Mise en œuvre de la politique étrangère et de sécurité commune - rapport annuel 2021
Le Parlement européen a adopté par 474 voix pour, 113 contre et 102 abstentions, une résolution sur la mise en uvre de la politique étrangère et de sécurité commune - rapport annuel 2021.
Le Parlement a souligné que pour atteindre lobjectif stratégique visant à élargir son rôle de chef de file sur la scène internationale, lUnion européenne devrait définir sa PESC sur la base des actions suivantes:
1) Devenir le chef de file du renforcement des partenariats multilatéraux à légard des priorités mondiales
Le Parlement a salué lambition de lUnion de renforcer lordre multilatéral fondé sur des règles et des valeurs par une réforme des grandes institutions et organisations et par une meilleure utilisation des mécanismes et des institutions de gouvernance multilatérale mondiale existants. Il a rappelé que la politique étrangère et de sécurité de lUnion doit garantir la mise en uvre des objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies à lhorizon 2030. Il sest prononcé en faveur dun véritable partenariat stratégique entre lUnion et les Nations unies dans le domaine de laction en faveur du climat et des droits de lhomme ainsi que dans le cadre de la gestion des crises.
L'UE est invitée à :
- défendre et promouvoir la démocratie dans le monde en montrant l'exemple, notamment en veillant au strict respect des principes de la démocratie, des droits de l'homme et de l'État de droit dans tous les États membres, et en favorisant une alliance de démocraties à léchelon mondial;
- étoffer la panoplie doutils dont elle dispose pour contrer les ingérences étrangères, la propagande et les opérations dinfluence et encourager, par une collaboration étroite avec lOTAN, ladoption dune approche mobilisant lensemble des gouvernements afin de lutter contre les menaces hybrides;
- élargir son rôle de chef de file pour défendre et promouvoir la liberté, la démocratie et les droits de lhomme au sein des enceintes multilatérales, et garantir lusage transparent et effectif du régime mondial de sanctions de lUnion en matière de droits de lhomme;
- mettre en uvre un programme ambitieux, en coopération avec des partenaires clés, pour soutenir la liberté de religion ou de conviction en dehors de lUnion;
- proposer de nouvelles initiatives telles que linternationalisation du pacte vert pour lEurope;
- présenter une stratégie sanitaire forte à léchelon mondial et une action mondiale et européenne permettant de mieux se préparer et de réagir avec efficacité aux crises futures à léchelon mondial;
- veiller à ce que les exportations de technologies européennes de surveillance et dassistance technique fassent lobjet dune vigilance en matière de droits de lhomme;
- mettre en uvre une stratégie de connectivité mondiale pour apporter une réponse stratégique en vue de renforcer son influence dans de nombreuses régions du monde telles que lAmérique latine, lAfrique et lAsie.
2) Améliorer la visibilité et le processus décisionnel de l'UE
Le Parlement a demandé dexploiter pleinement et de manière plus efficace le pouvoir coercitif et le pouvoir dinfluence de lUnion, notamment en introduisant le vote à la majorité qualifiée dans le processus décisionnel pour la politique étrangère de lUnion.
La résolution a souligné la nécessité d'établir une Union de sécurité et de défense qui servirait de point de départ à la mise en uvre d'une politique européenne de défense commune. La politique étrangère de l'UE devrait disposer de ses propres instruments en matière d'affaires étrangères, de droits de l'homme, de sécurité et de défense. En outre, elle devrait renforcer sa capacité à agir de manière efficace, opportune, proactive et indépendante, et à façonner la réponse de l'UE aux défis actuels et futurs.
Le Parlement a salué le processus actuel de boussole stratégique, point de départ de la mise en place dune union européenne de la sécurité et de la défense et de la souveraineté stratégique de lUnion.
