ont regretté que, dans de nombreux États membres, il nexiste pas de législation spécifique contre la criminalité organisée. Ils ont invité les autorités nationales et de lUnion compétentes à améliorer linteropérabilité de leurs systèmes, en facilitant léchange dinformations et en renforçant la coopération et les opérations conjointes pour lutter contre la criminalité organisée transnationale.
Conclusions
Le Parlement a préconisé dinstaurer un échange complet, efficace et rapide dinformations et a réaffirmé limportance dharmoniser les définitions afin dobtenir des données comparables entre organes de lUnion et États membres afin de pouvoir évaluer lincidence des activités de la criminalité organisée sur les finances de lUnion et de prendre rapidement des mesures pour la combattre.
Les États membres et la Commission sont invités à utiliser de manière plus cohérente lensemble des outils qui sont à leur disposition pour détecter et réprimer les fraudes, dont la plateforme informatique Arachne et le système de détection rapide et dexclusion (EDES), notamment en soutenant des formations aux autorités nationales afin de les doter des connaissances suffisantes pour leur permettre dutiliser plus efficacement ces outils.
Le Parlement a déploré le faible taux de mise en examen à la suite des recommandations de lOLAF aux États membres. Il a demandé à lOLAF et à la Commission de rechercher les causes profondes de cette situation et aux États membres de remplir leur obligation juridique de recouvrer les fonds et de coopérer avec les organes de lUnion pour que les fonds détournés par la criminalité organisée soient effectivement recouvrés.
Les députés estiment que la prévention de la fraude et la lutte contre la fraude des organisations criminelles doivent être une priorité pour les autorités de gestion, de certification et daudit, et faire lobjet denquêtes financières spécialisées. Ils considèrent quil faut aussi renforcer les règles et les mesures de gel et de confiscation des avoirs pour lutter contre les organisations criminelles, en prévoyant la possibilité dune saisie temporaire et égale au produit du crime afin dempêcher le transfert du produit du crime avant la conclusion de la procédure pénale. Les enquêtes doivent être plus efficaces afin de démanteler les structures de la criminalité organisée.