Résolution sur le projet de décision d’exécution de la Commission autorisant la mise sur le marché de produits contenant du soja génétiquement modifié GMB151 (BCS-GM151-6), consistant en ce soja ou produits à partir de celui-ci, en application du règlement (CE) nº 1829/2003 du Parlement européen et du Conseil
Le Parlement européen a adopté par 475 voix pour, 209 contre et 15 abstentions, une résolution faisant objection au projet de décision dexécution de la Commission autorisant la mise sur le marché de produits contenant du soja génétiquement modifié GMB151 (BCS-GM151-6), consistant en ce soja ou produits à partir de celui-ci, en application du règlement (CE) nº 1829/2003 du Parlement européen et du Conseil.
Le 9 octobre 2018, BASF SE, dont le siège est en Allemagne, a présenté, au nom de BASF Agricultural Solutions Seed US LLC, dont le siège est aux États-Unis, une demande en vue de la mise sur le marché de denrées alimentaires, dingrédients alimentaires et daliments pour animaux contenant du soja génétiquement modifié GMB151, consistant en ce soja ou produits à partir de celui-ci. Le 27 janvier 2021, lAutorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a rendu un avis favorable sur cette demande.
Le soja génétiquement modifié a été mis au point pour conférer une tolérance à un groupe dherbicides connus sous le nom dinhibiteurs de la HPPD, tels que lisoxaflutole, la mésotrione et la tembotrione, et il produit une protéine insecticide (une toxine Bt), le Cry14Ab-1.b1, toxique pour les nématodes (vers ronds).
Évaluation insuffisante des résidus dherbicide, des métabolites et des effets cocktail
Les députés rappellent que plusieurs études ont montré que les cultures génétiquement modifiées tolérantes aux herbicides entraînent une augmentation de lutilisation des herbicides «complémentaires». Le soja génétiquement modifié peut donc être exposé plus fréquemment à des doses plus élevées dherbicides complémentaires, ce qui risque dentraîner une augmentation de la quantité de résidus dans les récoltes.
La résolution indique que lisoxaflutole est, selon la classification et létiquetage harmonisés approuvés par lUnion, très toxique pour la vie aquatique et susceptible de nuire au ftus. Or, seul lisoxaflutole a été utilisé sur le soja génétiquement modifié aux fins de lévaluation des risques.
De plus, lévaluation des résidus dherbicides et de leurs produits de dégradation (les «métabolites») dans les plantes génétiquement modifiées est considérée comme ne relevant pas des compétences du groupe scientifique sur les organismes génétiquement modifiés de lEFSA. Elle nest donc pas réalisée dans le cadre de la procédure dautorisation dOGM.
Il nest dès lors pas possible de conclure que la consommation du soja génétiquement modifié est sans danger pour la santé humaine et animale.
Les députés ont également soulevé des questions en suspens en ce qui concerne les toxines Bt, soulignant que lévaluation des éventuelles interactions des résidus dherbicides et de leurs métabolites avec les toxines Bt navait pas été réalisée dans le cadre de lévaluation des risques.
Observations des autorités compétentes des États membres
Le Parlement observe que les autorités compétentes des États membres ont transmis à lEFSA des observations critiques qui portaient notamment sur le fait que des données auraient dû être fournies pour évaluer si une accumulation de résidus dherbicides et de métabolites se produit dans le soja génétiquement modifié et si des niveaux inacceptables de ces résidus et métabolites peuvent être contenus dans le soja génétiquement modifié importé dans lUnion.
Processus décisionnel non démocratique
Le Parlement a souligné que la Commission reconnaissait quil est problématique que les décisions relatives à lautorisation dOGM continuent dêtre adoptées par la Commission sans quune majorité qualifiée des États membres y soient favorables, ce qui est exceptionnel pour les autorisations de produits dans leur ensemble, mais qui est devenu la norme pour les décisions concernant les autorisations de denrées alimentaires génétiquement modifiées et daliments génétiquement modifiés pour animaux.
Si elle reconnaît elle-même les lacunes démocratiques, le soutien insuffisant des États membres et les objections du Parlement, la Commission continue dautoriser les OGM.
Respect des obligations internationales
Les députés ont rappelé lobjectif de développement durable (ODD) 3.9 des Nations unies qui vise, dici 2030, à réduire nettement le nombre de décès et de maladies dus à des substances chimiques dangereuses, à la pollution et à la contamination de lair, de leau et du sol. Ils estiment que le fait dautoriser limportation du soja génétiquement modifié augmenterait la demande pour cette culture, ce qui accroîtrait lexposition des travailleurs des pays tiers.
En outre, lODD 15 des Nations unies vise notamment à mettre un terme à la déforestation dici 2020. Or, la production de soja est un facteur essentiel de déforestation en Amazonie, dans le Cerrado et dans les forêts du Gran Chaco en Amérique du Sud.
Recommandations
Sur la base de ces considérations, le Parlement a estimé que le projet de décision dexécution de la Commission nétait pas conforme au droit de lUnion et il a demandé à la Commission de retirer son projet de décision dexécution.
La Commission est par ailleurs invitée à :
- ne pas autoriser les cultures génétiquement modifiées tolérantes aux herbicides jusquà ce que les risques sanitaires liés aux résidus aient fait lobjet dune enquête approfondie au cas par cas;
- suspendre immédiatement limportation de soja génétiquement modifié cultivé au Brésil et en Argentine jusquà ce que des mécanismes juridiquement contraignants et efficaces soient mis en place pour empêcher la mise sur le marché de lUnion de produits liés à la déforestation et aux violations des droits de lhomme qui y sont associées;
- tenir compte des obligations qui incombent à lUnion en vertu daccords internationaux, tels que laccord de Paris sur le climat, la convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) et les ODD des Nations unies et à veiller à ce que les projets dactes dexécution expliquent comment ils respectent le principe de «ne pas nuire».
Le Parlement a réclamé une nouvelle fois la mise en uvre dune stratégie européenne de production et dapprovisionnement en protéines végétales, laquelle permettrait à lUnion de réduire sa dépendance aux importations de soja génétiquement modifié et de créer des chaînes alimentaires plus courtes et des marchés régionaux.