3) Parvenir à la souveraineté européenne
Le Parlement a préconisé linterconnexion systématique des actions extérieures et des actions internes de lUnion en alliant la capacité dagir de façon autonome, le cas échéant, à la volonté de faire preuve de solidarité stratégique avec des partenaires partageant les mêmes valeurs. Il a appelé l'UE à accroître sa souveraineté stratégique dans des domaines qui sont fondamentaux pour le maintien de la prééminence de l'Union sur la scène internationale, tels que la promotion des valeurs de l'UE, les droits fondamentaux, le commerce équitable, l'économie, la sécurité et la technologie, la justice sociale, la transition verte et numérique, l'énergie et son rôle dans la lutte contre l'affirmation des régimes autoritaires et totalitaires.
Les députés ont souligné la nécessité de préserver l'indépendance européenne dans divers domaines technologiques clés et de proposer une approche pragmatique et autonome pour éviter les dépendances et la coercition géopolitique dans les secteurs technologiques critiques.
4) Poursuivre le développement des stratégies régionales
- Russie
Réaffirmant leur soutien sans faille aux pays du Partenariat oriental, les députés ont condamné l'implication directe et indirecte de la Russie et d'autres acteurs extérieurs dans des conflits armés ainsi que les attaques hybrides, les occupations et les renforcements militaires à l'intérieur de la région ou aux frontières que la Russie partage avec celle-ci. Ils ont réitéré leur condamnation des politiques agressives de la Russie vis-à-vis de l'Ukraine, notamment le soutien financier et militaire continu aux formations armées dans le Donbass, l'occupation illégale de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol, le blocus de la mer d'Azov et le renforcement militaire à la frontière orientale de l'Ukraine et sur la péninsule de Crimée. Le Parlement a appelé à une relance du processus de Minsk pour mettre fin au conflit militaire dans l'est de l'Ukraine et à une assistance continue à l'Ukraine dans son secteur de la sécurité et ses réformes militaires.
- Turquie
Les députés restent profondément préoccupés par la politique étrangère de plus en plus affirmée du gouvernement turc, qui met régulièrement le pays en porte-à-faux avec l'UE dans son ensemble, ses États membres individuels et les pays du voisinage. Si la situation actuelle n'est pas inversée, la Commission devrait recommander la suspension formelle des négociations d'adhésion avec la Turquie.
- Royaume-Uni
Tout en soulignant l'importance de la mise en uvre intégrale de l'accord de retrait UE-Royaume-Uni, y compris le protocole sur l'Irlande et l'Irlande du Nord et l'accord de commerce et de coopération, le Parlement reste ouvert au développement et au renforcement du cadre de coopération UE-Royaume-Uni, ce qui pourrait conduire à un accord sur la politique étrangère de sécurité et de défense et sur des questions d'intérêt commun.
- Chine
Soulignant que la Chine est un partenaire de coopération et de négociation pour lUnion, mais aussi un concurrent économique et un rival systémique, le Parlement a demandé que lUnion élabore une stratégie UE-Chine plus affirmée, complète et cohérente. La résolution note avec une vive inquiétude la récente démonstration de force et l'escalade des tensions dans les points chauds régionaux tels que les mers de Chine méridionale et orientale et le détroit de Taiwan.
- Afghanistan
Le Parlement a souligné que la situation en Afghanistan est un signal d'alarme pour l'UE qui doit réévaluer ses propres moyens, ses propres actions extérieures et son approche de construction de la nation à létranger et remodeler stratégiquement une approche intégrée de ses politiques extérieures, augmenter sa part de responsabilité dans la sécurité mondiale et rechercher une plus grande souveraineté dans sa politique étrangère et de sécurité.
5) Renforcer le contrôle démocratique, la responsabilité et la dimension parlementaire de la PESC
Enfin, la résolution a noté la contribution spécifique du Parlement européen à la politique étrangère et de sécurité de l'UE grâce à ses atouts en matière de diplomatie parlementaire. Les députés ont affirmé que le Parlement devrait faire pleinement usage de ses pouvoirs de contrôle et de ses pouvoirs budgétaires dans les décisions de l'Union sur la scène internationale.